Conclusions du rapport Ballot-Beaupré. Messieurs
Ita solution que je propose semblerait J'en suis persuadé, naturelle in, tout le monde, si cette lamentable affaire se pré. sentait dans des conditions normales.
Hélas ! il n'en est rien. Le bruit qui depuis plus de deux ans s'est fait autour d'elle, les discussions passionnées aniquelles elle a donné lieu, les commentaires quotidiens de la presse, les indiscrétions, les divulgations de documents secrets, le débat porté, en quelque sorte, sur la place publique avant l'audience même nous prouvent que malheureusement TafTaire n*est pas ordinaire. Et puis, la cause de la revision a eu des défenseurs bien dangereux pour elle, qui, par leurs criminelles attaques contre Tarmée, ont blessé profondément et irrité jusqu'à l'exaspération le sentiment national.
f REVISION DE LA CONBiAMNATlON DE DREYFUS 455
Elle a eu aussi des adversaires qui, de leur côlé, ont loussé jusqu'aux plus grossières violences de langage les icès de leurs polémiques, et cette campagne dans laquelle 'armée d'une part, la magistrature de l'autre, on^ été 'objet d'abominables outrages, n'a pas eu pour résultat leulement de jeter dans notre pays, entre honnêtes gens }ui étaient faits pour s'estimer, entre amis, entre membres l'une mêoie famille, entre enfants d'une même patrie, des germes inquiétants de discorde et de haine.
Elle a eu pour résultat encore de troubler et de fausser les esprits à tel point que, aux jeux de bien des personnes, aujourd'hui, la question est, pour nous, de savoir non pas si nous considérons Dreyfus comme coupable ou non, mais si nous rendrons un verdict en faveur de l'armée ou contre elle.
C'est un état d'esprit qui n'a rien de commun avec la justice.
Et en vérité, l'on ne peut faire ni à l'armée ni à nousmêmes une plus cruelle injure. Non, l'armée devs^nt nous n'est pas en cause, non, elle n'est pas notre justiciable; elle est, Dieu merci! bien au-dessus de ces discussioççi, qui ne sauraient l'atteindre, et son honneur, assurément, n'exige pas qu'on maintienne en prison un innocent.
L'innocence de Dreyfus, messieurs, je ne voi^s 46iQande pas de la proclamer, mais je dis qu'un fait inconnu des juges de 1894 est de nature à l'établir. Cela suffit, aux termes de l'article 443 et, par suite, s'il y a lieu, en vertu de l'article 445, d'ordonner le renvoi devant un nouveau conseil de guerre pour statuer définitivement, en pleine connaissance de cause.
Je le dis avec une conviction ferme, avec le sentissent très vif du devoir qui m'incombe et de la responsabilité quç j'assume, je mentirais à ma conscience si je vous proposç^is une autre solution.
Me trompè-je dans mes appréciations?
Vous le déciderez, messieurs ; je m'incline d'aYft^ce respectueusement devant votre arrêt, quel qu'il soit.
Mon rapport est terminé .