‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 71 sur 78 · Réquisitoire du procureur général Q. de I · texte numérisé non relu

Réquisitoire du procureur général Q. de I

Voyez à quel point la presse est mal in vais la dans tous les journaux que nos amis lède et Marcel Habert étaient poursuivis ( sises. Je me rends au Palais, j'entre dans je m'aperçois que le seul accusé sur leque! se prononcer est un nommé Loubet^ drey miste, qui occupait en 1892 la place de mii tériear, fonction dans laquelle lui a succéc Dupuy, tout aussi panamiste et non moins Ce Loubejt, très ami de Jacques de Reii heureusement mort, et de Josepb Reinacb, heureusement vivant, n'avait pas cru de senter devant la justice et, pour être plus le jugerait que par contumace, s'était réfu| de l'Elysée, qui passe pour un asile invio qu'il ait été violé à plusieurs reprises.

Au moment où je pénétrais dans la salle le procureur général Quesnay de Béaurepai contre ce grand coupable un réquisitoire t câblant, et les jurés semblaient à ce point d l'organe du ministère public, que je ne ci l'accusé puisse échapper au châtiment supr D'autant que tous les témoins présents, sur lesquels il aurait été le plus en droit < étaient des témoins à charge. Pas une v( élevée en faveur du malheureux, qui âvail choisir un défenseur. Le procureur générs montré; avec d^rrécusables preuves à l'ap^ protège aujourd'hui Dreyfus, il avait âutref concussionnaires du Parlement, dont il ] liste, et qu'après s'être déclaré Tami du b

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se proclamer le défeaseur du traître constituait pour le contumax Loubet un cas de récidive prévu par le code.

Le magistrat lui a reproché avec véhémence la ruse quHl a employée pour empêcher que les assignations fussent lancées avant la fin du Jour : ce qui a permis aa plus grand escroc des temps modernes de se dérober par le suicide à une arrestation préalablement décidée en conseil des ministres.

J'ignore si, devant une telle accumulation de faits, le jury de la Seine usera d'indulgence envers le Loabet de 1892 ; mais^ au cas où le verdict serait : « Oui, l'accusé est coupable! » je suis convaincu que le Loubet de 1899 lui ferait immédiatement grâce.

Malheureusement pour lui, il est peu probable que cette commutation de peine réussisse à le prolonger longtemps. 11 a, en effet, contracté une liaison des plus dangereuses avec ce Dupuy dont nous parlons plus haut et dont la spécialité est de mettre à mal les chefs d'Etat qui ont l'imprudence de le prendre pour conseiller.

2. — Si le prédécesseur de Loubet vivait, Ballot- Beaupré certifierait que le bordereau est de Dreyfus.

Gejettatore est comme le microbe de la présidence de la République. Bien qu'il s'avoue actuellement l'iutime de Sébastien Faure et consécutivement celui de Caserio, il serait téméraire d'affirmer qu'il a trempé dans le meurtre du président Carnot. En revanche, il est certain que, par « machinations et artifices coupables >>, comme s'exprime à mon égard l'arrêt de la Haute Cour qui m'a condamné, il a obligé le président Casimir Perier à quitter le pouvoir.

Le terrible acarus Dupuy était président du conseil à la mort de Félix Faure et il l'est encore à cette heure, au moment où Ballot-Beçiupré découvre que le bordereau est non pas de Dreyfus, mais d'Esterhazy; tandis que si le prédécesseur de Loubet avait vécn^ Ballot- Beaupré aurait certifié « en son âme et conscience » que le bordereau était non d'Ësterhazy, mais de Dreyfus.

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L^àme et la conscience de Dapuy étant absolument coulées dans le même moule que celles de Ballot-Beaupré, et le peuple, si aveuli qu'il soit, ayant instinctivement l'horreur de ces âmes et consciences-là, il est dans les choses probables que Taumônier des dernières prières qui a porté en terre tous les présidents qu'il a servis, ne tardera pas à sonner le glas de celui qu'il sert à pré* sent.

L'accueil délirant d'enthousiasme fait à Marchand et que, par l'organe du Temps, les exaspérés du ministère essayent «bêtement d'atténuer, prouve que les jocrisses de gouvernement sont et se savent à la merci du premier événement qui se produit en dehors de leur programme de bassesse et d'avilissement.

Marchand débarque à Toulon, et la feuille officieuse nous apprend que les acclamations qui Tout accueilli, lui et ses compagnons, sont simplement celles de a curieux venus pour prendre part à la fête préparée par les autorités de Toulon ».

Ce ne sont pas des admirateurs du héros de Fachoda qui ont pavoisé leurs maisons et parcourent les rues de la ville au son de toutes sortes de musiques : ce sont des curieux. A quels signes distinctifs l'informateur du Temps s'est-il aperçu que dans la réception de Marchand l'enthousiasme n'était pour rien et la curiosité était pour tout? La feuille à Dupuy et à Loubet ne nous initie pas à ce mystère de perspicacité. Seulement, rquand un gouvernement s'enfonce ainsi jusqu'au cou rdans la mauvaise foi, il ne tarde pas à s'y noyer.

La pantalonnade présente le porteur d'eau, grimé cet-te fois en « jettatore. » Il offre une tournée à Gapferio et à Sébastien Faure : on trinque. Le porteur .d'eau reparaît ensuite en « acarus » : cette fois, il est fftccompagné d'un sosie ; après d'extravagantes ca- |brioles, le sosie se démasque et apparaît grimé en feallot-Beaupré. Quelle honte pour la magistrature [française ! Bravo, clown I

Le 31 mai, Dramont publie « Panamisme et Dreyfusisme » :

1 . — L'Europe, ravie de la décomposition morale^ où est tombée la France.

Lorsque les situations sont aussi complexes, aussi chargées d'événements que la situation actuelle, il s'en dégage toujours un fait dominant qui est comme le point central de tout.

Le fait dominant de la journée d'hier a été la déposition de M. Quesnay de Beaurepaire accusant nette ment, formellement, en pleine Cour d'assises, M. Loabet, d*avoir commis fine forfaiture en cherchant à soustraire des criminels à la Justice.

L'affaire Dreyfus a été organisée et conduite par Reinach de connivence avec l'Allemagne. Et voici qu'au moment où Ballot-Beaupré, à Taide de toutes sortes d'arguties et de mensonges, donne raison à Reinach, on magistrat, qui a brisé sa carrière pour obéir à la voix du Devoir, se lève et dit au Président de la République:

« Vous avez été le complice des Reinach. Pour des raisons qui sont encore mai connues mais qui ne peuvent être honorables, vous avez cherché à arracher Reinach, Toncle, au châtiment, et c'est par ce lien de complicité mystérieuse que Reinach, le neveu, vous tient et vous a imposé la Revision.

» Panamisme et Dreyfusisme sont les deux manifestations d'un même système qui triomphe à l'heure présente et que Déroulède^ l'accusé d'aujourd'hui, l'acquitté de demain, a voulu jeter par terre. »

Nos lecteurs se souviennent peut-être de ce que nous écrivions au lendemain de l'élection présidentielle.

» Vous êtes un indigne, disions-nous, monsieur le Président de la République. Vous avez commis une véritable forfaiture alors que vous étiez ministre.

» Vous déclariez à la Chambre que vous faisiez tous vo^ efforts pour arrêter Arton, mais que vous ne pouviez parvenir à découvrir sa retraite.

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» Or, VOUS ignoriez si peu la retraite d'Arton que vous preniez notre argent, l'argent des contribuables^ l'argent des malheureux à moitié ruinés déjà par le Panama, pour payer des agents chargés d'aller trouver Arton, de négocier avec Arton, d'offrir à Arton Timpunité et Taisance s'il consentait à garder le silence et à ne point livrer les noms du ceux qui étaient vos amis et vos complices, qui ont été vos grands électeurs et vos applaudisseurs d'hier.

» C'est votre agent, c'est Dupas qui a lui-même raconté ces choses et qui est prêt encore à en témoigner.

» Vous êtes un indigne. Quelques heures avant que vous ne soyez le premier magistrat de la République, M. Quesnay de Beaurepaire vous avait craché toutes vos hontes en plein visage. Il avait rappelé comment vous aviez manqué au rendez-vous que vous lui aviez donné, pour empêcher l'assignation adressée à nos Reinach d'arriver à temps. »

On ne me demandera pas à cette heure où chacun sort de ce Congrès sans nom, gonflé d'un indicible dégoût^ de raconter en détails, comment a été extorqué ce vote inouï qui fera pousser des cris de joie à l'Europe, ravie de constater à quel degré de décomposition morale a pu tomber cette France qui fut la reine des nations,

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