Plaidoirie de Palateuf
La parole est donnée ensuite à M' Falateuf, qui résume, en quelque sorte, qui condense toutes les dépo. sitioDS que nous avons entendues et qui nous ont parlé longuement de la vie et du (iévouement de M« Paul Dé* roalède à la chose publique. Il rappelle Fhommage apporté à la barre par les généraux, pair M. Coppée eC par M. Bourget :
Vous donnerez raison, messieurs, à de telle» sympathies^ à de si généreuses admirations, conclut le défensettr de M. Déroulède. Vous avez à accomplir, aujourd'huFy \m devoir de haute justice : vous n'y faillkrez ^a*.
Les temps dans lesquels nous vivons deviennent plus redoutables chaque jour ; les événements qui se pressent autour de nous font penser aux nuages précurseurs de la tempête/.. Qae les bons Français ne se divisent pas! Qu'ils se groupent, au contraire, inébranlablement attachés à ce qui fit jiadis la grandeur de la France : le culte de l'honneur, l'amour de la patrie... quand môme !
Répondez non, messieurs, aux questions qui vont vous
être posées et ne jetez pas à la conscience publique, devant l'étranger qui nous regarde et nous écoute, Tironique défi d'une condamnation contre Déroulède, à. l'heure même où tant d'efforts sont tentés pour innocenter, que dis-je? pour glorifier bientôt ce que nous avons encore le droit d'appeler la trahison!
J*ai parlé tout à l'heure d'un long incident qui s'était passé au cours de la plaidoirie de M* Falateuf. Il se produisit au moment où M*^ Falateuf affirma qu'il était question de sévir contre le général Hervé.
M. Déroulède interrompt aussi Tavocat et, sans attendre que le président lui donne la parole, s'écrie, dans un mouvement d'une extrême violence :
Puisqu'il en est ainsi, puisque cette infamie se prépare qu'on veut toucher à ce soldat qui, jamais n'a approuvé mes idées politiques, qui, hier encore, vous disait qu'il ne les partageait pas, eh bien, ce que je ne voulais pas dire, je vais le dire. Au cours de mes pourparlers, l'on m'a dit souvent: « Pourquoi ne vous adressez-vous pas au général Hervé qui est votre ami? » Et je répondais : c Hervé! mais il ne veut pas entendre parler de politique. » « Moi, m'a-til toujours dit, je me réserve pour la guerre contre l'Allemagne. Je ne veux pas entendre parler d'autre chose 1 » Et c'est cet homme, ce soldat qui ne songe qu'à la patrie, cet homme qui, à Tépoque du boulangisme, refusait même de me voir et m'écrivait : « Je vous aime, mais je ne veux pas entendre parler de ce que vous rêvez! » C'est cet homme que l'on sacrifierait à la haine de ces misérables parlementaires! Non ! non ! je m'indigne, je proteste et je vous crie : « C'est assez! 11 ne s'agit plus ici d'acquittement. Faites de moi ce que vous voudrez. Mais, je vous le déclare, si vous me condamnez, vous ne ferez que retarder l'heure du réveil, et si vous me rendez à la liberté, je recommencerai, oui, je jure que je recommencerai ! »
Tumulte, départ du président, évacuation partielle de la salle. Puis, tout rentre dans Tordre, et M« Falateuf achève sa plaidoirie. M*' Bertrou et Reuillé défendent ensuite M. Marcel Habert. Les deux accusés prononcent enfin quelques mots, réclamant pour cha-
RhlVISlON DE LA CONDAMNATIOl
cun d'eux toute la responsabilité châtiment, si châtiment il y a. M. M même qu'il préfère rester en prison roulède que de vivre en liberté ave dessus, le jury se retire pour délibér verdict qui déchaîne un enthousiasr décrire tout à Ttieure, en en notant républico-césariennes.
Voici d'après le Matin, la physioi des deux audiences.
Les couloirs sont d'un calme abs( l'audience. Dans la rue, personne ; Harlay, les mômes personnages pc journalistes, les mêmes policiers q dents. — La journée se passera san qu'un. C'est l'opinion de tous, et pou heures... Mais procédons par ordre.
Dès deux heures de l'après-midi, suffocante dans les galeries. Beaucc décident à sortir. Les cafés, brasserl de vins qui entourent le Palais re consommateurs. Ligueurs de toutes et policiers y font de fréquentes vis Millevoye eux-mêmes n'hésitent pas un marchand de vins de la place Da gnent pas de trinquer « sur le zinc » des journaux.
Gomme on s'ennuie ferme, on lani sensationnelles. On apprend successi néral Hervé est mis en disponibiliti dant Marchand vient de se voir infli d'arrêts; que le parquet instruit cor Beaurepaire et que ce dernier va ètn
M. Charles Blanc et M. Touny, dir municipale, doivent démentir une à reprises, toutes ces fausses nouvelles
A quatre heures, la foule envah
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colir située en face de la rue de Lutèce. On doit l'expulser. Une femme s'évanouit sur le boulevard. On proteste. Les gardiens, de la paix doivent faire circuler et opèrent trois arrestations.
Des barrages sont établis quai des Orfèvres, rue de la Sainte-Gbapeile, place Daupbine, quai de l'Horloge.
Dès cinq heures du soir, la galerie de Harlay s'emplit. Place du Ghâtelet, des groupes se forment. Des jeunes gens, la boutonnière ornée de fleurs bleues, font les cent pas sur le pont du Ghâtelet.
Quel que soit le verdict, une manifestation aura lien.
Sur la place Daupbine, un incident comique se produit. Mérovak, Thomme des cathédrales, aux vêtements bizarres, a rompu le cordon des agents et demande à pénétrer dans la galerie de Harlay : il veut embrasser M. Goppée. On demande qu'il soit introduit, mais sur l'ordre de M. Touny, Mérovak est expulsé.
A six heures dix, un avocat descend les marches de l'escalier qui conduit à là cour d'assises, et crie : «c Acquittés I »
Ils sont acquittés 1 On ouvre les portes ; mais des cris partent de la Gour d'assises. On chante, là-haut. Dans la galerie, quelques cris de : « Vive l'armée ! » sont poussés. On fait évacuer la galerie, et la descente sur la place Daupbine commence. La manifestation débute.
Les témoins du procès et les amis de M. Déroulède sortent en criant : « Vive la République I Vive la France ! Vive l'armée ! » L'enthousiasme des manifestants est indescriptible, les chapeaux sont agités.
Tout à coup, sur les marches, un monsieur crie : « Vive la République! Vive la Justice I A bas César! » Aussitôt, le malheureux a le chapeau enfoncé d'un coup de poing que lui porte un garde républicain. Le même garde le saisit et le lance sur les marches de pierre. L'homme va s'abîmer sur la grille. Un lieutenant le relève et lui donne un coup de pied. Des cannes s'abattent sur le manifestant, qui ne doit son salut qu'à l'interven-
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tion de M. Gochefert et des gardiens de la paix. Il est entraîné du côté du quai des Orfèvres.
Les manifestants prennent par le Pont-Neuf, en criant : « Vive Tarraéel Mort aux juifs! » lis vont attendre Déroulède, rue de Rivoli. Pendant ce temps, on procède, à la Conciergerie, à la formalité de la levée d'écrou.
On a laissé pénétrer dans la prison quelques amis de Déroulède, qui embrassent ôvec effusion le président de la Ligue des Patriotes et Marcel Habert. On félicite les deux acquittés.
— Nous n'avons pas souffert, dit M. Déroulède, si ce n'est des injures dont on a accablé notre armée et des lâchetés commises, dont le bruit est parvenu jusqu'à nous. ,
A six heures cinquante, les portes de la Conciergerie s'ouvrent, et Déroulède met le pied sur le quai de l'Horloge. Le fiacre 2^,285 l'attend.
Déroulède et Marcel Habert serrent les mains qui se tendent, embrassent leurs admirateurs des deux sexes, pois montent dans le fiacre. Le cheval qui conduit les deux acquittés est traîné par la bride jusqu'au pont du Châtelet.
Là, une manifestation enthousiaste se produit. Les voyageurs, juchés sur les impériales d'omnibus et de tramways, acclament Déroulède. Le fiacre 2,285 est entouré par les groupes de nationalistes, massés depuis deux heures et demie, et doit marcher au pas. Des gardiens de la paix cognent sur les manifestants pour permettre au fiacre d'avancer. On arrête tous ceux qui refusent de circuler; on les relâche deux secondes après. Les gardes républicains ouvrent la marche en déblayant la rue.
Et le cortège longe le pont et la place du Châtelet, le» rues de Rivoli, de la Monnaie, Saint-Honoré, les places du Palais-Royal et du Théâtre-Français, l'avenue de l'Opéra et la rue des Petits Champs. Sur .tout le parcours, les manifestants chantent la Marseillaise^ la Carmagnole antisémite^ etc., et poussent toutes espèces de
cris : «Vive Tempereur! Vive l'armée! Vive la Répablique! Vive la France! » Des fumistes crient : « Vive les nègres! Vive la classe! A bas Bismarck! «On arrive ainsi au siège social de la Ligue des Patriotes, 85, roe des Petits-Champs.
Déroulède et Marcel Habert pénètrent dans l'immeuble. La foule les réclame. Ils paraissent à la fenêtre et Déroulède s'écrie. « Au manège, ce soir : Vive la République meilleure I Vive la France 1 » Marcel Habert ajoute : « Vive la République meilleure ! Vive Déroulède, le libérateur de la nation I »
Enfin, la foule s'écoule lentement, et Déroulède peut causer avec ses amis. A huit heures, il se rend chez Tan d'eux, qui habite près du manège Saint-Paul, et y dîne.
Deux meetings, l'un anarchiste, l'autre nationaliste, ont eu lieu hier, dans la soirée. -
Le premier, organisé par M. Sébastien Paure au Grand-Orient de France, a réuni un millier de personnes. Lesorateurs ont parlé des deux affaires qui passionnent l'opinion publique. La sortie s'est effectuée sans incidents graves. Quelque cris de : a Vive l'anarchie! A bas Déroulède! » Les agents ont dispersé les manifestant» sur le boulevard.
Le meeting de la salle Saint-Paul, rue Saint-Paul, à la Baôtille a été plus mouvementé. Le commandant Marchand a été nommé président d'honneur.
A l'entrée de Déroulède, une musique placée dans le fond de la salle a joué la Marseillaise et Tassistance a crié : « Vive Déroulède ! Vive Goppée I »
La tribune fléchit sous le poids des spectateurs. M. Marcel Habert va prendre la parole quand, soudain, un craquement se fait entendre et la tribune s'effondre. MM. Déroulède, Habert et d'autres disparaissent dans un trou.
Une panique se produit. — C'est un coup des anarchistes, crie-t-on, c'est une bombe.
Mais la tête de M. Déroulède parait. — Ce n'est rien, fait-il. Nous allons parler sur les ruines de cette tribonei
Le groupe Pelletan, Laaessan etBrisson, trois traîtres dans un bonnet, ne demandait-il pas, hier, que toutes les fêtes organisées en l'honneur de Marchand fussent décommandées, pour le punir du discours qu'il a prononcé à Toulon après son débarquement I
Ce sont ces dreyfusards, ennemis de tonte discipline' qui se plaignent que ce général et ce commandant aient tenu des propos indisciplinés I
Le parti pris, de leur part et de la part du gouvernement leur complice, est donc d'obliger, par des persécutions de plus en plus intolérables, les officiers lesplas capables de défendre la France à sortir de l'armée.
Zadoc-Kahn a voulu détourner des soldats de leur devoir : c'est Marcel Habert et Déroulède qu'on poursuit.
En voiià assez, en effet.
Mais si l'armée tient à ce que la nation la croie de force à protéger nos frontières, il faut qu'elle sache d'abord se protéger elle-même.
Or, si elle en a le courage, rien ne lui sera plus facile, malgré les Jaurès, les Sébastien Faure, les Krantzet les Dupuy.
Les juifs se fichent, en réalité, de Dreyfus comme de leurpremière escroquerie.
L'or qu'ils ont semé pour la réhabilitation du misérable n'avait d'autre but que de leur permettre de reprendre parmi nos troupes le rang que la découverte du crime de leur coreligionnaire leur avait fait perdre.
A cette heure, grâce à Dupuy et à Ballot-Beaupré, ils sont assurés de pouvoir trahir sans courir le moindre risque.
Il est donc de toute importance qu'ils soient middans l'impossibilité de recommencer ce qui a si brillamment réussi à Dreyfus.
Eh bien 1 le seul et unique moyen d'obtenir ce résultat est de leur jouer le tour qu'ils ont tenté hier contre le général Hervé, c'est-à-dire de les forcer tous à donner leur démission.
charger de punitions et, d'un grade à Tautre, toutes leurs réclamations repoussées, ils finiront bien par céder la place.
Il n'y aura, dans cette entente fraternelle entre officiers français de toute arme pour le sauvetage de la patrie et l'élimination du virus dont elle meurt, aucune violation des lois qui régissent nos armées.
Les juifs nous disent effrontément en nous montrant le ministère de la guerre : « La maison est à nous. 9
Nous leur dirons à notre tour : « C'est à vous d'en sortir ! »
La pantalonnade a pour décor le « Bal des Vaches.» Yalentin le Désossé est en fureur. Il y ade quoi. Il est dégotté par un «cavalier seul » : il lui faut sa peau. Horreur I le masque du « cavalier seul » tombe : c'est le plus a Ballot de tous les Beaupré ^>. Quel coup pour la magistrature I
Changement de décor ? un mess d*offlciers : juifs et chétiens s'y font la guerre : les chrétiens tournent le dos à la table : ils manœuvrent de la fourchette et du couteau par-dessus Tépaule. Les circoncis sont en quarantaine : ils sont confondus des tours d'acrobatie des élèves du bon Père Dulac.
Troisième tableau : la caserne. Dumanet est conduit à la salle de police par le lieutenant de semaine. Survient le général. Il constate que le lieutenant est circoncis. Incontinent, il lui arrache ses insignes, le dégrade et le boucle à la salle de police. Il investit Dumanet du grade de lieutenant, lui donne Taccolade, met sur sa poitrine la croix de la légion d'honneur. Bravo, clown I
Le 1*^'' Juin, Drumont publie. « L'Acquittement de Déroulède. »
1. — Ballot-Beaupré, fille qui se livre à qui la paie et tend la maiQ pour réclamer le prix du stuprum,
Déroulède aura vécu hier une de ces heures sublimes
qui récompensent un homme de toute une existence de sacrifice et de dévouement. Il a été vraiment pour Paris la personnification de Tâme française qui, trop longtemps salie et foulée aux pieds par la bande de Juifs qui règne aujourd'hui sur la France et qui dicte au Gouvernement des ordres toujours obéis, se réveillait soudain ardente et généreuse comme autrefois.
La nouvelle de ce triomphal acquittement est tombée dans un milieu fiévreux, tumultueux, effervescent^ agité de nobles passions qui prouvent que toute énergie virile n'est pas encore morte en France.
Les informations les plus contradictoires circulaient dans la foule houleuse. On disait que le général Hervé avait été mis aux arrêts pour avoir refusé de faire un faux témoignage, pour avoir obéi au serment qu'il avait prêté en affirmant que Déroulède était un grand patriote et un vrai Français.
On racontait que le commandant Marchand lui-même avait été frappé et, qu'au lieu de la pairie que TAngleterre donna au Sirdar, il allait trouver une punition rigoureuse au terme de cette prodigieuse expédition accomplie par une poignée d'hommes intrépides, de cette épopée qui avait arraché un cri d'admiration aux Anglais eux-mêmes.
— Ce serait trop infâme ! s'écriaient les uns.
— Vous ne connaissez pas Krantz, répondaient les Bbtres. Ce misérable n'est heureux que lorsqu'on jette ^à nos officiers des pierres et des morceaux de fonte pomme à Grenoble, lorsqu'on les hue comme à Amiens,
rendant la retraite, lorsqu'on les silfle comme à Perpi- [nan.
« Picquart, l'être abject et dégradé, qui a livré au yndicat des documents qui avaient été confiés à son lonneur et dont il n'avait eu connaissance qu'à Toccaion de ses fonctions, va être mis en liberté par ordre de trantz et nommé officier de la Légion d'honneur. »
Ainsi parlaient les uns.
« Mercier, coupable d'avoir fait arrêter un traître qui
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veodait à rennemi les secrets de notre défense, va être déféré à la Haute Coar. C'est l'ordre formel de Zadoc- Kahn. »
Ainsi s'exprimaient les antres.
C'est d'ailleurs un spectacle émouvant entre tous que de voir ce peuple qui fut si grand et si fier, si noblement passionné pour l'honneur de notre drapeau et la gloire du nom français, lutter ainsi contre le souffle pestiféré, contre les éléments de mort que dégage cette Juiverie dont nos ministres ne sont que les très humbles valets.
Ces suprêmes secousses d'un patriotisme qui ne veut pas consentir à désespérer^ attestent quelle vitalité il y a quand même dans notre race française.
Malgré tout, les forces qui fonctionnent en mode destructif semblent prêtes à l'emporter sur les forces qui agissent pour la conservation et la défense.
C'est l'ordinaire spectacle, d'ailleurs, qu'offrent les. époques de décadence, où l'organisme, si solide pour la résistance aux heures de la jeunesse, semble trop épuisé et trpp usé pour réagir contre l'agonie qui vient.
Toutes les décadences se ressemblent en effet, et ceux qui ont voyagé sur les routes de l'histoire et vécu en esprit dans les cités du passé, à jamais disparues dans la poussière, y ont trouvé des Ballot-Beaupré, comme on rencontre à tous les carrefours des filles qui se livrent à qui les paye et qui tendent tranquillement la maio pour réclamer le prix du stuprum.