Je demandai an Picquart, et l'on m'apporta un grog
Le commissaire central, à ce moment, avait complètement perdu la tète et c'est ce qui m'a fait revenir un peu sur son compte.
Si Dupuy, que je crois d'ailleurs incapable même de cette élémentaire pudeur, se décidait à donner un semblant de satisfaction à la conscience publique, ce serait évidemment le commissaire central qu'il frapperait, et ce ne serait cependant qu'à moitié juste.
Ce pauvre diable, dépendant de tous, s'est fait l'instrument de tous les coquins qui avaient monté cette affaire, mais, au dernier moment, il trouva tout de même que cela allait un peu loin ; il fut effrayé de la responsabilité qui pèserait sur lui si un malheur arrivait; il comprit que les deux lâches, le maire et le préfet, que l'on n'avait pas vus une fois sur la place pendant ces deux jours, seraient les premiers à l'accuser.
Pour éviter la catastrophe qui aurait pu lui coûter sa place, le commissaire fit ce qu'il n'avait pas fait jusque-là. Au lieu de nous livrer aux hommes de la bande, il laissa nos amis se grouper devant l'hôtel et nous acclamer en criant : Vive la France I Vive V Armée! A bas les traîtres 1
C'est un devoir pour nous de remercier ces amis qui furent doublement courageux, puisqu'ils avaient à lutter à la fois et contre les sans-Patrie et contre la police qui désarmait ceux qui voulaient nous défendre* Qu'ils s'organisent mieux qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici et ils formeront un groupement avec lequel il faudra compter.
Le commissaire central était si ahuri et si impatient (le nous voir gagner des régions plus tranquilles, que, si on l'avait écouté, le peloton aurait escorté une
voiture vide, car il criait de partir avant que personne fût encore monté.
Oui, à ce moment, je fus encore inquiet, mon cher et oyal confrère du Petit Dauphinois. J'appréhendais qu'on oubliât les valises et j'insistais pour que l'omnibus attendit un peu. L'événement devait d'ailleurs démontrer une fois de plus la justesse de mes prévisions, puisque la valise de Boisandré resta en détresse à l'hôtel et qu'on fut obligé de venir la reprendre.
Nous traversâmes la ville assez paisiblement, au milieu de cris contradictoires, escortés comme des ministres par des cavaliers, sabre au clair, dont la martiale et loyale figure nous plaisait à regarder.
Une fois entrés dans la gare une surprise agréable nous attendait : les journaux de Paris venaient d'arriver et nous en fîmes provision pour le voyage.
Une femme élégante et charmante s'avança vers moi, me remercia d'avoir bien combattu contre les ennemis de la Patrie et me demanda de l'embrasser.
Une heure avant le départ, une brave paysanne un peu hâlée avait réussi à traverser la foule et était venue m'apporter des roses merveilleuses, écloses dans son jardin, en me priant de lui envoyer tout ce qui pourrait contribuer à la propagande de la cause antijuive.
C'est ainsi que les idées entrent peu à peu dans les esprits et dans les cœurs et que par toute la France se prépare cet irrésistible mouvement dont les Juifs ne se rendront compte que lorsqu'ils seront sur les marches de Téchafaud ou devant le peloton d'exécution.
Munis de journaux, nous traversâmes la voie, nous déposâmes nos valises dans notre compartiment et nous allâmes rejoindre au buffet Jules Guérin et Jean Dranll qui, n'ayant pas encore dîné, étaient en train de bien 1 faire et jouaient vigoureusement de la fourchette. Je I demandai un Picquart, et l'on m'apporta un grog qui, pour n'être pas servi par un conseiller de la Cour de j Cassation en robe rouge, me parut savoureux et bien I dosé. .
Voilà Texacte photographie des événements qui se sont passés à Grenoble. Malgré les trois enquêtes ouvertes par le ministère de la Guerre, le ministère de rintérieur et le ministère de la Justice, et qui probablement seront toutes conduites par le Juif Grumbach, le cousio de Dreyfus, qui est le maître absolu à la Sûreté générale, il serait difficile d'apercevoir là-dedans des officiers venant nous saluer à la gare, pour Texcellente raison qu'il n'en vint point.
Eq réalité, les officiers ont été assaillis, sans raison aucune, par la bande d'anarchistes et de sans-Patrie que la Juiverie avait embauchés pour jeter le désordre dans la ville et peser sur le Jury pour en obtenir la condamnation de Régis. Ce n'étaient évidemment pas des Grenoblois qui nous criaient : « Nous vous avons manqué à Marseille, nous ne vous manquerons pas ici. )>
Cela n'empêchera pas Krantz de commettre une infamie de plus en punissant des officiers coupables seulement d'avoir reçu des pierres et des pyrogènes en pleine figure.
Ce Krantz, d'ailleurs, vaut un portrait spécial, que nous essaierons bientôt...
Audience de la Cour de cassation du 20 mai. — Ballot-Beaupré lit son rapport. — Première audie de Déroulède en Cour d'assises. — Rochefort vol des tables de la Loi, brisées par Ballot.
Le prophète récite les versets : « Une femi et charmante me demanda de Tembrass brave paysanne, un peu hâlée, vint m'a roses, merveilleusement écloses dans so Hayard, l'empereur des camelots, s'est vai d'avoir organisé des ovations, autrement nantes, en l'honneur du prophète. La fem et la paysanne hâlée ont dû le faire sourie ^. «.. ctuu*.
le prophète ne se vanle pas, c'est du bouquet que lui offre une tierce admiratrice. Il est entouré d'une faveur jaune, sur laquelle s'étale ironiquement le verset du t récit succinct mais exact » : « Il n'y a qu'une chose pratique et sensée à faire, c'est de sortir de ce patelin que nous avons assez vu ».
M. Drumont n'est pas content — et le genre badin ne lui sied point. La grimace convient mieux à son genre de beauté que le aourire ; et, à forcer son talent, il demeure sans grâce.
Pour que la pirouette ait de la désinvolture, il faut le haut taion rouge... et la t manière ! j> Virer sur le bas talon noir d'un gros soulier, c'est risquer de trébucher, et prêter à rire.
D'autant que ces lourdes gentillesses ne trompent personne, ni sur la vérité des faits, ni sur l'état réel des âmes.
M. Drumont, pas plus que M. Rochefort^ n'est Thomme des foules. Tous deux adorent les mettre en rumeur ; mais tous deux préfèrent, de beaucoup, les diriger d'un peu loin, rester hors de leur contact assez brutal, sur la passerelle du commandement. Sinon, l'un devient vert et l'autre blême : c'est nerveux !
Le Petit Dauphinois aurait, parait-il, «salement pro«
fané la Vérité » en prétendant que M. Drumont était
très inquiet. C'est en ces termes que celui-ci s'en plaint.
Voilà ce qu'il en coûte de ne pas allier les apparences
à la réalité ; de ne pas connaître son « paroistre » ; et
de ne pouvoir entendre causer librement ses meilleurs
amis — lesquels, moins favorisés, blaguent à l'envi et
l'éloquence et l'attitude du Maître, en cas de gros temps.
L'exact est que M. Drumont, dans la cohue, perd son
chapeau, ce qui lui donne l'air de perdre la tète; perd
le Nord, ce qui lui donne l'air de perdre la boussole;
s'en va à la dérive, en hélant, avec des gestes de noyé.
Il rappelle ainsi ces oiseaux de nuit qu'un hasard a
dérangés de leur trou, qu'aveugle la claire lumière et
dont le vol court, saccadé, se heurte à tout et par tout.
Le noyé est mal à l'aise, le hibou est désagréablement surpris ; l'un et l'autre sont seulement déplacés des conditions d'atmosphère ou d'heure propices à leur organisme. Où a-t-on pris qu'ils soient «très inquiets? » Le Petit Dauphinois afûigera les psychologues en s'en tenant ainsi aux choses visibles, aux seules allures, aux seuls aspects. Dans le tréfonds de son âme, M. Drumont était tout à fait rassuré. Seulement, il n'y paraissait pas : voilà !
D'autant qu'il semble que cela a chauffé dur, là -bas 1
Je le regrette, parce qu*il m'aurait plu de garder uniquement pour nous, défenseurs de la Justice et de la Vérité, le monopole de certains souvenirs. Mais puisque le fait est accompli sans que ma volonté y soit pour rien, puisque pas un cheveu — pourquoi M. Drumont a-t-il le cheveu juif? — ne manque à la tète du Rabbin de l'Antisémitisme, il est bien permis de s'égayer un peu, en face ce juste retour des choses d'ici-bas.
Ca ne peut pas toujours être les mêmes qu'on injurie, qu'on menace, qu'on «pilera coups de poing ou qu'on assomme à coups de matraque, sur les marches du Palais de Justice à Paris, ou dans les boutiques du quartier jaif, à Alger.
La place Grenette répond à la place Dauphine... et l'imbécillité des violences initiales est de légitimer, par avance, toutes représailles.
C'est désolant, pour les raisonneurs; pour ces canailles de gens bien élevés, comme Gornély, comme moi et quelques autres. Car nos plus majestueux arguments tombent devant la bonhomie têtue d'un socialo qui relève ses manches et répond :
— J'ai trinqué le premier. Ce tour-ci, c'est moi qui régale I
Il faut croire qu'à Grenoble « la foule visiblement hostile » malgré le manque d'appétit de M. Drumont, en cris'du moins^ l'a régalé I
386 IIVftE SEPTIÈME
Le 29 mai, Rochefort publie : « Cour d'Assises et Cour de Cassation.
I. «i^ Ils se prostituent, en échange de bureaux de poste pour leurs maîtresses.
C'est aujourd'hui que s'ouvrent dans le même monament, témoin de tant d'horrenrs, deux procès qui, pour être simultanés, n'en sont pas moins aussi dissemblables que possible.
Dans le prétoire de la cour d'assises, Déroulède et Habert expliqueront comment ils ont tenté d'arracher la France aux traîtres dans les mains desquels elle est tombée; et dans le prétoire de la Cour de cassation, l'ex-antidreyfusard Ballot-Beaupré conclura en faveur de la revision du procès d'un félon dont la culpabilité ne peut faire doute, fût-ce pour les magistrats les plus obtus, puisqu'il Ta imprudemment avouée à cinq on six personnes.
Comme Dupuy, comme Lebret, tant que Félix Faure a vécu, le rapporteur Ballot-Beaupré s'est proclamé parfaitement convaincu de la légitimité de la condamnation de la pourriture qui emplit, à cette heure, de son infection,[l'ancien et le nouveau mondes. Il s'agissait, en effet, de ne pas se faire exclure des faveurs, des banquets et des bals de l'Elysée.
Les invitations et prébendes de l'Elysée s'adressant aujourd'hui à ceux qui crachent sur l'honneur français, M. Ballot-Beaupré, au retour des obsèques de l'ancien président, s'est senti subitement envahir par un dreyfusisme d'autant plus convaincu que ce pauvre Félix Faure n'était plus là pour le lui reprocher.
Dupuy et Lebret, qui servaient d'intermédiaires entre le Syndicat et le rapporteur de la Cour suprême, ont en naturellement raison de ce dernier, comme Louis Bonaparte, après le Deux-Décembre, a eu raison de cette même Cour qui l'avait d^abord mis hors la loi.
Tout ça c'est une question de goût. Comme dans les restaurants à prix fixe, on offre à ces gens-là un certain
nombre de plats à choisir. Les uns préfèrent un avancement dans la Légion d'honneur, les autres aiment mieux de l'argent comptant, qui sent toujours bon, même quand il sent le juif. D'autres se prostituent en échange de places de percepteurs pour leurs enfants, leurs neveux, ou de bureaux de poste pour leurs maîtresses.
2. -« Acheter hait indécis coûtait beaucoap plus cher que s*assarer le rapporteur.
Le fait est qu'avant la conversion de ce Ballot, la Cour de Cassation comptait, au bas mot, cinq voix de majo* rite contre la revision conquises sur huit conseillers d'opinions flottantes, et que les conclusions du rapporteur vont ranger définitivement dans le groupe des trahisseurs de la patrie.
Le Syndicat s'est probablement dit qu'acheter ces huit indécis coûterait beaucoup plus que s'assurer tout bonnement le rapporteur de TafPaire. C'est ce que Dupuy, qui n'est pas Auvergnat pour rien, a fait comprendre à Zadoc-Kahn.
Ce président du conseil des traîtres est dès maintenant tellement sûr de l'acquisition de son Beaupré qu'il a fait passer dans le Temps d'avant-hier une note officielle annonçant que le juge chargé du rapport allait demander la revision du procès de 1894, avec renvoi ^devant un autre conseil de guerre.
Dupuy annonce d'avance la forfaiture afin d'en amortir la secousse, toute la mise en scène ayant été organisée entre lui et ses Delesvaux ordinaires. Et Todieux Escobar, qui sous sa fausse rudesse de porteur d'eau cache la fourberie d'un général des jésuites, étant absolument décidé, en vertu du traité qu'il a passé avec les Juifs, à ne renvoyer sous aucun prétexte le traître à l'île du Diable d'où l'on a mis quatre ans à le tirer, va déployer toute sa honteuse industrie à la composition d'un conseil de guerre auquel il essayera, par séduction ou par menaces, d'arracher un verdict d'acquittement,
Trouvera-t-il dans Tarmée que Dreyfus a vendue et <)ue Dupuy abafouée, sept officiers capables de se laisser
circonvenir comme de simples Ballot^Beaupré? J'espère encore que non. Pourtant les profonds gredins qui nous gouvernent ne sont certainement pas hommes à se lancer dans un second procès sans avoir assuré leurs derrières.
N'oublions pas que le général Février, immédiatement après avoir présidé la commission d'enquête qui expulsa de Tarmée le général Boulanger, coupable d'avoir quitté Glermont-Ferrand sans permission écrite, fut élevé à la haute dignité de grand chancelier de la Légion d'honneur.
Or, la juiverie est, à notre époque, bien autrement puissante que ne Tétaient alors les vieilles croûtes du Sénat, qui ne disposaient que des fonds secrets, tandis qu'elle tient entre ses doigts crochus tous les fonds publics.
Nous pourrons dans quelque temps juger, à Tarrèt que rendra le second tribunal militaire appelé à s'occuper du traître, si l'armée est décidément capable de remplir sa mission, qui est de défendre le pays contre la trahison et l'envahissement qui en serait la conséquence.
C'est évidemment sur cette défaillance ou plutôt sur cette infamie que comptent les Lebret, les Dupuy et les Krantz. Nous saurons bientôt lesquels se seront trompés, d'eux ou de nous.
La pantalonnade a pour décor un « restaurant à prix fixe ». Huit mannequins, revêtus de robes rouges, sont à table. Tablier à la ceinture, serviette sous le bras, le porteur d'eau et l'homme « à la mode di Caen » font le service. Dans. les raviers, rosettes d la légion d'honneur, perceptions, bureaux de tabac billets défaveur, etc.. un menu de gala. A la plac d'honneur, le Président Ballot, un registre sous I bras, est l'objet spécial des courbettes du porteu d'eau et des attentions de l'homme de Caen.
Puis, c'est une série de travestissements. Le porte
d'eau reparaît en « général des jésuites y>,puis en Escobar, etc.. Pantalonnade très mouvementée. Bravo, clown!
Le 29 mai, commencent les débats de la revision du procès Dreyfus devant la Cour de Cassation. En voici le compte rendu, d'après le Matin :