‹ Marine Marchande Primes Et SubventionsChapitre 59 sur 70 · LA SUBVENTION FIXE · texte numérisé non relu

LA SUBVENTION FIXE

Les lois de primes sont un premier moyen de venir en aide à la marine marchande.

Ilexiste un autre système, plus simple, moins raisonné, arbitraire, global. C'est la subvention fixe.

Il faut y venir bien souvent. Tous les pays appliquent plus ou moins. Ea marine marchande est un instrument commercial, militaire et politique; dès lors, elle a besoin pour produire des effets utiles, de répondre aux volontés d’un gouvernement. Une subvention lie ceux qui l’acceptent ; et c’est ainsi que l’on obtient la formation de lignes régulières de navigation, qui répondent à des intérèts plus élevés et plus généraux que ceux des armateurs.

Le commerce est timide. Il ne se fraye pas volontiers sa voie. Une subvention bien ordonnée et judicieusement

offerte peut indiquer à la marine marchande et à l’indus- Schayé Le)

trie nationale des débouchés qu’une compagnie libre, responsable envers ses actionnaires ou qu'un armateur, désireux de ne pas perdre son capital, n’oseront pas chercher. La subvention fixe forme alors des pionniers que l'Etat soutient, qui contractent avec lui des engagements.

La subvention sert aussi de soutien à l’industrie contre

la concurrence étrangère. Ce qu'un armateur ne peut faire, l'Etat peut le faire pour lui. C’est un prêt passager, l'alliance de la caisse publique avec celle d’un armateur, qui permettra à Cet armateur de résister, de prospérer, et, quand il sera définitivement établi, de restituer la somme à lui prêtée, sous forme de contribution au développement commercial du pays.

. Notre commerce extérieur périclite bien souvent; et l’une des causes de ce recul commercial à l'étranger se trouve dans le rôle de plus en plus effacé de notre pavillon.

Le commerce de l'Amérique du sud, par exemple, est aux mains des étrangers. La France y disparaît. M. Wiener, chargé de mission, disait (1) :

. «L’Argentine est desservie par trois compagnies ; les Messageries Maritimes, les Transports Maritimes, les Chageurs Réunis... Mais les trets de nos compagnies sont fort élevés, et souvent, les exportateurs français donnent là préférence à des navires étrangers. Telle entreprise

4. Bulletin mensuel de la chambre de commerce d'exportation. Avril 1898. Conférence de M. Wiener,

anglaise prend des marchandises à Marseille, les porte à Glascow, et de là à New-York pour des sommes inférieures à celles que demandent nos compagnies en chargeant directement, D'ailleurs, bien des régions ne sont pas desservies par nos lignes ; toute la côte du Pacifique, par exemple, depuis quatre ans. On ne saurait en effet considérer comme une ligne régulière les voiliers de la maison Bordes qui transportent du charbon anglais dans les ports chiliens el en rapportent depuis quelque temps, à Dunkerque directement (autrefois c'était à Falmouth) pour 20 millions de nitrate de soude.

La prime à la navigation semble aussi s’interpréter dans un sens peu utile à notre exportation.

Ainsi, telle compagnie françaiseenvoie sur lest l'un de ses voiliers à Newcastle (en Australie) pour y charger du charbon.

Le navire porte ce chargement à Valparaiso d’où, sur lest encore, il va à San-Franceisco. Et le voyage de ce bàtiment acoûté, comme prime, environ 100.000 fr. à la France.

Quoi qu'il en soit, indiquons l'utilité d’un service sur Bahia-Blanca où convergent maintenant le chemin de fer argentin du Sud, du Sud-Ouest, desservant la Pampa Central et les 640 kilomètres de la ligne de Neuquen, qui seront bientôt ouverts au trafic. :

En ce qui concerne le Brésil, il faut toujours signaler deux lacunes dans nos services : nous ne dépassons pas Pernambuco au nord et Santos au sud. Le nord est des-

servi par quatre compagnies anglaises, le sud par deux compagnies allemandes.

Or, l’Amazonie exporte, rien qu'en caoutchouc, à peu près 200 millions de francs ; en cacao, huiles de palmiers, bois, etc., une vingtaine de millions. Depuis 1895, l’exportation a augmenté de 27 0/0. |

Quant au sud, notons ceci: la Hamburg-Américanische a commencé par acheminer à Rio-Grande, 12 bâtiments par an ; aujourd’hui, elle envoie cinq navires par mois.

… Au point de vue de nos services maritimes, 1l y aurait donc beaucoup à faire : deux lignes au Brésil ; prolongement de nos itinéraires en Argentine, jusqu’à Bahia- Blanca, et création d’une compagnie pour le Pacifique. »

‘est dans ces condilions, qu’une subvention est utile. Les compagnies. libres hésitent à entrer en lutte avec d’autres compagnies déjà établies et prospères, qui peuvent abaisser le taux de leur fret. Une subvention leur permet de se risquer vers des débouchés à elle incon-

Page 1