Est-ce d'un assez triste Escobart
Ce complot ministériel greffé sur la conspiratioa dreyfusarde Relatait si évidemment à tous les yeux que, malgré sa confiance dans Tabjection des panamistes de sa majorité, le cynique mais jésuitard Dupuy a de nouveau essayé de donner le change sur sa mauvaise foi. Gomme le courageux député Lasies lui rappelait qa'il avait, au nom du gouvernement, affirmé qu'il n'existait aucun dissentiment entre M. de Freycinet et M. ûelcassé, ce ministre de toutes les restrictions mentales a répondu piteusement :
« J'ai dit qu'il n'y avait pas de dissentiment... qui pût expliquer le départ de M. de Freycinet. »
Est-ce d'un assez triste Ëscobar ? Et comme LasieS) au sujet de la peine qui frappe le commandant Guignet, demandait en quoi cet officier était plus coupable d'indiscrétion que le Figaro^ Dupuy s'est gardé de la moindre riposte : sans quoi, il eût été obligé d'avouer que les documents publiés par le Figaro lui ayant été remis par le ministère lui-même, il se verrait contraint de prononcer sa propre mise en disponibilité et celle de ses collègues par retrait d'emploi.
Il trouve très légal qu'un journal dreyfusard serve à ses lecteurs le dossier de l'enquête, en attendant qu'il ajoute à cette publication celle du dossier secret, que Dupuy lui a vraisemblablement déjà fourni ! Soit I Noos trouvons très bien aussi que le commandant Guigaei ait, par la publication de la correspondance échangée entre M. de Freycinet et le félon Delcassé, soulevé un coin du voile qui recouvre les hontes et les turpitudes dont la bande des valets de Rothschild et de Guillaume nous abreuve depuis si longtemps.
Le commandant Cuignet a agi en loyal Français, et nous ne saurions trop souhaiter que d'autres Timitent. A cette heure, il n'y a plus rien à ménager. J'ignore comment l'armée, décimée depuis deux ans au profit des fauteurs de trahison, prendra ce dernier crachat que Dupuy lui envoie à la figure ; mais, puisque le succès-
seur de M. de Freycînet ne la défend pas plus qu'il ne défend celai qui Ta précédé à la Guerre, je sais bien que, du grade de sous-lieutenant à celui de général, le droit de tous les officiers français serait de démissionner en masse devant une série de provocations auxquelles il leur est interdit de répondre.
Nous avons, il ne faut pas en douter, afifaire à des gens capables de tout. Aujourd'hui, ils expulsent Guignât, qui les démasque ; demain, ils feraient sans le moindre scrupule assassiner Marchand, dont la réception enthousiaste constituera la plus sanglante avanie pour les drôles qui, après l'avoir lâchement désavoué, le font tous les matins insulter par Sébastien Faure et Jaurès.
L'homme qui ment. — Le prophète -se rend à Grenoble. — Ses oracles sur cet exode. — Séverine explique le sens de ses prophéties.
La pantalonnade met en scène un personnage à robe rouge : il calligraphie un rapport. On lit : « Pas défait nouveau ». Entrée .du porteur d'eau; un bandeau doré lui bouche l'œil droit. Il se livre à une mimique animée avec Je calligraphe, il lui fait signe de biffer les mots de son parchemin. Le robin rature; il calligraphie. « Revision ». Entrée du clown.
Il est en colère. Il fait signe à la robe rouge de ne pas écouter le porteur d'eau. Le porteur d'eau tire de sa poche un «roquemitaine en baudruche, le gonfle, l'agite au-dessus de la tète du rapporteur. Le clown est furieux, il se jette sur le porteur d*eau, le colleté ; il crève sa baudruche. Bravo, cfown I
Le 15 mai, Drumont publie : « L'homme qui ment. » Il vocifère le verset : « Je suis encore mal revenu de l'impression d'écœurement et de dégoût que j'ai éprouvée vendredi dernier à la Chambre, en entendant mentir Delcassé. » « Écœurement et dé-
coulant ; le troisième va tout seul. C'est ainsi que peu à peu le mensçnge devient une habitude ; le menteur ment aussi naturellement que d'autres disent la vérité. »
La psychologie de « l'homme qui ment », avec la triple j)rogression de son mensonge, n'est pas le moindre attrait de l'oracle prophétique. Elle en est le pinacle. A quoi bon un commentaire? Le prophète parle en trop parfaite connaissance de cause.
Le 20 mai, Drumont publie « Impressions de voyage » :