‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 31 sur 78 · Joseph Fabre. -— J'ai hâte d'arriver à un fait grave et · texte numérisé non relu

Joseph Fabre. -— J'ai hâte d'arriver à un fait grave et

j'espère qu'en ce qui concerne ce fait M. le Ministre de la

Guerre, lorsqu'il montera à la tribune, nous donnera la joie

de nous apprendre la non-authenticité d'une lettre qui, il j a

quelques jours, a paru d'abord dans un jouroal du dehors et

> dans laquelle un officier général exprimait son opinion sur

jUne affaire actuellement en cours devant la justice, en mar-

I quant son admiration pour le caractère de l'homme qui lui

I avait fait Tafi'ront de le solliciter à un attentat criminel

contre la Constitution et les lois, en adressant au chef de

l'Etat les pires outrages et en provoquant contre lui des

manifestations factieuses. (Mouvements divers.)

M. Le Provost de Launay. — La conduite de Grenoble, eomme on l'a dit l'autre jour.

M.Joseph Fabre. — Oui, je voudrais apprendre, de la bouche de M. le Ministre, que cette lettre n'a pas été écrite ou qu'elle a été publiée contre la volonté môme de son auteur. {Très bien l très bienl sur plusieurs bancs.)

En tous cas il est fâcheux que, dès le lendemain de sa publication, un tel acte n'ait pas été hautement désapprouvé, car c'est un acte qui viole tous les règlements militaires que la publication dans un journal d'une semblable lettre en dehors de toute autorisation des chefs de l'armée. {Très hienl très bienl sur les mêmes bancs. — Bruit à droite.)

Pensez-vous que l'heure n'est pas venue de mettre fin à ces dissonances dans une armée si admirable par son esprit d'ordre et de discipline? {Très bienl très bien !)

Plus grande est l'influence des exemples, plus impérieuse est l'obligation de respecter strictement les lois et les règlement militaires.

Ce n'est pas seulement par des paroles, c'est par des actes

qu'il faut montrer que le meilleur moyen d*assui*er le respect, c'est d'eu exiger l'observation non pas seulement de ceux qui sont commandés, mais encore et surtout de ceux qui commandent. (Trèsbieni très bien l sur plusieurs banrs.) Vous rassurerez ainsi tous les braves gens qui estiment que le devoir du soldat est de se tenir en dehors de toute politique et de se consacrer tout entier à la défense du pays et de la loi. (Très bien! très bien! et app'audissements à gauche.)

2. — Déclaration de Freycinet, miaistre de la guerre. — « L'S officiers, qui ont adhéré à la Ligue de laPatrie française, n*oin pas cru faire un acte politique. — Aussitôt ces adhésion? connues, j'ai envoyé une Circulaire et route adhésion a ce>sé. — Ayez confiance en l'armée.— Votre interpellation, monsieur Fabre, je ne la crois pas bonne. »

M. DE Freycinet, Ministre de la Guerre. — L'honorable M. Joseph Fabre est revenu aujourd'hui sur une question dont il avait déjà, dans la dernière séance, entretenu le Sénat, concernant les tentatives d'embauchage de la « Ligue de la Patrie française. » M. Fabre nous a rappelé que cette ligue avait obtenu les adhésions d'un certain n(>mbre d'officiers de l'armée.

Je n'hésite pas à reconnaître avec M. Joseph Fabre que cette ligue a eu tort de s'adresser à des officiers de l'armée. {Très bien 1 très bienl)

Je dis qu'elle a eu tort, et cependant je ne saurais oublier les noms de plusieurs de ceux qui étaient à sa tête, non plus que le programme qui fut alors publié et qui, à ce momenU là du moins, ne se proposait que de ramener l'apaîseinent dans les esprits. {Mouvements divers.)

M. Destieux-Junga. — C'est pour cela que M. Jules Leriiaître approuvait les injures adressées au Président delà République.

M. LE Ministre. — Je parle de l'époque où la Ligue delà Patrie française fut constituée et où elle adressa son premier appel au public. Elle comptait parmi ses fondateurs des hommes dont les intentions ne pouvaient être suspectées ; je le dis d'autant phis volontiers que parmi eux je comptais des amis appartenant à une de nos premières Compagnies. II n'était alors question que de travailler a Tapaisement, sans autre but que la défense de la patrie et le respect du drapeau. {Très bien] très bienl sur plusieurs bancs.

Malgré cela, je dis que la ligue eut le tort d'adresser un appel aux officiers de rannée française, parce que ceux qui étaient à sa tête pouvaient prévoirque presque forcément elle eD viendrait à s'engager dans une voie politique où les officiers de Tarmée avaient le strict devoir de ne pas s'engager avec elle. {Très bienl très bienl) Mais, je le répète, au moment où la « Ligue de la Patrie française » fut constituée, elle s'était placée sur un terrain tel qu'à ce moment les officiers qui lui donnaient leur adhésion pouvaient croire qu'ils ne faisaient à aucun degré un acte politique. (Mouvements divers.)

Toutefois, dès que j'ai eu connaissance du fait, j'ai envoyé une de ces circulaires que M. Joseph Fabre semble croire si inefficaces.

M. Destieux-Junca. — Vous en aviez déjà envoyé une au moment de la souscription Henry : elle n'a pas eu grand effet. {Réclamations sur divers bancs,)

M. LE Mlnistre. — Monsieur Destieux-Junca, je réponds à la question de M. Fabre ; ce n'est pas à vous que je reponds. (Applaudissements sur divers bancs.)

M. Destieux-Junca. — Vous répondez à l'Assemblée. {Nouveaux bruits,)

M, LE Mlnistre. — Je réponds àTAssemblée et à M. Joseph Fabre et je dis que, ayant eu connaissance de ces pratiques, j'ai envoyé une circulaire ; elle n'était pas longue : quatre lignes seulement, mais elle a suffi pour arrêter immédiatement toute adhésion. [Trèsbieni très bienl)

Je ne crois pas que M. Joseph Fabre puisse m'apporter la preuve du contraire.

Vous parlez de discipline : la voilà la discipline ! (Applaudissements sur un grand nombre de bancs,)

M. GosTE. — On ne devrait pas avoir besoin dé circulaires, en ces circonstances, pour assurer le respect de la discipline. (Bruit et mouvements divers.)

M. Le Provostde Launay. — Ce sont les gens qui applaudissaient Labordère qui interrompent ainsi.

M. Destieux-Junca. — Labordère avait pour mobile le respect des lois.

M. LE Mlnistre. — Je ne sais vraiment pas comment répondre à des reproches aussi généraux, et je n'ai pas compris M. Joseph Fabre lorsqu'il m'accusait de laisser sommeiller mon autorité, d'en faire en quelque sorte l'abdication.

â3â LIVRE TROISIÈME

Je n'ai pas l'habitude de prendre les journaux pour confidents des actes que j'accomplis au sein de Tarmée (Applaudissements») J'ai trop le respect de mes subordonnés pour agir ainsi et, lorsque j£ frappe, je frappe en silence (frés bienl très bienl)

Vous parlez de discipline ? Mais Toyez-vous un acte qui prouve que cette discipline, à laquelle toutes les nations rendent hommage, est détruite dans notre armée ? (Très bien I très bien î)

M. Joseph Fabre. — Je n'ai jamais prétendu direle contraire. (Rires ironiques ^)

M. LE Ministre. — - Eh bien! si à l'aide des moyens que vous trouvez trop silencieux, l'armée accomplit son devoir, qu'avez-vous à me reprocher ?

Votre esprit est en vérité hanté de soupçons basés sur des faits insaisissables. (Rires.)

De quoi faut-il me justifier ?

Avez-vous vu des soldats séditieux ?

M. Destieux-Junca. — Et la lettre du général Roget ? (Bruit et interruptions.)

M. le Ministre;. — Je ne puis répondre à des reproches si vagues, si injustes aussi.

Ce qu'il faudrait faire, ce serait de ne pas traduire si souvent l'armée à la. barre du Parlement. (Vifs applaudissements sur divers bancs,)

Et si j'osais vous adresser une prière, je vous dirais : ayez confiance en notre armée et montrez-lui votre confiance. [Très bienl très bienl)

M. Coste. — On ne peut avoir confiance en des généraux qui donnent l'exemple du manquement à la discipline. (Mouvements divers,)

M. LE Ministre. — Et vous, monsieur Joseph Fabre, permettez-moi de vous dire en toute sincérité que des interpellations de ce genre ne sont pas bonnes. (Très bienl très bien !)

En dépit de vos intentions qui, j'en suis certain, sont excellentes, un pareil discours qui n'est pas motivé par des faits plus sérieux va à rencontre du but que vous vous proposez.

Vous voulez rassurer les esprits et vous en augmentez le trouble. (Très bienl très bienl)

Lorsqu'on s'adresse à l'armée d'une grande nation...

M. Destieux-Junga.. — Encore une fois on ne s'adresse pas à elle, mais à certaines personnalités de Tarmée. (Bruit.)

Voix diverses : A l'ordre î à l'ordre I

M. LE Président. —Monsieur Destieux-Junca, ne m'obligez pas à vous rappeler à Tordre.

M. LE Ministre. — M. DestieuxJunca donne la mesure de sa tolérance. (Rires.) '

M. Destieux-Junga. — Si je suis intolérant, vous pourriez adresser le reproche contraire à certains de vos généraux . [Réclamations sur un grand nombre de bancs,)

M. LE Ministre. — L'armée, en toUt cas, vous donne l'exemple du silence. (Très bien\ très bien I)

M. Destieux-Junga. — Excepté certains de ses chefs qui {ont leurs confidences à la presse. (Vives protestations.)

M. le Président. —M. Destieux-Junca, je vous rappelle à l'ordre.

M. LE Ministre. — Pour moi, je rends justice à notre armée, je constate chez elle la discipline la plus complète, à tous les degrés : jamais la politique ne pénètre dans ses rangs. (Mouvements divers.)

M. Destieux-Junga. — C'est une confusion inadmissible.

M. LE Président. — Que gagnez-vous à troubler ainsi le débat! Vos paroles ont certainement trahi votre pensée.

M. Destieux-Junga. — Je voulais dire qu'ail ne faut pas confondre Tarmée, qui a tout notre respect, avec certaines ; personnalités qui ny ont pas droit. (Protestations sur un ■grand nombre de bancs. — Applaudissements sur divers bancs à gauche»)

M. LE Ministre. — Lk question de M. Joseph Fabre n'est pas sur le terrain où M. Destieux-Junca voudrait m'amener. sur lequel je ne le suivrai pas.

M. Joseph Fabre parle de la discipline dans l'armée en général et sa correction en matière politique ? Eh bien î je me porte garant pour nos officiers, même pour l'avenir, et ^ je dis que l'armée mérite qu'on ne lui fasse entendre qu'un seul mot : celui de confiance.

Et plus elle entendra ce mot, plus elle vous répondra par ,ceax de fidélité, de discipline, de dévouement. (Vifs applau- Wismients sur un grand nombre de bancs.)

3. — Répliqae de Fabre. — « Il y a équivoque dans la réponse du ministre. — Nous ne visons pas l'armée ; nous visons certaines personnalités qui en font partie. — Et la lettre dn général

Roget ? — L'étrange, c'est que la circulaire du ministre de la guerre ail été nécessaire. —L'armée n'est pas un pouvoir, elle est un service public. — On a solidarisé un bureau de l'Etat major avec TEtat major ; puis on a solidarisé l'Etat major avec l'armée. — La République aime l'armée ; elle la ^^lorifie ; mais elle condamne les rares individualités qui la déshonorent. »

M. Joseph Fabre. — - M. le Ministre a terminé son discours en exprimant sur notre belle et grande armée des idées auxquelles je m'associe. Il a oublié que moi-même j'avais proclamé le magnifique esprit d'ordre et de discipline qui domine dans l'armée.

Les remarques que j'ai faites ne visent pas l'armée nationale ; elles s appliquent à quelques individualités avec lesquelles il ne convient pas de solidariser cette armée. {Vive approbation à gauche,) Je retrouve dans le discours de M. le Ministre l'équivoque dont on a toujours abusé jusqu'ici. {Applaudissements sur les mêmes bancs.)

Alors qu'il s'agit de personnalités, de faits précis, vous nous dites que nous visons l'armée. Nous mettant en face de l'armée tout entière, on essaie de nous obliger au silence (Applaudissements) à propos d'abus incontestables, qui, pour ne pas être généraux, n'en sont pas moins réels.

Je réclame le droit de libre critique ; ce droit, la nation veut que nous en usions ; elle l'a prouvé hier. [Applaudissements à gauche.) En effet, sur la réquisition d'un membre de cette Assemblée, on a jugé à propos de poursuivre un journaliste...

M. DE Lamarzelle et plusieurs autres sénateurs à droite, — C'est une deuxième interpellation.

M. Joseph Fabre. — Ce journaliste était encore tout récemment des vôtres.

Le jury a répondu et s'est prononcé contre le fétichisme de l'armée (Exclamations à droite), dont il nous suffit d'avoir le culte. (Très bien 1 à gauche).

Votre grande erreur, monsieur le Ministre, est de solidariser avec l'armée les quelques officiers compromis. Je n*ai attaqué que ces officiers, et surtout ceux d'entre eux qui ont eu conscience de leurs actes. (Bruits à droite») Je n'imagine pas que le général Roget n'ait pas eu conscience de la portée de son acte lorsqu'il a laissé publier la lettre qu'il a écrite, et dont l'étranger a eu la primeur. (Mouvement,)

M. LE Ministre. — Le général Roget m'a déclaré par écrit que cette lettre avait été publiée contre son gré et que cette

publication constituait ~ je me sers de son expression — un abus de confiance.

J'ai adressé à ce sujet au général Roget les observations que j*ai jugées utiles. {Mouvements divers.)

M. Leydet. — C'est la correspondance à huis clos.

M. Joseph Fabre. — Je suis heureux d'avoir provoqué de votre pari, monsieur le Ministre, cette déclaration ; j'aurais été plus heureux encore si ce fait avait été connu dès la publication de la lettre. ^

M. Le Provost de Launay. — La publication des pensums !

M. Joseph Fabre. — Les officiers qui se sont affiliés à la ligue de la « Patrie française » ne l'ont pas fait dès la première heure, alors que cette ligue n'avait aucun caractère politique, mais au moment où elle poursuivait vigoureusement le triomphe de la loi à propos de laquelle elle prétend avoir fait capituler le Gouvernement et le Parlement.

Il convenait, monsieur le Ministre, que vous empêchiez dès le début ces affiliations, il est impossible que vous ne les ayez pas connues. Vous me dites qu'on a tenu compte de votre circulaire. Oui, on s'est incliné, lorsqu'on a su que vous étiez prêt à des mesures disciplinaires.

Mfiiis ce qui est étrange , c'est que cette circulaire eût été nécessaire, c'est qu'on n'ait pas tenu compte des circulaires antérieures, des lois et des règlements précis qui sont connus de tous les officiers et qui portent que les membres de l'armée ne doivent s'affilier à aucune ligue.

M. Rambaud. — Il n'y a pas eu d'affiliation. {Exclamations à gauche,) Celui qui s'affilie s'engage à quelque chose ; on n'a rien demandé aux officiers, ils n'ont rien consenti. Cherchez ailleurs les affiliations. {Très bienl très bienl à droite).

M. Joseph Fabre. — Je ferai remarquer à M. Rambaud que les bulletins d'embauchage portaient ces mots : nous serions heureux que l'armée nous envoyât son adhésion. Est-ce ne rien demander? (Très bien ! très bien I à gauche. — Exclamations à droite.)

M. LE Provost de Launay. — Admettez-vous l'affiliation aux loges franc-maçonniques?

Voix diverses à droite : C'est une véritable interpellation.

M. le PrésidExNt — En maintenant la parole à M* Joseph Fabre, je ne fais qu'appliquer le règlement.

M. DE Lail\rzelle. — Donnez-nous le droit de répondre.

M. Joseph Fabre. — Je suis tout prêt à soutenir un débat avec M. Rambaud et je lui saurai gré de déposer une intert pellation. {Protestations sur un grand nombre de bancs.)

Vous avez, monsieur le Ministre, avec votre art accoutumé, généralisé une question qui était spéciale ; vous avez mis en cause rbonneur de l'armée, le respect de Tarmée. Cet honneur, nous l'affirmons ; ce respect, nous le professons.

Mais je constate qu'on abuse et de ce respect et de cet honneur pour produire des exigences intolérables.

Depuis le jour où le duc d'Orléans a déclaré qu'il ne permettrait pas qu'on touchât à l'honneur de l'armée, un mouvement significatif s'est manifesté dans l'armée et ailleurs.

On s'est mis à nous représenter l'armée comme un pouvoir distinct, comme l'un des pouvoirs de l'Etat.

La nation n'a rien de plus cher que son armée, dont les intérêts se confondent avec les siens ; mais l'armée n'est qu'un service public...

M. LE Ministre de la Guerre. — Mais personne ne prétend que l'armée constitue un pouvoir distinct.

M. de Lamarzelle. ' — Nous ne pouvons pas intervenir et l'orateur né cesse d'appeler les contradictions.

M. Joseph Fabre. — L'armée, dis-je, n'est qu'un service public, un organe du pouvoir civil, dont la mission consiste à défendre le territoire ou à y maintenir l'ordre.

En même temps qu'on s'efforçait d'abuser nos officiers et nos soldats sur leurs droits, on leur signalait les républicains comme les ennemis, les insulteurs de l'armée...

Voix à droite : Pas tous les républicains.

M. Joseph Fabre. — On exploitait chez eux un sentiment respectable et utile, cet esprit de solidarité qui s'appelle l'esprit de corps, pour les exciter contre les citoyens coupables de ne point partager les passions aveugles des nationalistes.

On essayait de leur faire croire que c'est attaquer l'armée que d'attaquer telles et telles individualités qui se sont déshonorées par des faux et des mensonges. (Très bien I à gauche.)

Eh bien ! il y a des officiers qui protestent contre cette manière d'entendre l'esprit de corps. Ils veulent être dégagés de ces solidarités compromettantes, que certains tentent à toute force de leur faire subir et contre lesquelles proteste leur conscience. {Bruit à droite.) Il est temps, messieurs, de faire justice de ces aberrations.

Critiquer, attaquer quelques individus, qui, dans l'armée, oQt pu manquer au devoir de loyauté et de droiture, qui est l'honneur du soldat français, ce n'est point s'en prendre à l'armée. (Applaudissements.) L'armée eàt au-dessus des défaillances individuelles. (Interruptions et bruit,)

M. DE Lamarzelle. -r- Quels sont les soldats qui ont manqué à la loyauté?

Voix à droite. -^ Oui, citez les noms. (Interruptions.)

M. Joseph Fabre. — Vous demandez des noms. Il ne me convient pas de citer des noms, qui sont d'ailleurs sur toutes les lèvres. Mais j'en prononcerai un, parce que c'est celui d'un coupable qui s'est fait justice : je veux parler du colonel Henry. (Approbation à gauche.)

Voix à droite. — Mais il est mort ! (Rires à gauche.)

M. LE Provost de Launay. — C'est pour cela que vous le nommez Vous ne vous en prenez qu'aux morts ou aux absents.

M. Joseph Fabre. — Voulez-vous donc que j'évoque des faits encore plus tristes ? Parlerai-je d'instructions que certaines gens donnaient ou faisaient donner à l'homme que l'on appelle Esterhazy... (Murmures à droite), à ce condottiere qai se réjouissait à l'idée de voir Paris incendié et livré à la fureur de la soldatesque teutonne 1 pour le renier aujourd'hui, après lui avoir, à une autre époque, prodigué les poignées de main, les ovations. (Protestations à droite.)

M. LE Comte de Blois. — Jamais !

M. DE Lamarzelle. — Non I non !

M. Joseph Fabre. — Ah! vous le contestez? Ainsi Esterhazy n'a pas reçu les poignées de main d'un grand nombre d'officiers, d'un grand nombre de vos amis, sans parler de cette poignée de main princière dont le souvenir vous gêne maintenant. (Bruit croissant.)

M. LE Provost de Launay. — J'ai bien serré la main de M. Baïhaut, et vous aussi ! Et je le regrette.

M.Joseph Fabre. — Laissons là ces choses désolantes et ayons le courage de proclamer la vérité.

La vérité est que notre armée est respectée et chérie de tous les républicains. Nul régime n'a plus fait pour elle que la République. Nul ne lui a prodigué à ce point les crédits et les moyens d'action. Nul ne lui a témoigné une plus grande sollicitude.

Elle n'a pas seulement amélioré les conditions matérielles

de la vie du soldat à la caserne. Elle a rendu meilleure la position des officiers. Elle a augmenté les retraites comme elle avait augmenté les soldes.

Jamais ceux qui défendent le pays n'ont obtenu de la population ni des pouvoirs publics plus de marques de sympathie, plus d'ovations, de distinctions et d'honneurs.

Ils savent que, depuis les malheurs de la défaite, il y a, dans notre pays, un surcroît d'affection pour cette armée vraiment nationale, où se concentrent tous les rayonnements de nos gloires passées et en qui reposent nos plus patriotiques espérances. {Vifs applaudissements à gauche, — Interruptions à droite,)

Elle n'a donc pas à se plaindre, cette chère armée. Elle peut avoir confiance dans la République. Et nous, de nôtre côté, nous pouvons mettre toute notre confiance en elle; car, en dépit d'actes regrettables, mais absolument isolés, et dont la responsabilité ne saurait rejaillir sur elle, elle mérite, elle continuera de mériter le patriotique attachement de la nation. {Applaudissements à gauche. — Bruits prolongés,)

M. Le Cour Grandmatson. — Nous n'avons pas entendu les dernières paroles de l'orateur. Nous ignorons si nous avons à lui répondre.

M. LE Président. — L^incident est clos.

Le 22 mars Rochefort publie : « Histoires extraordinaires » :

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