Le service d'ordre. — Arrivée des témoins
Bien qu'hier, tant à l'intérieur du Palais de Justice qu'à l'extérieur, il ne se soit rien passé de nature à provoquer des ruptures d'anévrismes, on nous saura gré de
nous étendre sur les à côtés de cette première journée d'une semaine qui appartient déjà à l'Histoire.
Le service d'ordre organisé aux abords du temple de Thémis et dans le temple luî-mèane, a fonctionné admirablement, et il ne s*est produit aucun de ces incidents qui épouvantent les foules et donnent à réfléchir aux gouvernements. Du reste, la foule, on l'aurait vainement cherchée : quelques centaines de curieux sur la place Dauphine, deux ou trois quarterons de badauds sur le quai de THorloge, devant l'entrée du Palais réservée aux magistrats de la Cour de cassation ; quelques douzaines de journalistes, dessinateurs et photographes, dans la galerie de Harlay, et c'était à peu près tout. Delà police, on en avait mis un peu partout, mais modérément, en somme, et nous étions loin de cette colossale exhibition d'agents et de soldats à pied et à cheval, qui fut un des grands succès du procès Zola. Mais comme il faut toujours compter avec les curieux, si petit que soit leur nombre, comme les badauds sont des êtres extrêmement impressionnables et qu'il suffit d'un cri, parti on ne sait d'où, pour les transformer en manifestants parfois dangereux, le préfet de police avait pris ses précautions. Deux brigades de réserve avaient été consignées dans la cour de la caserne de la Cité, et un escadron de gardes municipaux était prêt à monter en selle au premier signe.
A l'extérieur, le service était fait par des gardiens de la paix des premier, quatrième et cinquième arrondissements ; de fortes escouades gardaient l'entrée des ponts, tandis que, du côté de la place Dauphine, deux sectionsdemunicipaux, avec tambours et clairons pour les sommations, interdisaient les approches de la grille du Palais de Justice. Là, également, des agents, des officiers de paix tout de blanc galonnés, des commissaires de police. Le capitaine Perret, chef des gardes du Palais, se tient à la grille bâtarde, légèrement entrebâillée, et il n'autorise à gravir les degrés de Tescaiier monumental que les témoins munis de leur citation, les
avocats, les reporters qui exhibent leur coupe-file et les privilégiés qui ont eu la bonne fortune d'obtenir des laissez- passer portant la signature des présidents Mazeau ou Tardif.
M. Touny commande en chef les forces policières ; il est assisté de MM. Mouquin et Noirot, commissaires divisionnaires. Les personnes qui se pressent devant les grilles, bien avant leur ouverture, ne paraissent pas animées d'intentions subversives et les curieux, massés en une dizaine de groupes, sur différents points du pourtour de l'édifice, sont parfaitement calmes. Afin d'éviter Uenvahissement du Palais de Justice, les grilles donnant sur le boulevard et les portes s'ouvrant sur le quai des Orfèvres sont closes. On ne pénètre que difficilement, et en montrant patte blanche, par la grille d'honneur. La galerie des Prisonniers est barrée un peu au-dessus de la galerie Saint-Louis; pour franchir ce second obstacle, il faut parlementer longuement et sortir encore des cartes, et l'on arrive à la galerie de Harlay, qui précède à la fois la Cour de cassation et la Cour d'assises. De nouvelles barrières vous empêchent d'aller plus loin, et Ton n'est admis à pénétrer dans l'espace réservé que si Ton est muni de tous les cartons officiels visés par le préfet de police ou les autorités judiciaires.
Très calmes et presque silencieux, les groupes s'échelonnent dans la galerie de Harlay transformée en salle des Pas-Perdus. Où est le temps du procès Zola et la foule hurlante, agitée de passions contraires, qui remplissait de ses disputes et parfois de ses batailles, l'immense vaisseau du Palais de Justice?
A l'ouverture des débats, une soixantaine de personnes se réunissent par petits groupes, en face de la Cour de cassation, et au bas de l'escalier qui conduit à la Cour d'assises. A ce moment, deux ou trois altercations se produisent entre des curieux trop pressés et les gardes républicains. Mais si la consigne est rigoureuse aux portes des tribunaux et aux passages d'où l'on peut
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forcer les rangs de la police, les agents ont évidemment reçu Tordre d'être tolérants. Aux allants et aux venants, ils ne demandent guère leur carte qu'une fois toutes les dix minutes.