Déclaration de Habert
A la reprise, le second orateur, M, Marcel Habert, prend à son tour la parole. Il lit un long facturriy d'un ton fort posé et sans cette belle colère qui plaît à voir chez M. Paul Déroulède.
M. Marcel Habert s^excuse, dès Tabord, de venir nous ennuyer avec la politique, mais c'est là, parait-il un mal nécessaire. 11 essaiera de nous exhiber les rouages de la mécanique parlementaire, dans ce qu'ils ont de plus rouillé, par nous faire toucher du doigt la nécessité de mettre une autre mécanique à sa place. Et il ne nie pa? que tel fut son but avec M. Déroulède. Les faits, ils les acceptent dans toute leur gravité, si on ne les dénature pas. Il ne permettra pas, par exemple, à Taccusation de prétendre qu'ils ont essayé d'entraîner les soldats sans leur général ; ils voulurent entraîner le soldat avec le général.
M. Marcel Habert affirme que son illustre complice et lui ont toujours songé, depuis qu'elle en souffre, à débarrasser la France de son régime parlementaire. Ce qui amène l'accusé à faire l'historique de leurs deux personnalités. Et M. Marcel Habert commence Téloge de M. Déroulède, de sa conduite de soldat pendant la guerre, de sa conduite de citoyen après. Puis c'est l'action très puissante sur les foules du président de la Ligue des Patriotes.
« En suivant M. Déroulède, on risque quelquefois sa liberté, sa vie ; on ne risque pas son honneur I On ne peut pas en dire autant de tous les chefs de parti I J'ai donc suivi M. Déroulède. »
M. Marcel Habert nous explique qull a encore suivi M. Déroulède parce qu'il a voulu sauver la République ! « Celte République, si abominable, aujourd'hui, que les
parlementaires ont souillée et qui apparaissait une vierge si radieuse sous l'Empire. » La République de M, Marcel Habert est la même que celle de M. Déroue lède. Nous nous sommes assez entretenus de celle-ci pour passer sous silence celle-là. C'est toujours le plébiscitaire remplaçant le parlementaire. Voilà l'œuvre à laquelle M. Marcel Habert s'est attaché et à laquelle il veut consacrer toute sa vie. Il continuera de ce chef la Révolution française, car, dit-il, « la République plébiscitaire est fille légitime de la Révolution ; la République parlementaire n'en est que la fille bâtarde I Dans ses veines coule un sang monarchique. »
Suit le procès de cette fille bâtarde. Elle est fustigée avec énergie, et M. Marcel Habert en dit pis que pendre. Ses arguments contre la Constitution Wallon sont les mêmes que ceux de M. Déroulède, et il ne faut pas la considérer longtemps sous le jour peu favorable sous lequel on nous la montre pour en conclure que la revision s'en impose.
m! Marcel Habert préfère la renverser. C'est un révolutionnaire. Et il avoue que c'est par la révolution qu'il a rêvé de substituer à la République de, la réalité la République de ses rêves. C'est ainsi qu'il voulut passer de la théorie à la pratique, et c'est ce passage dangereux qui le conduit aujourd'hui à la cour d'assises. Il ne le regrette pas. Il ne se défend même pas : il s'explique. Il est des heures où il faut venir au secours du peuple. Cette heure, d'après l'accusé, avait sonné avec les scandales de l'affaire Dreyfus et l'élection de M. Loubet. Ils ont donc, lui et Déroulède, agi en révolutionnaires, comme c'était leur devoir, et ils attendent en paix que le jury d'abord et que le pays ensuite les juge.