M AULNES
Vieux minarets mouvants des déserts mai i limes , Oui pour aiguilles ont des mais ,
iJessinant leur profil sur nus vertes collines , Dont les maisons sans nombre ont tacheté les flancs, Ne t'ont-ils pas offert de sublimes marines Au fond de paysages riants?
Tu n'as fait que passer dans ma ville natale; Mais tu rendis l'espoir à l'ame du maçon , Kl ton cœur a gardé, dans la cité royale, Lu doux souvenir de Toulon.
Le tien, pendant longtemps, charmera les soirées Où nous nous délassons de nos travaux du jour ; Même dans ces labeurs où nos mains sont livrées , Nous te garderons notre amour.
Arago, sois béni I ma lyre prolétaire -N'a prononcé Ion nom qu'avec un saint respect. Un regret m'est resté, c'est que mon pauvre père N'ait pu jouir de ton aspect.
Sur la mer qui la bat , soutiens notre patrie î Arche sainte , bientôt tu te reposeras : Et qu'au sein des lauriers , la douce poésie Soit pour toi les monts Ararats [
ielucrcte ^
Marine.
Toi dont mes pieds d'enfant ont foulé les rivages , Majestueuse mer, que j'aime à contempler Dans tes jours de fureur : quand on voit se troubler Ton front de six mille ans, ridé par tant d'orages ; Alors que tes rochers, par les siècles noircis, Déroulent aux regards ces sauvages sculptures Dont l'écume des flots vient blanchir les fissures, En rugissant sous leurs débris !
Toi qu'on voit , au repos, si limpide et si belle :
32 i^IAÎllM'S.
Lorsque tu n'oiïres plus qu'un grand miroir d'aznr, Qui, dans les profondeurs, réfléchit le ciel pur Kt les mille flambeaux dont sa voûte étincelle : Lorsqu'aux premiers baisers des flots capricieux , Nos fragiles esquifs, avec leur blanches voiles , Se promènent , le soir, aux clartés des étoiles. Comme des cygnes gracieux I
Tu n'as pas, vaste mer, pour orner tes rivages, Ces arbres vigoureux , ces élégants rideaux De verdure et de fleurs, qui , penchés sur les eaux , Y versent leurs parfums elles couvrent d'ombrages ; Mais les mâles rochers que frappe ton courroux , Dessinant sur Ion sein leurs longues silhouettes , Au coucher du soleil semblent courber leurs têtes. Comme des moines à genoux.
Lorsque je parcourais le plus riche des âges.
Et qu'un instinctd'amour m'entraînait, chaque soir.
Sur tes bords bien aimés où je venais m'asseoir ,
J'ailmirais ton azur , tes grandioses plages : Et niainlenant encor , en quittant mon travail , Je viens faire , parfois, au milieu de tes lames, JJe mon corps un esquif, de mes deux bras des rames, Et de mes pieds un gouvernail.
Qu'on est^ûer de dompter les filles des tempêtes , CfCs vagues, au front blanc, que Ton voit s'affaisser, Ouvrir un vaste.abîme , et puis se redresser , Et , du pied des rochers s'élançant sur leurs têtes , D'écume et de granit couvrir leurs larges flancs ; Puis , soudain , reculant à l'aspect de la terre , Choquer leurs fières sœurs qui venaient , en colère, Briser leurs longs jets écumants !
Qu'il est doux au nageur de s'asseoir sur la grève. Au sortir de la mer! 11 sent un froid léger Agiter tout son corps d'un frisson passager. ' Là , sa témérité ne semble plus qu'un rôve. Il ne peut concevoir , si frêle et si petit,
Comment il a bravé tant de vagues géantes ; Et comment , en passant sur leurs gueules béantes, Elles ne l'ont pas englouti.
Si l'on voit sur tes bords ces imposantes scènes, Ces sublimes tableaux de calme et de fureur , Ne sont-ils pas plus beaux ceux qu'au navigateur Doivent toujours offrir tes régions lointaines ? Souvent, quand je voyais s'éloigner un vaisseau, Dont la proue écumait en glissant sur les ondes , Monté par ceux qui vont, cinglant vers d'autres mondes , Chercher la gloire ou le tombeau ,
Mes songes de bonheur s'envolaient sur sa trace ; Et je lui confiais mille touchants adieux Pour les belles cités que les marins joyeux Auraient à saluer dans les champs de l'espace. Et lorsqu'à l'horizon, dans la brume du soir. Le vaisseau s'effaçait comme une ombre légère ,
Je m'asseyais, pensif, sur le roc solitaire , Et je murmurais, au revoir!
Combien la mer est belle à l'heure où le silence , Fidèle ami des nuits, se pose sur son sein î Qu'on se plaît à la voir, lorsque, dans le lointain, L'esquif de deux amants sur les flots se balance ! Ou que , sur ses filets , sous le chaume tressés , Quelque pauvre pêcheur, dans sa nacelle veille, Pieds nus , le bonnet rouge incliné sur l'oreille, Et les pantalons retroussés !
Mais quand les ouragans, pendant une nuitsombre, Déchî^ent leurs fureurs sur les livides flots : Lorsqu'on entend , au loin , les cris des matelots Proclamer le péril du navire qui sombre , Et d'un bateau sauveur implorer le secours ; Quand le canon d'alarme envoie un dernier râle , Comme un lugubre adieu jeté dans la rafale En disparaissant pour toujours,
3G MARIXtS.
Alors le spectateur s'éloignant de la rive Semble dire à la mer : Adieu goufre assassin î Il fuit épouvanté. Mais si le lendemain , 11 revient sur tes bords, où la vague n'arrive Qu'en caressant ses pieds comm3 un tigre dompté , Promenant ses regards sur les tranriuilles plages Il voit , perfide mer, flotter vers tes rivages Quelque cadavre ensanglanté.