‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 74 sur 78 · TION DE · texte numérisé non relu

TION DE

que la fréquentation des divers cercles de P de Dreyfus, ne résultait que d'un bruit qui ( habitués des tripots et il n'a pu affirmer q pertes importantes.

De plus,etdHine manière générale, il ayail Tarrestation de Dreyfus il s'était rendu con renseignements, qu*il avait été à même de portaient à Dreyfus.

On lui a demandé quels étaient ces rei quelle en était la source. Savez-vous ce qu'ii renseignements peuvent se rapporter auss qu'à un autre, mais comme, seul, Dreyf tout retombait sur lui. C'était la « tété de Ti]

a Combien différente, au contraire, s'écr conclusion, quand on examine Esterhazy, le parle le général Billot. Le < misérable » même jette par-dessus bord.

» Esterhazy? Tenez, messieurs, il y a M. Bertulus, une lettre — en quelque sorte C'est un truc, auquel Esterhazy a eu recour

> Il avait besoin d'argent, Il avait écrit à ] et n'avait pas reçu de réponse.

» Il pria un ami d'intercéder pour lui et ] apitoyer M. de Rothschild, une prétendue 1 qui lui refusait de l'argent, parce qu'il aval au capitaine juif Crémieu-Foa.

Cette lettre était fausse. Elle est de la n Elle présente les mêmes caractères graphi dereau, et notez ceci :

» Dans la lettre d'envoi, on retrouve les de partir aux manœuvres !

» Et cette correspondance est du 2 juillet

» Messieurs, est-ce que ce n'est pas décisiH

4. — Suite du réquisitoire — Les pièces dit constituent pas un moyen de re

M.Manau aborde Texamen des pièces que tout le monde connaît aujourd'hui.

Dès les premiers mots de notre réquisit opposé à ces pièces, une fin de non-recevoir de ^ue de la solution de la demande en re sistons. Pour nous, elles sont inexistante:

soient, fussent-elles probantes autant qu elles le sont peu à notre ayis, elles ne peuvent être pièces du procès, en ce moment, par cela seul que Dreyfus ne les connaît pas. Les règes primordiales de la justice nous obligent tous à n'en tenir aucun compte.

Les unes auraient été, dit-on, communiquées en conseil de guerre sans avoir été soumises à la discussion de la défense, les autres font partie des dossiers dits secrets, communiqués à la Cour en présence de l'avocat de Dreyfus, mais en l'absence de ce dernier.

N'étant pas saisi d'une question de nullité pour défaut de communication à la défense de la première catégorie de ces pièces, nous nous en référons aux documents de l'enquête qui tendraient à prouver cette grave irrégularité, surtout par le silence obstiné, mais si éloquent, de MM. les généraux.

Vous les connaissez, nous n'avons pas à y insister. Car, quelle que puisse être notre impression au point de vue de cette irrégularité, n'ayant pas le droit de vous la proposer comme moyen d'annulation, nous ne vous la proposerions pas non plus comme moyen de revision.

Mais nous la considérons comme étant de nature à rendre plus facilement admissibles Les faits nouveaux révélés depuis la condamnation.

Il est pourtant nécessaire de dire un mot de ce que l'on a appelé le commentaire des pièces secrètes de M. du Paty de Clam.

Picquart, vous le savez, a prétendu que ce commentaire avait été communiqué au conseil de guerre et même à la défense. Ignorons-le, puisque nous ne sommes pas autorisés à le rechercher et à le savoir. Mais ce qui est certain, c'est que M. du Paty a fait ce commentaire avec la collaboration du colonel Sandherr, que ce commentaire portait sur les quatre pièces énumérées par Picquart, parmi lesquelles se trouvait la pièce « Ce canaille de D... », que l'original de ce commentaire a été détruit, mais qu'une copie en a été remise au général Mercier, qui, prétendant que cette copie était sa propriété. Ta détruite aussi. (Dépositions du Paty de Clam à la chambre criminelle et devant les chambres réunies.) — (D.^claration ofûcielle du général Mercier, sur la demande que nous lui avons fait adresser par M. le ministre de la guerre, avec l'autorisation de la Cour.)

Voilà le fait. Il ne nous appartient pas de le qualifier. Mais

VOUS vous demanderez peut-être avec détruit Toriginal et la copie d'une pa quoi donc l'ayait-on créée?

Etrange affaire, où les pièces les ph raissent, quand il serait si nécessaire consulter.

Passons, et faissons à d'autres le so graye question .

5. — Suite du réquisitoire. — Prétendue culpabilité de Dreyfus par élimination, une triple enceinte de recherches et prétention d'innocence. — Phraséologie

Le procureur général relève toc bizarres dont on s'est servi tour à t( crime de Dreyfus et pour définir leî pour le confondre :

Nous avons, dans ce procès, un curieux à étudier et précieux à retenir, fus a été poursuivi, d'après l'un (le qu'on a eu procédé par voie d'élimin officiers, et de recoupement, d'après Vi linden), après qu'on a eu franchi ui recherches ou de raisonnements. Ces que M. Bertillon, l'expert indiqué par II a construit sa forteresse pour y enf n'en est plus sorti.

Nous voici, maintenant, en préseï démontrée <c par prétention d'innocent Roget et aussi pour M. le capitaine étonnant. Nous ne connaissons pas ce le système de nos lois pénales. Mais dans ce procès, nous en faisons profî dirons notamment, pour la pièce a que l'innocence de Dreyfus serait proi par prétention de culpabilité.

Du reste, ce raisonnement nous par les pièces présentées par M. Roget n'avons pas le droit de livrer aux dét serions tentés d'arrêter ici notre exai ments, en nous bornant à donner ne égard. Cette appréciation la voici :

Il n j a rien, rien, contre Dreyfus dans les dossiers secrets.

L'accusation sur ce point est impossible. Elle a pour base le néant t et nous avouons ne pas comprendre pourquoi on a tant hésité à livrer à la Cour ces dossiers. 11 n'y avait même pas l'intérêt de laisser ignorer les noms des agents. La presse retentit de ces noms depuis l'origine de l'affaire. Nous, seul, ne les avons désignés que par leur initiale, même dans ce réquisitoire, par habitude d'extrême discrétion.

ËQ passant, le magistrat dit son mot sur M. Du Paty de Clam :

L'allusion, faite par le capitaine Cuignet, au rôle honteux joué dans cette affaire par Du Paty de Clam étant ainsi expliquée, voyons encore comment est jugé son rôle dans raffaire Dreyfus.

M . Cuignet nous apprend que, depuis l'origine de cette affaire. Du Paty de Clam s'est livré, à son occasion, à des agissements répréhensibles.

Nous les connaissons par l'enquête.

« Et c'est lui, dit M. Cuignet, qui, à l'insu de ses chefs, a fait connaître à la presse l'arrestation de Dreyfus, tenue cachée par le gouvernement pendant quinze jours. Il a voulu forcer ainsi la main au gouvernement et avoir le procès. Il suffit de lire, pour être convaincu de ce que j'avance, le numéro de VEclair du 10 septembre 1896 intitulé : Le Iraître, et dans lequel on explique la genèse du procès Dreyfus. »

» La personnalité de Du Paty de Clam, dans cet article, est complètement mise à jour.

> Dans un autre numéro du 15 septembre 1896, Du Patj cite une pièce du dossier secret.

» Laquelle?

» La pièce portait : « Ce canaille de D... » et il la dénature.

» Il déclare qu'elle porte : « Cet animal de Dreyfus. »

» Il ajoute que la pièce était chiffrée, ce qui est inexact.

» Enfin, il insiste longuement sur ce fait que la pièce porte le nom de Dreyfus en toutes lettres. »

11 fait ressortir Timportance de cette circonstance et fait remarquer qu'elle augmente considérablement la gravité des charges relevées contre Dreyfus.

L'insistance de l'auteur de l'article à déclarer que le nom

Digi

de Dreyfus existe en toutes lettres, et cela, moins de six semaines avant la production du faux Henry, constitue au moins une étrange coïncidence.

Voilà l'homme, messieurs, qui a commencé. Tinstructi on de Taffaire. Voilà l'homme qui, au moment de la dictée a relevé un tremblement dans l'écriture,- que l'écriture repousse à vue d'œil. Voilà l'homme qui avait fait arrêter Dreyfus, parce qu'il avait tremblé et qui, plus tard, devant le conseil de guerre, aurait dit :

« Je savais que j'avais affaire à un dissimulateur, j'étais certain qu'il s'attendait à quelque chose. J'ai fait l'expérience. S'il n'avait pas été averti, il se serait troublé ~ il n'a pas bronché — donc il simulait. »

Voilà l'homme qui a voulu surprendre, la nuit, troublant son sommeil, le malheureux auquel il voulait arracher des aveux, et qui voulait découvrir l'inquiétude et le remords de celui qu'il tenait absolument à traiter comme coupable dans les naouvements fébriles du pied.

Après avoir passé en revue toutes les pièces « disqualifiées » de ce dossier, le procureur général ajoute :

C'est au cours de cette enquête, ordonnée sur nos conclusions, que la Cour de cassation et la défense ont avec nous pu prendre connaissance de ce dossier secret dont la communication, enfin obtenue, ne permettra plus aux passions de venir discuter l'arrêt solennel que vous allez prononcer.

Nous savons tout aujourd'hui, la lumière est faite, et les éléments de la revision établis, soit par le dossier judiciaire, soit par les documents principaux du dossier secret que MM. les généraux et M. Guignet nous ont révélé, sont livrés à la discussion et à l'appréciation du pays et du monde entier.

Quant à Esterhazy, M. Manau n'admet pas qu'il n'y ait contre celui-ci que la confection probable du bordereau, à relever. Notamment, il fait remarquer que l'irrégularité de sa vie peut être utilement retenue :

Nous voulons maintenant nous demander si, en dehors du bordereau et du papier pelure qui accusent si hautement Esterhazy, il n'y a pas dans le dossier d'autres éléments d'accusation contre lui et même des aveux de sa part.

Nous vous rappelons, d'abord, Topinion de M. le général Koget sur son compte.

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« Au point de vue de sa vie dissipée, de ses dettes, ,de ses » affaires véreuses, il n*est pas défendable. Au point de vae » moral, tout est possible avec un homme comme Esterhazy. »

Il est vrai qu'avant ce dernier certificat, M. le général Roget a dit :

« On peut être perdu de dettes sans être un traître. »

Et nous sommes de son avis.

Mais, alors, nous demanderons à M. le général Rogct pourquoi il considère Dreyfus comme un traître par cela seul qu'on lui attribue des pertes de jeu et des maîtresses de passage, à lui, qui a 600,000 francs de fortune.

6, — Suite du réquisitoire. — La déposition de Bertulus est Tuoe des clefs de la révision.

M. Manau discute longuement les dépositions contradictoires du général Roget et du juge d'instruction Bertulus.

Nous ne reproduisons pas les outrages, immérités à notre avis, que M. le général Roget n*a pas craint de jeter à la face d'un magistrat, à propos d'une déposition faite par lui gous la foi du serment, parce qu'il a raconté une scène dterreur, de supplications et de larmes qui se serait passée. dans son cabinet, le 18 juillet, de la part d'Henry. Nous ne reproduisons pas, non plus, les paroles de représailles de M. Bertulus, que vous avez entendues. Décidément, M. le général Roget ne ménage personne, ni avocat, ni magistrat, ni même son collègue, le général Gonse.

« Celui-ci n'est qu'un naïf. »

Et le général, qui croit à la sincérité d'Henry, le faussaire, et au mensonge d'un juge d'instruction, n'est-il pas plus naïf encore?

Voici, maintenant, ce que dit M. le général Gonse :

« Je n'ai ni à nier ni à confirmer la première scène dont a parlé M. Bertulus, scène qui aurait eu lieu dans son arrière cabinet.,. Mais il me semble que, s'il avait reçu les grave; confidences qu'il attribue au colonel Henry, son premier devoir était de les faire connaître à l'autorité militaire. »

On peut comparer la modération de ce langage à la virulence de celui de M. le général Roget. Cette violence q<^ prouve rien. Ne dirait-on pas que c'est presque de la colère'

Et nous ne pouvons nous empêcher de rappeler à ce sujet ce mot de Fontenelle :

c( 11 n'y a point de passion qui ébranle tant la sincérité du jugement que la colère. »

Violence ou colère à part, la grave question qui se pose est celle de savoir si la scène racontée par M. Bertulus est vraie ou si elle n'est que le fruit de son imagination. C'est-àdire, pour employer le gros mot, si c'est un mensonge. ' Heureusement, pour la convenance absolue que nous nous sommes astreint à apporter dans notre réquisitoire, vis-àvis des officiers supérieurs de l'armée, quand nous avons à discuter leur témoignage, le débat ne se pose pas en ce moment entre M. le juge d'instructioh Bertulus et Henry le faussaire. M. le général Roget s'est fait juge de la cause. Il a opté pour Henry. La véracité de M. le général Roget n'est donc pas en question. Il s'agit seulement de la sincérité, non de sa parole, mais de son jugement, sur le fait litigieux» dans le sens où Fontenelle employait son heureuse formule, Nous voilà donc bien à l'aise pour dire très nettement notre opinion et pour la justifier.

Nous tenons pour certaine la scène dramatique racontée par M. Bertulus.

Nous avons, d'ailleurs, une réflexion bien importante à «TOUS soumettre. Le générai Roget fait dire à Henry cette l^ose bien extraordinaire : que c'est M. Bertulus qui l'a embrassé en versant des larmes.

Après vous être demandé avec nous pourquoi le général Roget n'a pas raconté cela, dans ses premières dépositions, vous remarquerez qu'Henry n'en dit pas mot dans son inemento. En vérité, tout le monde conviendra que, si cela

tvait été vrai, il valait bien la peine de le constater. Et lors, nous vous posons cette question : Où M. le général [oget a-t-il trouvé un renseignement aussi important?

A vous, messieurs, de la résoudre.

Et maintenant nous concluons sur ce point si grave du ^bat.

Si, comme nous, vous admettez la scène dramatique kcontée par M. Bertulus, vous vous demanderez si vous e tenez pas une des clefs du procès.

Vous vous demanderez si les cris de détresse, de suppli-

Ltion d'Henry ne sont pas à la fois, la preuve par Taveu

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d'un des coupables, de la culpabilité d'Esterhazy. Vous vous demanderez tout au moins, et cela suffit, quant à présent, s'il n'y a pas là un autre fait nouveau décisif, de nature à établir l'innocence de Dreyfus.

C'est notre pensée, à tel point que nous jugeons complètement superflu de vous rappeler tous les témoignages versés à l'enquête et tous les renseignements qui vous ont été fournis depu\s par divers témoins et qui tendraieut à prouver qu'Esterbazy aurait avoué, plus d'une fois, être l'auteur du • bordereau ».

Il a une telle habitude du mensonge que si nous n'en avions la preuve manifeste par le bordereau lui-même, par le papier pelure et par les autres documents de la cause. nous douterions de son aveu et que nous finirions peutêtre par le croire innocent; par prétention d'une culpabilité légalement prouvée, pour employer celte variante d'une des formules du vocabulaire militaire, versée au procèpar M. le général Roget et par M. Cuignet.

7. —Péroraison du procureur générai . — Conclusions, — Gassaiion du jugement de 1894. — Renvoi à un autre conseil de guerre.

Il est cinq heures quand M. le procureur général termine ainsi son réquisitoire :

Messieurs, j'ai terminé ma laborieuse tâche. Je crois vous avoir démontré le fait nouveau de nature à établir l'innocence du condamné Dreyfus ; en présence des témoignages plus que suspects de cette affaire, du faux commis par le commandant Henry, du dossier illégalement communiqué au conseil de guerre; mais il ne vous est pas permis de le réhabiliter.

Il attend avec espoir le jugement nouveau de ses pairs, lui refuserez-vous ce qu'il demande? Ce n'est pas possible... Messieurs, vous allez rendre votre arrêt. Ne vous dissimulez pas que cet arrêt aura un retentissement immense dans le pays, à l'étranger, dans le monde entier. La postérité jugera notre oeuvre. Quant à nous, nous prenons devant elle la responsabilité de nos conclusions. Les voici :

Nous affirmons que, dans ce procès, il y a plusieurs faits nouveaux de nature à établir rmnocence du condamne Dreyfus... Nous vous adjurons donc d'ordonner la revision.

En conséquence, nous requérons qu'il plaise à la Cour :

Casser le jugement du conseil de guerre de 1894 ;

Renvoyer Dreyfus devant tel autre conseil de guerre qu'il irous plaira désigner.

Au cours de la troisième audience de la Cour de Cassation, le procès de Déroulède se poursuit à la Cour d'assises : en voici le compte rendu, d'après le Matin :

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