‹ MarinesChapitre 45 sur 76 · L OISEAU DE TEMPETE · texte numérisé non relu

L OISEAU DE TEMPETE

Comme l'alouetle en nos champs; Quand ton soyeux corset d'ébène Eflleure la vague hautaine, Et que ta voix grêle et lointaine Se mêle aux bruits des océans.

J'aime à voir la mer où tu marches, Les sillons où lu te nourris, Et les aériennes arches Que, de flot en flot, tu décris, Et ton vol saccadé, qui trace Un long aqueduc dans l'espace , Dont la teaipôte, sur ta trace.

Disperse soudain les débris.

Dans ces solitudes profondes.

Va, du ciel, pèlerin des ondes.

Accomplir les sages décrets :

Dis au nocher qu'il se défie

Des beaux jours, auxquels il confie

Ses biens, son navire el sa vie ; Car l'orage les suit de près.

El si parfois le calme cloue Quelque vaisseau sur l'océan , Passe, et cache-toi sous sa proue " , Avant-courrier de l'ouragan.

Le marin qui maîtrise l'onde , Pour explorer les flancs du monde A besoin que la mer l'inonde Et rugisse comme un volcan.

■ On sait qu'aux ap()rochts de l'ora^'e dan? les hautes mers tel oiseau se éfiiglc sous la proue des navires.

Toutes les fleurs de ton parterre :

Roses à l'éclat éphémère,

Éventail des acacias,

Frêles et frémissants lilas ,

Dont le violet se reflète

Sur l'étoile des jasmins blancs

Et sur la fraîche colerette

De la marguerite des champs, T'enveloppent des flots de leur divin encens. Mais, pour te parfumer d'amour et d'ambroisie,

l'.i MAULNliS.

Mon aille est une Heur aussi!

Dans la tienne, (lu'elle a choisie Pour son jardin de poésie.

Son calice est épanoui.

A l'heure où l'aurore va naître,

Je t'aperçus à ta fenêtre ,

Par les meurtrières des remparts.

Tu dis[)arus bientôt à mes ardents regards, Kt j'attendis en vain de te voir reparaître.

Je n'avais fait que t'entrevoir Et mon amedéjà soupirait inquiète.

Comme un rayon qui passe et que le flot rellèle, Un seul, un seul moment, je te revis le soir !

Sur tes ailes, sylphide, ont fui tout mon espoir

Et tous mes songes de poète !

Dans une ombre jalouse, hélas! tu t'effaças; El longtemps j'écoutai le doux bruit de tes pas, Plus doux et plus léger que le chant d'une lyre,

Et[)liis harmonieux que celui d'un zéphyre Dont le vol fait neiger des (leurs d'acacias.

A rX GRAND CriEXE

Balance avec sprendeur le noble poids des ans (Jiii repose sur toi , chêne, vieillard robuste!

Permets-moi, comme au jeune arbuste

Battu par le souffle des vents ,

De saluer ton front auguste.

Toi qui m'as vu souvent errer seul et sant but , Arbre majestueux, dont la coupole énorme Oju vre l'immense y grec que ton large tronc forme , Séculaire Titan, salut'

i.%8 >iaui.m:s.

c'est en \aiii que l'orage avec fureur l'assit-î^e , Il vient briser sur toi ses livides éclairs. Et tes épais cheveux, malgré tes cent hivers, Ne sont blanchis que par la neige!

Balance avec orgueil ta sombre majesté, Dans les nuages noirs qui planent sur la tète. Le grondement de la tempête, Dont le monde est épouvanté, JN'est pour loi qu'un concert de fête.

Te souvient-il du jour que, pleurant à tes pieds, Et dévoré soudain par ces subtiles flammes Que le premier amour allume dans nos âmes.

Tremblant et pâle, j'épiais La trace de ses pas? Te souvienl-il encore Qu'après l'avoir suivie et déploré mon sort, Je m'écriai, saisi d'un étrange transport :

Voilà la vierge que j'adore!

A l> GRAND CIIE.NK. 159

Ijalaiicc-toi sublime, el roponds à iiut \uix, Noble roi dus furets, o sauvage merveille!

Car ion bruit charme mon oreille;

Et chaque fois que je te vois,

Ce riant souvenir s'éveille.

Depuis ce jour sacré qui Oxa mon destin, Ouatre fois le printemps a changé ton feuillage: Tous les soirs tu m'as vu rêver sous ton ombrage;

Et souvent les feux du matin, Lorsque la nuit replie en silence ses voiles, .M'ont surpris, tout mouillé des larmes que le ciel Epanche sur les fleurs, de son vase éternel.

Regardant pâlir les étoiles.

Ralance avec fierté ton panache flottant!

Découpe, sur le ciel , ces noires arabesques Qu'au fond des sites pittoresques On piendrait, au soleil couchant, l'oui' de vieilles villes mauresques!

Peiit-ôlre ton murmure, ô mon chêne chéri, Répéta mes soupirs jusques à ses oreilles; Car son ame, en jouant sur ses lèvres vermeilles ,

D'amour m'a tendrement souri.

Oh! ne sois point jaloux si mon bonheur suprême N'est plus dans ton feuillage, et si mon jeune cœur Préfère au vague accord de ton nocturne chœur

Ces mots mélodieux : Je t'aime !

Balance ta beauté que rien ne peut ternir. Tes racines, au sol fortement cramponnées

Ainsi que des mains décharnées.

Sont bien lières de soutenir

Ton beau diadème d'années !

-ISous voici tous les deux sous tes feuilles assis. Moi, rayonnant d'amour, de vie et d'espérance; Elle, sur son visage, où se peint la souffrance, Baissant l'arc brun de ses sourcils.

A l-N GRAND CIlENt. iOl

Le superbe occident Terme ses rouges portes. Tout est splendide et beau. Qui peut donc l'allliger ' Kst-ce le vent qui passe, et qui fait voltiger Auprès d'elle les feuilles mortes?

Balance tes rameaux, pour que leur doux parluuî Apaise les douleurs de ma vierge chérie.

Parmi tous les biens de la vie

Mon ame n'en demande qu'un :

C'est le bonheur de mon amie.

Demain sur ton sommet , marche-pied solennel , (Ju'illumine la foudre et que bat la tempête, J'irai m'agenouiller et prosterner ma tête.

Là je serai plus près du ciel.

Mon ame volera sur l'encens de la terre, Et j'invoquerai Dieu. Dieu sera son sauveur. Lu Noyant tant d'amour, de crainte et de ferveur,

il exaucera ma prière!

lialance-loi, Mcmiion , et que ton (.haut dÎNin Cliaimo les longs ôclios tlo celle solitude!

Que Ion murmure d'habitude

De ma prière du matin

Soit la miisi(|ue et le prélude !

Sur ton i)ied vaste et noir, ma frêle main , jadis, Entrelaça deux noms. Us sont couverts de mousse.* J'attends une saison plus riante et plus douce;

J'attends que ces noms soient bénis Par l'hy menée; afin que, sous tes ombres fraîches, Je grave de nouveau ce chiffre du bonheur Que l'amour, pour jamais, burina dans mon cœur

Avec la pointe de ses flèches.

Balance la tunique au contour dentelé; Tatuniqueaux grands i)lis d'ébèneet d'émeraude,

Qu'avec des tleursle [)riulemi)s brode ;

Ta tunique où le barde ailé,

tn gazouillant, sautille et rôde!

Page 1