‹ Marino FalieroChapitre 6 sur 77 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

J'ai cédé , j'ai senti frémir dans mes cheveux Leur brise qu'à ces mers redemandaient mes vœux. Dieu ! quel air frais et pur inondait ma poitrine ! Je riais , je pleurais j je voyais Palestrine , Saint-Marc que j'appelais , s'approcher à ma voix, Et tous mes sens émus s'enivraient à la fois De la splendeur du jour, des murmures de l'onde, Des trésors étalés dans ce bazard du monde, [lier!... Des jeux, des bruits du port, des chants du gondo- Ah ! des fers dans ces murs qu'on ne peut oublier î Un cachot , si l'on veut , sous leurs plombs redoutables, Plutôt qu'un trône ailleurs, un tombeau dans nos sables, Un tombeau qui , parfois , témoin de vos douleurs , Soit foulé par vos pieds et baigné de vos pleurs !

ÉLÉNA.

Que les vôtres déjà n'arrosent-ils ma cendrei Mais... ce ne fut pas moi , je me plais à l'apprendre , Qui ramenai vos pas vers votre sol natal. 11 n'est plus cet amour qui me fut si fatal. Quand sa chaîne est coupable un noble cœur la brise 5 N'est-ce pas, Fernando?... Je voudrais fuir Venise, Dont les bords désormais sont votre unique amour , Et pour vous j laisser m'en bannir à mon tour.

FERNANDO

Vous , Eléna ?

ÉLÉNA.

Qu'importe où couleraient mes larmes?

A ne les plus cacher je trouverais des charmes. Oui , mon supplice , à moi , fut de les dévorer, Lorsque , la mort dans l'aine , il fallait me parer, Laisser là mes douleurs, en effacer l'empreinte, Pour animer un bal de ma gaîté contrainte : Heureuse, en leur parlant, d'échapper aux témoins ,

Dans ces nuits de délire, où j". pouvais du moins Au profit de mes pleurs tourner un fol usage , Et sous un masque enfin reposer mon visage.

FERNANDO

Je ne plaignais que moi !

Mon malheur fut plus grand :

J'ai tenu sur mon sein mon époux expirant. Tremblante à son chevet , de remords poursuivie , Je ranimais en vain les restes de sa vie. Je croyais , quand sur lui mes yeux voyaient peser Un sommeil convulsif qui semblait m'accuser, Qu'un avis du cercueil, qu'un rêve , que Dieu même Lui dénonçait mon crime à son heure suprême : Et que de fois alors je pris pour mon arrêt Les accens étouffés que sa voix murmurait! Comment peindre le doute où flottaient mes pensées, Quand ma main , en passant sur ses lèvres glacées , Interrogeait leur souffle, et que, dans mon effroi t Tout , jusqu'à son repos , était sa mort pour moi? Je fus coupable , ô Dieu! mais tu m'as bien punie , La nuit où dans l'horreur d'une ardente insomnie, Il se leva , sur moi pencha ses cheveux blancs , Et pâle me bénit de ses bras défaillans 5 Il me parla de vous!

FERNANDO

De moi!

ÉLÉNA.

Nuit vengeresse !

Nuit horrible ! et pourtant j'ai tenu ma promesse. Jusqu'au pied des autels j'ai gardé mon secret. L'offrande qu'à nos saints ma terreur consacrait » Je la portais dans l'ombre au fond des basiliques :

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