‹ Marino FalieroChapitre 27 sur 77 · LIONI , STÉNO · texte numérisé non relu

LIONI , STÉNO

LIONI

Qui? vous , Sténo , chez moi!

sténo.

C'est mal me recevoir.

LIONI

Condamné le matin , venir au bal le soir!

Ma journée est complète et la nuit la couronne : Je veux prendre congé de ceux que j'abandonne : Demain je suis captif 5 à votre prisonnier Laissez du moins ce jour, ce jour est le dernier.

LIONI

Le Doge vient ici 5 je reçois la ducbesse ,

Et...

STÉNO

Sa beauté vaut mieux que son titre d'altesse. Que ne m'est-il permis de choisir mes liens! Les fers de son époux sont moins doux que les siens

LIONI

Il ne faut pas plus loin pousser ce badinage ; Même en vous punissant croyez qu'on vous ménage.

STÉNO

J'aime votre clémence et l'effort en est beau : M'ensevelir vivant dans la nuit du tombeau ! Et pourquoi? pour trois mots que j'eus le tort d'écrire^ Mais le doge irrité , jaloux jusqu'au délire ,

42 MARIN 0 FALÏERO ,

Prouva que d'un guerrier mille l'ois triomphant La vieillesse et l'hymen ne font plus qu'un enfant. Au reste il est ici l'idole qu'on encense, Pour lui rendre en honneurs ce qu'il perd en puissance.

lioki.

A ces honneurs, Sténo , gardez-vous d'attenter. Par égard pour nous tous , qu'il doit représenter Au limon de l'État , dont nous tenons les rênes , Il faut baiser ses mains en leur donnant des chaînes. Ainsi donc pour ce soir, je le dis à regret, Mais...

STÉNO

Mon déguisement vous répond du secret.

Non : ne me privez pas du piquant avantage D'entendre , à son insu , l'auguste personnage. Autour de la duchesse heureux de voltiger, C'est en la regardant que je veux me venger. Je veux suivre ses pas , dans ses yeux je veux lire , Tout voir sans être vu , tout juger sans rien dire , Et de votre pouvoir invisible et présent Offrir, au sein des jeux , l'image en m'amusant.

LIONI

Veiller sur vous , Sténo , n'est pas votre coutume.

sténo.

Qui peut me deviner, caché sous mon costume ? Sous ce masque trompeur, le peut-on? regardez : Noir comme le manteau d'un de vos affidés .

LIONI

Respectons les premiers ce qu'il faut qu'on redoute.

STÉNO

Je ne ris plus de rien : je sais ce qu'il en coûte. Pas même des époux ! N'est-il pas décrété Que c'est un crime ici de lèse-majesté v^

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