‹ MarinesChapitre 71 sur 76 · LA VAGUE AU CHRIST · texte numérisé non relu

LA VAGUE AU CHRIST

Vague, qui sur nos bords te brises, Un Christ flotte en ton sein vermeil ! Comme j au milieu des vapeurs grises, Flottent les matinales brises, Avant le lever du soleil.

Fille de l'océan qui gronde, 0 lame, dis-nous d'oîi tu sors!

D'où te vient le Sauveur du monde Que le chaste azur de ton onde Dépose aujourd'hui sur nos bords?

Serait-il l'auguste héritage

Ou le scapulaire d'amour

De quelque vierge, au doux visage,

Que les flots, en un jour d'orage,

Engloutirent dans leur séjour?

Pour bercer la divine image, Dis-nous quel céleste zéphyr Enfla Ion mobile corsage !

Souflla-t-il de l'ardent rivage Que sablait jadis l'or d'Ophir?

Souffïa-t-il des brûlantes rives Où se balancent les palmiers?

Ou , de ses ailes fugitives, Rasa-l-il nos forêts lascives Où pendent les nids des ramiers?

Vague, sur les mers où tu rodes.

LA VAGIE AU CHRIST. 2i9

Aurais-tu vu le Saint-Esprit Féconder les flancs émeraudes?

Fuis-tu les modernes Hérodes Qui voudraient mutiler ton Christ?

\a, pour que le ciel t'ait choisie Parmi tes innombrables sœurs, Pour que l'océan s'extasie.

Pour que la falaise noircie T'adresse ses sublimes chœurs ,

Il faut que ton onde soit sainte; Que jamais l'écumeur des mers N'ait sur elle laissé d'empreinte; Qu'elle n'ait jamais été teinte Par le sang ni par les éclairs!

Vois notre mer, que l'algue émaille, Te guider mollement au bord; \ois ce roc, que la lame assaille.

Ikgarde-le, comme il tressaille, Comme il l'accueille avec Iranspurl !

01)! bénis le venl qui te pousse Sur le sable d'un bord chrétien , Lt dont, sur la joyeuse mousse, L'haleine parfumée et douce Pose l'enfant de liethléem ?

Près de ces rocs, que le temps mine, Laisse, sans regret ni remords, Celte croix humide et divine Dont l'ébéne sur ma poitrine Brillera jusques à ma mort.

(Peignez-la d'un pompeux cortège, Ilots, et devant son manteau bleu <Jue votre troupe errante assiège.

Inclinez >otre front de neige, ];i chantez en chœur : Gloire à Dieu î

rOND DE MER.

Fe'ite Marine.

Lorsque je vois la mer calme et sans mouvemenC, Et que son sein d'azur, miroir du firmament.

Soupire des notes sublimes, Je ne puis m'empêcher de frémir, en songeant Qu'elle voile à nos yeux , sous ce masque changeant,

D'alfreux écueils et des abîmes l

Et je me dis alors : Voilà le cœur liumain f Voilà bien ces beautés dont le chant est dÏNin, Dont on adore le visage;

Mais qu'on sonde leur cœur, el l'on y trouvera Bien des gouffres hideux où le vice s'ancra, Où bien des amours fonl naufrage.

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