ACTE I, SCENE IL
Je priais , j'implorais de muettes reliques ,
Et sans bruit , sous les nefs je fuyais , en passant
Devant le tribunal d'où le pardon descend.
Mais le ciel accueillit voire ardente prière.
ELENA-
Celle des grands , du peuple et de Venise entière , La mienne aussi peut-être; et vous, vous qu'aujourd'hui Je trouve à mes chagrins moins sensible que lui , Celle qui vous toucha quand vous m'avez quittée Pour l'oublier si tôt ? l'avez-vous écoutée ?
FERNANDO
Si je l'entends encor, c'est la dernière fois : Je pars. L'Adriatique a revu les Génois , Venise me rappelle , et sait que leur audace A quelques beaux trépas va bientôt laisser place. Vos vœux seront, remplis , je reviens pour mourir.
ÉLÉNA.
Pour mourir!
FERNANDO
Mais ce sang que le fer va tarir, Avant de se répandre où Venise l'envoie , A batlu dans mon sein d'espérance et de joie. Il palpite d'amour! à quoi non retenir Ce tendre et dernier cri que la mort doit puuir ? Je vous trompais; c'est vous, ce n'est pas la patrie, Vous , qui rendez la force à cette ame flétrie; Vous , vous que je cherchais sous ce climat si doux , Sur ce rivage heureux qui ne m'est rien sans vous! C'est votre souvenir qui charme et qui dévore. C'est ce mal dont je meurs , et je voulais encore Parler de ma souffrance aux lieux où vous souffrez , Respirer un seul jour Pair que vous respirez ,
14 MAlUiNO FALIiiBO,
Parcourir le Lido , m'asseoir à cette place
Où les mers de nos pas ont effacé la trace ,
Voir ces murs pleins de vous, ce balcon d'où nies yeux
En vous les renvoyant recevaient vos adieux.
ELENA
Par pitié !...
FERNANDO
Cette fois l'absence est éternelle :
On revient de l'exil, mois la tombe est fidèle. Je pars... Je mourrai donc, sûr que mon souvenir De mes tournons jamais ne vint l'entretenir. Ce prix qui m'était dû , qu'en vain je lui rappelle , Cette écharpe, jamais... Dieu! qu'ai-je vu? C'est elle! La voilà ! je la tiens... Ali ï tu pensais à moi! Elle est humide encore , et ces pleurs je les croi. Tu rae trompais aussi ; nos vœux étaient les mêmes : Allons! je puis mourir : tu m'as pleuré , tu m'aimes !
ELENA , qui veut reprendre l'êcharpe.
Fernando !
FERNANDO
Ton présent ne me doit plus quitter ; C'est mon bien , c'est ma vie! et pourquoi me Tôter? Je le garderai peu j ce deuil est un présage ; Mais d'un autre que moi tu recevras ce gage , Mais couvert de mon sang , pour toujours séparé De ce cœur, comme lui , sanglant et déchiré , Qui, touché des remords où son amour te livre , Pour cesser de t'aimern aura cessé de vivre.
ELENA
On vient !
FERNANDO, cachant l'êcharpe dans son sein.
Veillez sur vous un jour , un seul moment . Par pitié pour tous trois.