‹ MarinesChapitre 9 sur 76 · A TOULON · texte numérisé non relu

A TOULON

Salut à toi , Toulon , qui grandis à chaque heure î Salut à mon pays qu'un vent prospère effleure! L'or, déserteur des bords qu'oppriment les frimas, Pleut avec tes produits sur tes terres fécondes, Et ta mère, la mer, t'apporte sur ses ondes Les trésors de tous les climats.

Un voile ténébreux i>èse sur ta naissance;

Et l'infatigable science ÎN'a pu le soulever, malgré sou long eff'ort.

16 ]^IAKlNtS.

Lorsque sa mâle voix interroge nos rives , Le doute répond seul. €es vivantes arcliives Sont muettes comme la mort.

C'est que nul ne connaît le destin des royaumes. C'estquel'humblechalet, où viventquelques hommes, D'un opulent rivage est souvent le berceau; Tandis que des cités solidement bâties rVe laissent pas, aux bords qui les ont englouties, Assez de leurs débris pour construire un hameau.

De ton riche avenir reculant la limite,

Tu relèves ton faîte; et ta splendeur imite

La splendeur du séjour des rois.

Tes quais, dont l'eau jadis occupait la surface,

Pour les mille vaisseaux qui t'y demandent place

Deviennent déjà trop étroits.

Échelonnant tes bords de solides jetées , Tu domptes le courroux des vagues irritées.

A lOLLâX. 17

Tu fais surgir des ports marchands Sur de fangeux marais quelesflols venaient mordre; Kt les mille ouvriers transforment, à ton ordre,

Les champs en mèr, les mers en champs.

De splendides bazars naissent. Dans chaque rue

La foule d'étrangers afflue.

Le bruit des ateliers aux marches des tambours Se mêle. Tu bâtis, tu l'embellis, tu forges. Et dans tes environs, tous les jours, tu regorges Des habitants qui vont agrandir tes faubourgs.

Tes vapeurs" sont chargés des enfants de l'Alsace Que, de leur sol ingrat, la misère au loin chasse. Pauvres oiseaux, qui vont, loin de leurs nids natals. Demander, pour leur vie , aux plaines africaines Le pain que leurs sillons refusent à leurs peines ; Et, peut-être, servir de pâture aux chacals.

■ 1.65 b.iie.ux a vapeur

Oh ! que j'aime, Toulon, ta rade el tes collines î Tes pavillons flottants au bout des brigantines Comme autant d'arcs-en-ciel ; tes vastes arsenaux ; Ton escadre; et les forts, géantes sentinelles, Qui, pour te protéger, font luire, pour prunelles, Le bronze des canons dans l'œil noir des créneaux î

J'aime, quand le soleil pénètre dans tes ondes, A suivre de leurs flots les courses vagabondes. J'aime à les voir, mourir, en muimurant, au bord, Où, parmi les rochers qui pavent les rivages. On dirait que la lune, en perçant les nuages. Fait pleuvoir des étoiles d'or.

Sur le groupe de toits qui dans ton sein fourmille. J'aime à chercher celui qu habite ma famille. Là.... j'aime à caresser un tendre souvenir : Un souvenir d'amour, que mon ame recèle Comme une jeune fleur aussi pure que frêle Et qu'un souille pourrait ternir!

Page 1