‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 29 sur 78 · Tout en se tenant le ventre avec des rires convulsifs · texte numérisé non relu

Tout en se tenant le ventre avec des rires convulsifs

Je ne suppose pas que les vieilles perruques sénatoriales qui, faute de pouvoir formuler contre moi une accusation susceptible de tenir debout, m'ont condamné pour « artifices coupables,» o'e8t«à-dire pour sorcellerie et envoûtement, les citent à leur barre pour leur adresser, comme au conspirateur Zadoc, le doux reproche de « manque de réserve. »

Il est vrai que, tout en se tenant le ventre avec des rires convulsifs, ce rabbin, qui nous vient de l'étranger auquel il essaye de nous vendre, s'est empressé de faire savoir à nos ministres qu'il slnclinait respectueusement devant la sévérité de leur appréciation. Il a même eu soin, le vieux cafard, de donner sa parole d'honneur que sa démarche était isolée.

C'est ce que prétendent tous les malfaiteurs, la première fois qu'ils sont pris sur le tas. Le vol pour lequel on les a arrêtés est toujours le seul qu'ils aient encore perpétré. La démarche de Zadoc-Kahn auprès du lieu-

nt qu'il méditait d'embaucher était unique en ce que l'affreux enjôleur avait réussi jusque-là à disiler les autres.

5 devoir du ministre Lebret était de mettre immé- 3ment la main au collet de ce prêtre juif qui, en aillant à substituer, dans l'affaire de la trahison, rhazy à Dreyfus, s'avouait Tun des chefs du com- . En quoi, en effet, la culpabilité de l'un et Tinno- )e de l'autre regardaient-elles ce talmudiste, dont le rôle est d'expliquer à ses coreligionnaires le sens Tables de la Loi?

DU intervention dans nos affaires militaires et ci- 5 indique le danger que lui et ses clients font coarir >tre pays. Zadoc-Kahn est non seulement un drey- Td, mais un complice de Dreyfus, et le reproche lesque, formulé contre ce rabbin par le ministre, ste plus que jamais l'entente du gouvernement à la avec la plus haute et la plus basse juiveries.

a pantalonnade est délicieuse. Quel scélérat que

loc-Kahn I

►uel homme vertueux que le Père Dulac I Bravo,

wn !

•e 18 mars Drumont publie « Les derniers propos

sterhazy »

- Ceux auxquels j'ai pu être agréable ont vomi sur moi d'ignobles injures.

'ai vu dans une interviev^ du Matin qui, paraît-il, lit, d'ailleurs, apocryphe, qu'Esterhazy avait déré qu'il ne dirait jamais de mal de moi. le propos, s'il a réellement été tenu, prouverait qu'il encore un bon fond, malgré tout, chez le commanit. En tout cas, cette manière originale d'agir aurait, ir moi, toute la saveur de l'imprévu. Jusqu'ici, en it, tous ceux auxquels j'ai pu être agréable ou utile, les aidant à se défendre quand ils étaient attaqués,

ont profité de la première occasion qui s'oiïrait à eux pour vomir sur moi d'ignobles injures.

J'ajoute qu'Ësterhazy ne pourrait dire du mal de moi qu'en se déshonorant un peu lui-même, c'est-à-dire ea altérant la vérité qui, je dois le reconnaître, a été tellement altérée depuis la fondation du Syndicat juif, qu'elle doit en avoir îa pépie.

Ësterhazy a été un des témoins de Crémieux-Foa contre moi, et il m'a expliqué plus tard qu'il avait été, en quelque sorte, contraint moralement à cette corvée, car Crémieux-Foa était parent du général Grenier qui avait été toujours pour Ësterhazy un chef très affectueux et très juste. C'est là une raison, après tout, très légitime et très valable.

Trois ou quatre ans après, Ësterhazy m'adressa quelques mots dans lesquels il me félicitait de mon œuvre et m'exprimait des sentiments très patriotiques et très élevés. Je lui ai répondu, ainsi que je le fais toujours en pareil cas, par quelques lignes courtoises écrites sur ma carte. Il n'existe pas d'autre lettre de moi adressée à Ësterhazy et, quoi qu'en disent les journaux dreyfusards avec leur aplomb ordinaire dans le mensonge, Ësterhazy n'a jamais été le collaborateur de La Libre Parole.

Je vois encore Ësterhazy arrivant chez moi le dimanche qui précéda la publication de la lettre signée Dixi.

Le dimanche, je ne vais pas au journal et je me disais: « Il y a du bon I je pourrai circuler un peu dans ma maison, regarder çà et là les bibelots qui me rappellent des souvenirs, ouvrir au moins des livres que je n'ai plus le temps de lire.»

Patatras ! L'histoire contemporaine entrait chez moi dans sa forme la plus dramatique et la plus mystérieuse, sous les traits d'Esterhazy.

Ësterhazy altérerait encore la vérité, s'il prétendait qa'il s'est présenté à moi, comme à un homme chez lequel l'Ëtat-Major aurait eu le droit d'envoyer quel-

qu'un. Il a invoqué purement et simplement trois titres, qui devaient le faire accueillir par moi : son titre d'homme et d'homme malheureux, son titre d'officier français et son titre de victime des Juifs.

Je ne sais si^ ce jour-là, Ësterhazy avait a une âme de condottiere ou une âme d'épicier ». G* est là de la littérature, faite après coup. Ce qui est certain, c'est qu'il me parut avoir surtout l'air d'un homme fortetement embêté, parce qu'il s'attend à recevoir une cheminée sur la tète.

La vérité m'oblige à constater que, s'il avait l'allure d'un homme que la mauvaise fortune poursuit, il n'avait pas l'allure d'un homme abattu, et qu'il semblait très déterminé à se défendre. Encore fallait-il qu'il trouvât un journal qui l'aidât à se défendre en temps utile.

J'ai donc rendu ce jour-là à Ësterhazy un des plus grands services qu'un homme puisse rendre à un autre homme, puisqu'en répondant à l'article Vidi, qui avait paru le dimanche matin, par l'article Dixi qui parut le lundi matin, Ësterhazy prenait résolument cette offensive, qui est dans le tempérament français et qui nous a toujours fait gagner toutes les batailles.

Grâce à cette attitude très crâne, voulue, je le reconnais, par Ësterhazy lui-même, auquel j'ai simplement fourni une arme pour se défendre en attaquant, ce qui est la seule manière de se défendre, toutes les combinaisons du Syndicat ont été momentanément culbutées. Toutes les trames ont été déchirées et cassées, comme une tapisserie qu'une main vigoureuse lacérerait à coups de couteau. Les Juifs qui dirigeaient tout en ont eu pour des mois à se remettre et à réformer leurs bandes en déroute.

2, — Picquart, être de lâcheté et d'ignominie.

Si Ësterhazy n'avait pas pris l'offensive, il aurait été dans la situation de l'homme que l'on commence par jeter à l'eau, auquel on flanque des coups de rame sar

la tête et aaquel on dit pendant qu'il se noie : « Vos explications ne sont pas très claires. »

On ne réfute pas le néant et Esterhazy aurait été fort embarrassé de répondre à des accusations qui ne tenaient pas debout puisque Scheurer-Kestner, dont on avait prétendu analyser le dossier dans Tarticle signé Vidi^ a été obligé^ au moment du procès, d'avouer piteusement, sous les huées de l'auditoire, qu'il ne Savait absolument rien et qu'il n'avait pas même de dossier.

En parlant le premier^ en prenant l'Opinion publique pour juge, Esterhazy donnait au débat sa véritable physionomie. Il révélait ce que personne ne savait encore, c'est que le Syndicat avait acheté un officier de mœurs douteuses et de probité suspecte, qui avait permis aux Juifs de tripatouiller dans les documents les plus secrets de l'Ëtat-Major... On apprenait à la fois et l'existence de Picquart et Texistence d'un complot, qui avait pour complice et pour principal agent un officier d'état-major.

La face de l'affaire était changée dès qu'Esterhazy, en marchant hardiment sur l'ennemi, avait débusqué da trou dans lequel il se tenait blotti ce Picquart qui restera certainement comme la plus répugnante et la plus méprisable figure de toute cette affaire, l'être de lâcheté et d'ignominie, Toffîcier qui a peur des coups, Taccusateur ténébreux qui se cache toujours, l'homme qui fuit dès qu'un poing se ferme pour retomber sur lui, et qui s'évade dès qu'un débat s'ouvre.

Sans doute, les gens du dehors, les Scheurer-Kestner, les Ranc, les Jaurès, les Yves Guyot, les Clemenceau, les Pressensé sont de grands criminels pour avoir entrepris une campagne aussi antipatriotique, qui a fait de nous la risée de PEurope; mais ce sont des gens du dehors : ils peuvent prétendre qu'ils soutiennent une cause qu'ils croient juste.

La canaille complète, c'est l'homme du dedans, l'officier indigne, le traître et le vendu qui a livré au Syn-

dicat juif les documents et les secrets, dont il n'avait connaissance qu'à Toccasion de ses fonctions.

Syndicat avait tellement compris que Picquart Tâme du complot, qu'il a remué ciel et terre pour r que l'officier félon ne comparût devant ses pairs. s avons assisté à cette comédie sans nom d'hommes réclament sans cesse la lumière et qui violent es les lois pour empêcher qu'on ne juge celui dont rocèséclaircirait tout.

près la publication de la lettre de Dixi^ tout aurait nodifîé si nous avions eu un gouvernement, si Méavait eu une étincelle de patriotisme et d'énergie, aieu Dreyfus, Reinach, Picquart et les banquiers i qui commanditaient l'affaire auraient été arrêtés le lendemain.

a France n'en serait pas tombée où elle en est. Nous irions pas eu Fachoda, et Delcassé n'en serait pas lit à encaisser celte interminable série de soufflets le laissent, d'ailleurs, absolument indifférent, et 1 classe avec un flegme de collectionneur, uoi qu'il en soit, on voit que mon rôle en ceci a été 1 simple et que je n'ai pas à m'inquiéter de ce qu'Eslazy pourrait écrire sur moi et même sur le général îoisdeffre.

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