Les chemineaux de Tassassinat
Cette Terreur blanche est maintenant reipplacée par la Terreur dreyfusarde.
Elle s'était d^à manifestée à Marseille contre Max Régis, moi et nos amis, contre lesquels on a joué du couteau, du revolver et du pavé.
Elle vient de se manifester à Grenoble par des agressions identiques : ce qui démontre à n^en pas douter que ce sont les mêmes chemineaux de Tassassinat qui se déplacent selon les ordres qu'ils reçoivent de la maisonmère, celle où Jaurès et son chef hiérarchique Dupuy préparent leur guet*apens.
Mais les attentats perpétrés par ces drôles contre Max Régis emmuré et enchaîné prouvent surtout ceci : c'est que le Jaurès et les bonnes crapules de son entourage se fichent autant de Tinnocence que de la culpabilité de Dreyfus» sur le martyre duquel ils font semblant de pleurer.
Ce qu'ils défendent, c'est la juiverie tout entière, qui les paye pour qu'ils en fassent la maîtresse de l'Algérie, comme elle Test déjà de la France.
Car, enfin, la campagne entreprise par Max Régis, Voinot et tout le Conseil municipal d'Alger pour purger notre colonie de la vermine juive qui la ronge, ne vise que très indirectement Dreyfus, qui n'a jamais servi en Afrique.
Pendant que nous démasquions ce traître, le3 antisémites d'Alger dénonçaient les faits d'usure et les banqueroutes frauduleuses auxquels se livraient quotidiennement ses coreligionnaires.
Gomment donc expliquer cette haine des dreyfusards contre un réformateur qui ne s'est occupé que très incidemment du cas d'un misérable dont les méfaits, à ses yeux, ne sont pas beaucoup plus graves que totis ceux
370 LIVRE SIXIÂHE
dont, en sa qualité d'Algérien, il a été si souvent témoin?
C'est qu'en réalité Jaurès et ses collaborateurs sont entrés dans la bande à Puybaraud beaucoup moins pour faire libérer Dreyfus que pour sauver toute la race à laquelle il appartient.
Régis, tout jeune qu'il est, a presque réussi à la chasser d'une de nos plus importantes possessions, et les agents de Zadoc-Kahn ont ordre d*en finir avec loi comme le plus dangereux des adversaires.
Le policier Jaurès a voulu provoquer un mouvement contre lé prisonnier, non parce que celui-ci proclame Dreyfus coupable, mais parce qu'il a contraint Lépine, le souteneur des banquiers israélites, à reprendre précipitamment, pour rentrer en France, le bateau qui Tavait amené en Algérie.
La pantalonnade met en scène « les chemineaux de l'assassinat ». Trestaillon, Vidocq, Goco-Lacour apparaissent sous les traits de Jaurès, de Dupuy, de Puybaraud ; ils assassinent à Marseille, ils chourinent à Grenoble ; ils dressent guet-apens sur guet-apens ; le clown ne s'en tire que par des prodiges d'audace et d'adresse. Bravo, clown !
Le 22 mai, Drumont publie « Répit succinct mais exact de ce qui s'est passé à Grenoble » :
1. — Nous étions passibles d'une peine, si nous n'avions pas obéi à l'appel de la justice.
Il me paraît utile et nécessaire de rétablir la vérité à propos des événements de Grenoble. La Presse des faux socialistes et des Juifs est effectivement en train de dénaturer les faits, afin que Krantz, Textraordinaire ministre de la Guerre qui n'a de sympathies que pour les insulteurs de l'armée, puisse frapper de nouveaa nos malheureux officiers.
Il est faux, absolument faux, que des officiers soient venus nous saluer à la gare, comme l'a "firme la Petite
République, et qa'ils aient ainsi donné un prétexte aux misérables qui les ont assaillis à coups de pierres^ de morceaux de fonte et de porte-allumettes.
J'admire Millevoye de vouloir porter cette question à la tribune, mais je vois la scène d'ici. Les socialistes, dont beaucoup ne sont pas de méchantes gens, mais que Jaurès a livrés aux Juifs comme un vil troupeau dont il serait le maître, feront un tapage d'enfer et, dès qu'ils auront poussé un cri, Deschanel s'empressera de frapper Lasies sans qu'il ait rien dit du tout.
Ce n'est pas un méchant homme non plus que ce Des* Chanel, et il est de relations agréables, mais il a une peur ternble de ces fauves de l'extrême gauche que la Synagogue a seule réussi à apprivoiser.
Quant à Dupuy, il mentira selon son habitude, il fera boum boum et il sera applaudi vigoureusement par ces socialistes qui aiment maintenant comme leurs petits boyaux l'homme qulls maudissaient autrefois quand ils protestaient contre les < lois scélérates ».
Voyons donc comment les choses se sont exactement
Nous ne venions pas à Grenoble organiser une réunion publique. Nous avions reçu, par l'entremise de M* Clodomir Gadiffert,. huissier près du Tribunal de la Seine séant à Paris, une assignation à comparaître comme témoins le 17 mai, à 8 heures du matin, devant la Cour d'assises de Grenoble.
Nous obéissions donc à un appel de la Justice, nous aurions été passibles d'une peine si nous n'avions pas obéi à cet appel. Les représentants de l'autorité avaient donc pour élémentaire obligation de nous protéger dans Taccomplissement d'un devoir que la loi nous imposait.
En arrivant à Grenoble, nous fûmes reçus par les acclamations de nos amis, auxquelles ne se mêlèrent nuls cris d'A bas Jaurès/ et d'A bas Zèvaèsl Le commissaire central arrêta Lionne pour tapage nocturne, à neuf heures du soir, ce qui est amusant lorsque l'on pense que le môme commissaire laissa pendant deux
..- '■^r^ii^i-'^ss^y^y
soirs hurler sous nos fenêtres jusqu'à' minuit sans songer à arrêter personne.
Le lendemain matin nous nous transportâmes au Palais de Justice^ quoique l'heure fût un peu matinale. Après avoir pris nos noms, le président nous dit : «Messieurs, vous êtes libres jusqu'à deux heures. »
Je dis là : « Le président a du bon. » Nous hélâmes une voiture et Morinaud, Boisandré et moi nous fîmes les Anglais en voyage et nous visitâmes les monuments et curiosités de Grenoble, Après quoi, nous allâmes faire à Bouqueron un déjeuner qui fut extrêmement gai, car les nouvelles étaient bonnes et nous avions le pressentiment que Régis serait acquitté.
En revenant, on nous remit un ignoble petit papier que plusieurs personnes de la ville avaient déjà apporté au commissaire central ; nous le montrâmes à ce commissaire qui nous dit : « Gela vient du Parti ouvrier. » Je trouvai que ce commissaire était dur pour le Parti ouvrier en lui attribuant cette ordure, car nous n'avions jamais dit que Jaurès ou Zévaès fussent des souteneurs^ ainsi que le petit papier le disait de nous.
Dès qu'il était prévenu qu'il devait y avoir des manifestations violentes, le devoir du commissaire central était de commander un service d'ordre et d'assurer la sécurité d'hommes qui, encore une fois, n'étaient pas des hommes politiques en tournée, mais des témoins convoqués par la Justice et ayant répondu à cet appel. Le commissaire central ne prit aucune mesure et nous fûmes assaillis en sortant de l'audience par une bande de furieux qui étaient d'autant plus agressifs que les agents nous empêchaient de nous défendre.
2. — Saint-Auban nous fit dire de ne pas venir à Taudience. Nous y consentîmes.
Nos braves Algériens peuvent se rendre compte de ce que valent les maires que frappe M. Dupuy, en les comparant à ceux auxquels le président du Conseil se garde bien de toucher.
Dès qu'il y a un peu de bruit en ville, M. Voinot et
ses adjoints accourent pour empêcher que Tordre ne soit sérieusement troublé. Voinot, dominant la foule de sa haute taille, parle au peuple et recommande le calme.
Or, pendant toute cette bagarre, on n'a jamais aperçu le maire de Grenoble ni aucun de ses adjoints. Lâches et tremblants ils se cachèrent au moment où il aurait fallu se montrer; ils n'ont pas fait un signe pour empêcher que des témoins, parmi lesquels il se trouvait cinq députés, ne fussent injuriés et menacés pendant des heures entières.
Voilà, encore une fois, les hommes que M. Dupuy couvre de sa protection, tandis qu'il poursuit de sa haine ceux qui, comme Yoinot, ont toujours payé de leur personne.
Je comprends, monsieur Dupuy, que ce que je vous dis vous gêne, malgré votre goguenardise un peu cynique, mais ce n'en est pas moins la vérité. Il n'est pas à Alger comme à Grenoble, un honnête homme qui ne soit frappé de la justesse de cette argumentation qu'il vous faut bien subir, car nous ne sommes pas à la Chambre où Ton crie : Chahut ! Chahut ! dès qu'un raisonnement est trop pressant pour que l'on puisse y répondre.
Le lendemain matin nous fûmes acclamés par nos amis en sortant du Palais de Justice, sans qu'aucune manifestation se produisit.
Pendant que nous étions en train de déjeuner, Saint- Auban nous fit dire par Girard de Mouricaud, par Gastarède, par Lionne, que les manifestations de la veille avaient fait mauvaise impression sur le Jury et que, dans l'intérêt de Régis, il priait instamment les députés de ne pas venir à l'audience du soir, afin que le verdict ne prit pas un caractère politique.
Gomme l'acquittement de Régis était notre unique préoccupation et le seul but de notre voyage, nous consentîmes à ce que Ton nous demandait et nous allâmes, avec Millevoye, visiter les grottes de Sassenage. Nous
entendîmes gronder des torrents au fond des précipices, nous vîmes des eaux impétueuses jaillir en cascades écumantes de rochers qui touchaient la nue, et Doas franchîmes des gouffres sur des planches, grâce à ud petit guide solide, musclé et bien découplé, qui n'avait pas la haine des intellectuels pour Tarmée et qui se ré. jouissait d'entrer, à l'automne de cette année^ dans les chasseurs alpins.
En arrivant à Thôtel, nous allions retrouver d'autres mugissements poussés sous un décor moins pittoresque.
En apprenant Facquittement de Hégis, la meute dreyfusarde avait été prise d*un véritable délire et poussait des vociférations sauvages.
Malgré les cris de Vive V armée ! qui étaient encore énergiques et nombreux, la foule était visiblement hostile à Tarmée et sifflait dès qu'un uniforme se montrait.
Le point sur lequel il faut insister pour montrer l'ignominieuse, la fabuleuse, l'invraisemblable lâcheté de la municipalité de Grenoble, c'est que, pas plus ce jour-là que le soir précédent, on ne vit apparaître sur le lieu de la bagarre le maire ou l'un de ses adjoints. Pas un seul de ces lâches n'eut l'idée de ceindre son écharpe et de venir dire à la foule que nous étions des témoins répondant à un appel de la Justice et que noas devions être respectés.
C'est le chef du cabinet qui, dit-on, avait organisé la manifestation, d'accord avec quelques Juifs. Quant au préfet lui-même, on n'entendit niéme pas prononcer son nom.
A El-Biar, on avait fait trois sommations contre M. Voinot, M. Lionne et moi, qui étions seuls devant la troupe; une sommation par personne, et l'on nous avait intimé l'ordre de nous disperser. Â Grenoble, pas une sommation n'a été faite à cette foule qui constituait un formidable attroupement. Ceci vous le nierez encore, monsieur Dupuy, mais c'est cependant la vérité.
Le prophète récite le verset :
« Nous étions passibles d'une peine, si nous n'avions pas obéi à l'appel de la justice. »
Plus loin, autre antienne.
« Gomme Tacquittement de Régis était notre unique préoccupation, nous consentîmes à ne pas venir à l'audience. »
Et la peine? Tu Tas escamotée, prophète! N'appréhendes-tu pas que les ouailles de la Libre Parole y devinent une « blague »? Oh non I Tes ouailles ne sont pas de force à saisir la contradiction de deux versets, séparés par une douzaine d'autres. Le premier est emporté par le Léthé avant que le douzième soit sous leurs yeux !
Autre verset :
« Pas un seul de ces lâches n*eut ridée de ceindre son écharpe et de venir dire à la foule que nous étions des témoins, répondant à un appel de la justice, et que nous devions être respectés. »
Eh non! prophète, ils n'en ont pas eu l'idée. Qui aurait eu cette idée? Gomment supposer que tu avais peur de ton peuple ? Comment se douter que tu hésitais à joindre la palme du martyre à celle du prophète 1
Ultime verset :
« Les socialistes que Jaurès a livrés aux Juifs comme un vil troupeau » .
a Vil » est superflu. N'as-tu pas appliqué Tépithète à Mercier? « Vil » est usé. « Troupeau » est de trop. Eh s'affranchissant du capitalisme, les socialistes ont précisément pour but de ne pas être mangés. Pas « Troupeau » du tout, les socialistes! Us sont tout le contraire du contentus sua sorte, pour lequel tout est pour le mieux dans le plantureux pâturage que lui assignent ses bergers. Bref, prophète ! en traçant ce
verset, tu as perdu une belle occasion d'être «exact et, succinct. »
Le 23 mai, Drumont met la dernière main au « récit succinct, mais exact » :
3. — Ma barbe est infiniment moins broussailleuse que celle de Fournière.
Pendant que la foule continuait à hurler, nous nous préparions tranquillement au départ et nous nous restaurions solidement.
Le Petit Dauphinois a profané salement la Vérité en prétendant que j'étais très inquiet. J'ai eu un moment d'inquiétude, il est vrai, quand j*ai vu qu*au milieu de cette agitation il était impossible d'obtenir la sauce pour les asperges. Je dis alors à la bonne, un peu e0arée par ce tumulte comme on n'en avait jamais vu à Grenoble :
« Les événements se précipitent, faites comme eux I »
Le rédacteur du Petit Dauphinois m'a jugé d'après son âme.
Pourquoi aurais-je été inquiet?
J'ai eu, dans ces dernières années, les satisfactions intellectuelles les plus hautes qu'on puisse rêver. Alger a reçu comme un triomphateur celui qui avait été le premier soldat de l'Idée antijuive. Tout ce qui a encore un cœur français me remercie d'avoir essayé de sauver la Patrie en montrant à tous, tel qu'il est, l'ennemi de l'intérieur, le Juif, qui, après nous avoir exploités et ruinés, nous livre maintenant à l'Etranger. Les Juifs eux-mêmes, qui sont plus justes pour moi que les mercenaires qu'ils payent pour m'insulter, sont bien forcés d'avouer que, de tous les écrivains delà fin du siècle, je suis celui qui a exercé la plus grande iuûuence sur le mouvement de son temps.
Ce qui pourrait donc m'arriver de plus heureux, ce serait d'être assassiné, car la mort, dans de telles conditiouSf serait une nouvelle force pour la cause que j'ai
servie et m*éviterait les odieases infirm
Qaant à Guérin, il avait le calme im ne rabandonne jamais.
Il était rentré ayant chaad et avait pi constance pour se livrer à des ablations d'eau de Cologne, ce qui est très hygiéi est en sueur. Je croîs, d'ailleurs, qu celui-là, il faudrait se mettre à quelque!
Millevoye profila de l'occasion pour a excursion qui m'aurait séduit à un au me dit : (c Restez jusqu'à demain, nous Grande-Ctiartreuse qui est à deux pas.
pondis :
c Mon cher ami, l'idée ne me parait Les bandes qui nous entourent nous sui jusque-là et ces bons moines qui ont fai seront certainement étonnés d'entendre visite achèverait, d'ailleurs, ma réputa puisque d'après les socialistes on n'a I une religion que quand on est Juif. Il n'}i pratique et sensée à faire, c'est de sorti que nous avons assez vu et de nous ( d'air. »
Gomme il arrive, nos amis étaient p] nous. Un de ceux qui m'avaient esco avaient paré les coups qu'on cherchait à dit :
« Je vous en supplie, ne partez pas ! "V pas vivant à la gare si vous essayez de foule ! »
Je lui dis : « Grenoble est certainement ble, et j'en conserverai un excellent so sémitisme y triomphera bientôt, j'en s mais ce jour n'est pas encore arrivé. Ne à ce moment-là. »
Notre ami ne se découragea pas et me donc le train de six heures du matin. » J
(c Vous tombez bien ! il n'y a qu'une cho'se qui me rende malade, c'est la pensée de me lever le matin. C'est déjà assez malheureux pour moi d'être tombé dans un pays où les juges ouvrent leur boutique dès patron-minette. Je n'ai nulle envie de m'en aller clandestinement. Puisque vous êtes si aimable et si dévoué, allez donc tout simplement trouver le commissaire central, qui est en bas. Dites-lui que nous partons à neuf heures quarante et dites-lui de nous donner un peloton de cavalerie pour escorter notre voiture, afin que nous ne manquions pas le train... Il sera si enchanté d'être débarrassé de nous qu'il ne demandera pas mieux... »
Le commissaire central répondit que le peloton serait à notre disposition au moment où nous descendrions. Ce qui montre combien le Petit Dauphinois a menti en disant que j'étais très inquiet, c'est que le commissaire central ajouta : « Priez donc M. Drumont de ne plus se montrer à la fenêtre, car cela irrite la foule... »
Les deux fenêtres de la pièce où nous nous tenions étaient en effet grandes ouvertes et, entre deux plats, quand on entendait une belle rumeur de colère, un beau paquet de vagues humaines, je venab caresser doucement ma barbe devant ceux qui criaient : Barbe à Poux ! Barbe à Poux !
C'était une ingénieuse façon de montrer à ces hommes évidemment trompés que ma barbe était infiniment moins touffue et moins broussailleuse que celle de beaucoup de députés, celle de Fournière par exemple. J'ai trop le respect de mes collègues pour prétendre que la barbe de Fournière soit habitée, mais je constate que pour une famille nombreuse elle serait plus habitable que la mienne...
Pendant que s'échangeaient ces propos, on nous annonça que l'omnibus était en bas et qu'il était temps de dire adieu à cet hospitalier pays où la municipalité protège si bien les citoyens que la Justice convoque comme témoins.
Nous pensâmes, néanmoins, que, malgré le tragiqae
des circonstances, il serait bon de régler notre note ^ rhôtel et nous honorâmes d*an bon pourboire la jeune bonne qui avait fini par retrouver la sauce des asperges.