FIANÇAILLES
Le concierge de l'hôpital sonna sa cloche à la volée ; il fixa la corde contre le mur ; puis, traversant le passage voûté, il vint crier au seuil de la salle d'attente :
— Les personnes des familles, s'il vous plaît...
A cet appel répondit sur les bancs un mouvement de formes noires. Un homme sortit, robuste, avec un béret sur la tête, un tricot de laine bleue, une barbe blonde, un teint hâlé de matelot. Le nom de son navire, la Louisiane, était brodé deux fois en laine rouge, au bord de sa coiffure, au milieu de sa poitrine. Par la main, il tenait deux enfants en bas âge : un garçon, une fillette. Ils étaient obligés de lever le bras au-dessus
de leurs têtes pour atteindre le père. On leur avait noué des fichus noirs autour du cou, en signe de deuil. Us étaient nu-tête, les joues luisantes de froid, et marchaient, le cou rentré dans les épaules, avec des nez qui coulaient.
Une femme venait à quelques pas derrière.
Elle aussi conduisait une fillette par la main. La mère et l'enfant portaient le bonnet blanc, la cape noire des Bretonnes ; des chapelets s'enroulaient aux manches de leurs parapluies.
Obéissant au geste du portier, l'homme, la femme, les enfants suivirent une allée plantée d'arbres, oti des convalescents se promenaient en longues robes de chambre, coiffés de bonnets de coton. Au bout du chemin, ils entrèrent dans la chapelle.
Entre deux cierges quatre cercueils s'alignaient sous des draps usés. Un homme, vêtu d'une livrée noire, verdie par les averses, demanda en s'avançant :
— Pour qui venez-vous ?