ACTE I, SCENE IV
FERNANDO
Il vit!
Pour peu de jours, ma vengeance est trompée. Sans leur permission puis-je exposer mon sang? Privilège admirable! il vit grâce à mon rang. Où vas-tu ?
FERNANDO
Vous venger.
Bien ! ce courroux t'honore.
Bien ! c'est un Faliero ; je me retrouve encore : C'est mon ardeur, c'est moi; c'est ainsi que jadis Mon père à son appel eût vu courir son lils. Mais l'affront fut public , le châtiment doit l'être. Les quarante déjà l'ont condamné peut-être.
FERNANDO
Eh quoi ! ce tribunal où lui-même...
Tu vois Comme Venise est juste et maintient tous les droits ! Nos fiers avogadors avaient reçu ma plainte ; , Aux droits d'un des Quarante oser porter atteinte ! Quel crime ! Feût-on fait? mais leur prince outragé, Qu'importe? et par ses pairs Sténo sera jugé.
S'ils l'épargnaient?
Qui ? lui ! l'épargner! lui, ce traître! Oui, traître à son serment, à Venise, à son maître. L'épargner! qu'as-tu dit? Poseraient-ils ? sais-tu Qu'il faut que je le voie à mes pieds abattu? Sais-tu que je le veux , que la hache est trop lente A frapper cette main , cette tête insolente ?
FERNANDO
0 fureur !
De mon nom , toi Tunique héritier, Toi , mon neveu, mon fils, connais-moi tout entier Lis , mon ame est ouverte et montre sa faiblesse. C'est peu de l'infamie où s'éteint ma vieillesse • Cet affront dans mon sein éveille des transports', D'horribles mouvemens inconnus jusqu'alors. J'en ai honte , et je crains de sonder ma blessure : Devine par pitié y comprends , je t'en conjure, Comprends ce qu'à mon âge un soldat tel que moi
JNe pourrait sans rougir confier, même à toi.
Eléna !... se peut-il? si ce qu'on ose écrire...
Mais sur ses traits en vain je cherche le sourire.
D'où vient que mon aspect lui fait baisser les yeux?
Pourquoi loin des plaisirs se cacher dans ces lieux?
Pourquoi fuir cet asile, où, par la pénitence ,
Le crime racheté redevient l'innocence ?
Le sien est-il si grand , si terrible ?. . . Insensé !
Tout me devient suspect, le présent , le passé 5
J'interroge la nuit , les jeux fixés sur elle ,
Jusqu'aux pleurs , aux aveux d'un sommeil infidèle ,
Et j'ai vu, réveillé par cet affreux soupçon .
Ses lèvres se mouvoir et murmurer un nom.
FERNANDO
Grand dieu !
Ne me crois pas ; va , je lui fais injure 5 Sténo !... jamais, jamais! sa vie est encor pure: Jamais tant de vertu ne descendrait si bas : Je n'ai rien soupçonné , rien dit ; ne me crois pas l Mais Sténo , mais celui dont le mensonge infâme
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