ET A MADAME D*** QL'I LE SOIGNAIT
Oh ! quand je traversais ces plaines encaissées Dans un sauvage amas de roches entassées : Lorsque je franchissais ces monts échelonnés D'oliviers chevelus vers leur base inclinés : Lorsque les peupliers , émeraudes colonnes , Mêlaient au vent du soir leurs accords monotones : Quand le ciel , au couchant nuancé d'incarnat, Déployait au levant tout son nocturne éclat : Lorsqu'enûn , empruntant l'aile de l'espérance, Mon ame s'élançait sur ton lit de souffrance ,
Je ne connaissais pas l'ange mystérieux Qui, pour te consoler, abandonna les cieux; Celle qui , s'enfuyant des célestes demeures , Quitta l'éternité de bonheur, pour nos heures D'angoisses et d'exil; celle qui, dans ses yeux, rs'e laisse lire aux tiens que des rêves joyeux.
Jeune femme , que je révère !
Ange gardien de l'ami le plus doux;
Toi , qui n'as trouvé parmi nous
Que le fiel amer du Calvaire , Laisse-moi te chanter, t'admirer, te bénir! Sais-tu bien ce que Dieu, dans les jours à venir , Réserve pour ton front ?.. . C'est la riche auréole Dont il ceignit jadis le grand Yincéiltde Paule , Ou Charles Borromée , après qu'un noir fléau , Qui livrait, par milliers, ses enfants au tombeau , Fut vaincu par ses soins et ses longues prières.
Femme ! tu n'as pas craint de coudre des suaires;
A U\ AMI MALADE. I9i
U'avenlurer ta vie au fond d'un hôpital
Oîi, chaque jour, la mort venait , d'un bras fatal ,
Pour ses hideux festins choisir quelque victime.
Aussi , l'humanité te proclame sublime :
Nos cœurs d'un saint respect pour toi sont pénétres,
Et tes bienfaits, sans nombre, y sont enregistrés.
Victime du malheur , ame chaste et chrétienne ! Puisqu'il faut qu'en ces lieux le devoir me retienne. Sauve le noble ami que, tous, nous chérissons. Il est notre trésor, nous te le confions. Qu'il sente auprès de toi sa douleur adoucie ; Répands sur sa souffrance un miel de poésie ; Et la sérénité renaîtra sur son front , Et nos cœurs et le ciel t'en récompenseront !
A MADA^IE ADÈLE LOxNCLAS.
Elééie.
Bien que la plainte soit commune, Puisqu'elle est dans tontes les voix , Sur la corde de rinforliine Je laisse encore errer mes doigts.
Lorsque mon bras, novice et frôle, Fut Si3 consacrer au labeur , Je n'eus pour compagne fidèle
194 MARLXKS.
Qu'une lyre, écho de mon cœur.
Souvent celle lyre pieuse, Préludant à des chants divins , Beiça mon enfance rêveuse Dans la sphère des hauts deslins.
Souvent, pour tout autre muette, Je l'entendis, dans mon sommeil, Me saluer : Jeune poêle.
Mais quand les rayons du soleil ,
A ma fenêtre solitaire.
Remplaçaient le crêpe des nuits :
Lorsque le réveil de la terre S'annonçait avec tous ses bruits ,
Et que la cloche monotone Sonnaille retour aux travaux : Dans nos chantiers, où ne résonne
A MADAME ADÈLE LOXCLAS. I«J5
Hue le choc des pesants marteaux,
L'ame triste et désenchantée , Parfois , en pleurant malgré moi , J'ai dit d'une voix emportée :
Oh ! que je me sens à l'étroit !
Stigmatisé par la misère , Me voyant pauvre , dédaigné , Mes doigts se crispaient de colère.
Maintenant je suis résigné;
Une douce philosophie Éclaire ma jeune raison.
Pourtant, chaque pas dans la vie M'arrache quelque illusion !
Tu n'as [las commencé sous ces tristes présages!
19G iM AULNES.
Quand tu t'acheminas, vers un but glorieux , Dans la vie, où, i)luslard, t'attendaient tant d'orages, Ton astre, à son lever, se montra radieux. Frêle comme une fleur et suave comme elle, Tu dilatas ton ame au souffle du bonheur : Telle, quand le zéphyr l'effleure de son aile , La rose exhale son odeur.
Tu brillas. Les beaux jours aux beaux jours succédèrent, La jeunesse et l'amour charmèrent ton printemps ; Mais, comme un songe heureux, ces beaux jours s'effaçèrc Tu devins le jouet des destins inconstants ; Et l'on te vit, pareille à l'herbe solitaire Qui croît, le long d'un mur, brillante de fraîcheur. Mais que l'on foule aux pieds, abaisser vers la terre Ton front abîmé de douleur.
Tu ne connus jamais les tourments du génie, Et , cependant, ton cœur fut un de ses autels ! Tu ne ressentis point la fièvre et l'insomnie
A MADAME ADELE LONCLAS.
Compagnons obstinés des rêves imnriortels. Jenne fjUe , envoyant l'aurore sans nuages, Tu t'écrias : Le jour sera beau jusqu'au soir! Mais le vent du malheur, charriant les orages , Soudain renversa ton espoir.
Je sais une maison , dans les champs , isolée. Son toit se montre seul parmi les oliviers Qui forment devant elle une modeste allée. S«3S pieds sont entourés par de nombreux rosiers. Là , jamais on ne voit la joie et le délire ; On n'entend point des bals les concerts enivrants ; Mais seulement, parfois, la brise qui soupire, Ou le mugissement des vents.
Pour ses fils, une mère, en ce paisible asile ,
Oubliant ses revers, rhcrche encor le bonheur.
li).s .MAK1.NEÏ5.
Tandis que les aines, sous l'unibrage tranquille. Demandent à l'étude un avenir meilleur , Les jeux occupent seuls la belle et blonde tête Duplusjeune, qu'on voit, dansleslongs rameaux verds S'asseoir sur le feuillage , ou sur l'escarpolette Qui le fait voler dans les airs.
0 vous qui des douleurs sondâtes les abîmes ! Si jamais votre cœur ressentit les effets Produits par le malheur sur les grandes victimes Qu'il arrache au bonheur comme de vils hochets ^ Songez que, dans ces lieux, une grande ame pleure ; Que c'est là qu'elle espère. Et , si vous y passez , En jetant un regard sur sa pauvre demeure , IN'e pleurez pas!... mais bénissez !