A DURAND
Voici le soir : c'est l'heure où, seul, tu le recueilles ; Tu vois l'astre-roi fuir dans des langes de feuilles ; Moi , je le vois sombrer dans le rouge horizon Oîi des pêcheurs tardifs résonne l'aviron.
La lune taciturne à l'orient se lève : Ses regards argentés illuminent la grève, Et son front de cristal s'évente avec les flots. L'orgue des mers redit le chant des matelots. Sur ces rochers aigus , que la vague flagelle , Songe que je te garde un souvenir fidèle ; En retour, donne-moi le doux lot de bonheur D'une place d'ami dans ton généreux cœur.
Astre des ou\riers qu'aucune ombre ne voile, .
Ton riîiitiéfera ressortir mon étoile.
Je veux m'épanouir à tes brûlants rayons.
Tu reuùras leur jeunesse à mes illusions :
Et les chants qu'en mon sein un doute affreux enchaîne
Prendront !onr vol , éclos sous fa suave haleine.
Poëtc, nous avons bien des déceptions
Qu'il faut fouler aux pieds. Lorsque nous nous frayons
Des sentiers inconnus aux profanes du monde ,
Notre voie épineuse en douleurs est féconde.
C'est aux extrémités de ces rudes sentiers
Que la gloire a placé ses plus nobles lauriers.
Pour parvenir sans chute au terme du voyage, Qu'à longs tlots l'amitié nous verse le courage. Pour espérer en Dieu pendant nos jours amers , A toi le luth des bois, à moi celui des mers ! Ainsi quêtes forêts, aux verdoyantes cimes, La mer a ses beautés et ses horreurs sublimes; Mais, pour elle, ma tâche est encore à remplir : Puissé-jc, comme toi, dignement l'accomplir!