‹ MarinesChapitre 23 sur 76 · makini:s · texte numérisé non relu

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iAlais la (loiice fraiclieur des brises du Midi ; L.i purelé du ciel qui semble être assoupi , Veiné d'or comme un bloc d'opbile ;

Les rêveuses chansons de nos frêles oiseaux

Qui pareils à des fruits, dorment sous les rameau x ;

La paisible nuit qui s'avance; Les oliviers, toujours de feuillage couverts , Conservant leur parure en dépit des hivers;

Tout te révèle, ô ma Provence !

Tel qu'une bombe en feu décrit son courbe vol Que l'homme a limité, puis fracasse le sol :

De même , dans l'espace vide , Dieu , sublime artilleur, fit un globe géant , Le lança, limita l'éternel mouvement

Que trace sa marche rapide ;

Seulement, il lui dit : * Tu ne tomberas point ! ^ Lt nous tournons toujours autour du large poini

SOLtlL COLCIIAM. 73

Hue nous nommons soleil. C'est l'heure Où, par ce mouvement à la terre imprimé, Il semble, ô vieux soleil , que ton globe enllammô

Plonge dans l'humide demeure!

Et lorsqu'après avoir doié nos régions , Père chéri du jour ! tes flamboyants rayons

Déjà se dirigent vers d'autres:

Les nuages, formaat mille langues do feu. Ce soir, semblent encor receler l'Esprit-Dieu

Qui descendit sur les Apôtres.

^Wk^

A MA TRUELLE CASSEE.

Mon ancienne truelle est veuve De sa lame d'acier, que je viens de casser.

Hélas I une truelle neuve

Doit aujourd'hui la remplacer.

Sera-t-elle aussi bien trempée ?

J'en doute fort. Elle valait

La line lame d'une épée ;

Aucune autre ne l'égalait

Pour bien polir le plâtre ; et quand , sur l'élaycre,

Je l'agitais, elle était si légère

gu'oii eût dit (ju'elle s'envolait.

Rapide temps, qui jamais ne t'arrôies,

J'ai vu ton vol arrondir ses arêtes, fa faim, que rien ne peut rassasier, IN'a même pas dédaigné son acier; Car tu ronges tous tes ouvrages.

Comme la mer dévore ses rivages.

J'ai vu des murs solidement construits Se disloquer, lézardés, et détruits ï'ar ton marteau , dont les coups insensibles plus que les nôtres sont terribles.

(irand destructeur, merci ! grâces à toi , P.ien des maisons croulent dans la poussière ; Et bien souvent, ton pied nivelle avec la terre Les hautes poutres de leur toit.

A l'aspect des débris, l'ame du prolétaire

A MA TRl'hLLE CASSEE. 7!

Semble s'épanouir : c'est du travail quil voit ! Le travail, c'est là sa prière;

Le travail fait surgir les chansons de sa voix; Le travail allège le poids De soi; lourd manteau de misère..

Son bonheur est de travailler.

<Juand il a terminé sa pénible journée,

Il sent son^fime fortunée ; Et le repos l'attend sur son humble oreiller.

Toi que je regrette, truelle.

Tu m'as fait savourer ce bonheur méconnu. Toi seule m'éveillais, comme un ami fidèle,

Lorsque, le front pâle, abattu, Jij [xjursuivais en songe une chimère vaine, Un mirage trompeur de l'espérance humaine. Qu'on appelle la gloire, et qui, brûlant coursier^ Haletants, épuisés, dans son vol nous entraîne.

Ouaiid mes cris appelaient pour le pauvre uu>rier

Lne couronne de laurier, Toi seule osais combattre une ardente pensée

Qui brûlait mon ame insensée:

Et l'éclat de ton pur acier , Comme une blanche étoile illumine les ombres, Ré[»andait sa clarté dans mes longs rêves sombres.

Ta pointe avait tracé bien des vers sur les murs , Bien des vers que, peut-être, une plume savante rs'eùt pas désavoués. Les corridors obscurs

Ont vu la petite servante

Rêver à ton doux tintement ;

Car, dans les maisons qu'il fréquente,

Parfois le maçon est amant.

-Nous avons élevé de chaudes cheminées , Où l'on cause de toi , le soir, lorsque le feu brille, et que la fumée, en diadème bleu , l'iane sur les maisons par elle couronnées.

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