TROMBE MARINE
A M. THOUREL, AVOCAT A TOULON.
Les canons sont chargés, et la mèche allumée Présente un œil de feu sous des cils de fumée. L'artilleur est debout, près des roulants affiats; Et dans les vents, remplis de murmures confus, Les voiles que l'on cargue , et les mâts qu'on recale , Le cri de branle-bas, courant de cale en cale. Réveillent tout à coup les marins endormis....- Aurait-on signalé des vaisseaux ennemis?
ja iMARLNES.
Dieu ! Regardez! Voyez quelle immense colonne Monte, en élargissant sa tête qui bouillonne, Et marche, noir Titan subitement éclos, Le front dans la tempête et les pieds dans les (lots ! Les hurlements du gouffre où sa base s'appuie, Les tourbillons de l'air traversés par la pluie , Les masses d'eau , que bat l'aile de l'albatros Com me les hiboux noirs battent nos vieux vitraux (1), Le fracas de la mer qui se creuse et se bombe , Tout se perd dans ce cri de terreur : « Une trombe! »
Des flots sont submergés par l'écume des flots! a Une trombe! i> L'effroi glace les matelots Devant cet ennemi, qu'il faut soudain combattre, Et qui traîne après lui des cascades d'albâtre. On dirait que la mer, pour menacer les cieux ,
*; le pliéiiomène <lc- Frombes marines , n'^ipparaii çuère que dans les cliaudes régions (.elle que je décris Ici, a.éléïueau 4oe degré île laMtude. au (Jap de liunnc Espérance, par mon a«ii Lel> un A c^-tie latiiuJe o:i rencontre rréque:iimrnl les Albatros .
A travers l'on rngnn linc im brns rnonsli uciix.
Regardez comme elle déploie Son chripitcaii brun d;in.s les airs; Et comme sa base tournoie Sur l'abîme écumant des mers î Regardez comme la rafale ïord sa colonne triomphale, Pareille au trigonocéphale Tordant les chênes des déserts !
l;élachanl les rocs de la rive, Elle en sème les airs surpris; Elle les haclie, elle l(.s cli\e, Et les éparpille en débris.
Le pâle océan, qui répète Les sourds éclats de la tempête.
Dans coUo géante irompoUc SoiillU' (les Umnerrc'S de cris.
Sur ses borJs volutes de longs éclairs se croisent. Mille flots embrasés en tous sens la pavoisent. On croirait voir passer un vaste aréoslai Qui, dans ces régions où se meuvent les lames, Vomit, cratère ardent, des phalanges de flammes S'absorba nt dans le choc d'un infernal combat.
Elle fuit: son sommet brûle, au loin, comme un phare. Aux sifflements du vent, maritime fanfare. Rapide, elle revient dans son berceau qui bout. Le navire, ébranlé, sur sa quille chancelle. A cent pas de sa proue un torrent d'eau ruisselle, La mer va s'entrouvrir... a Canonniei^s, feu partout' *