‹ Marins et soldatsChapitre 4 sur 11 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

jusqu'aux essieux dans la terre détrempée ; les hue !... dia !... du cocher couvraient la psalmodie du prêtre qui, dégoûté de la crotte, retroussait sa robe très haut, sur ses bas noirs.

Tout au bas du cimetière, une douzaine de fosses étaient creusées d'avance, pour les manants. On y arrivait en passant sur des vallonnements légers, où d'autres morts, sans fleurs, sans visites, dormaient jusqu'à la fin du temps qu'on leur donne pour se dissoudre.

L'un après l'autre, les quatre cercueils sortirent du fourgon. Et les simples qui étaient là attendirent la fin des prières, dites pour les leurs, puis'pour les deux inconnus, hommes, femmes, — qu'importe ? — que personne n'accompagnait. Ils regardaient, tout saisis, les bras tombés, les bouches ouvertes, debout, jusqu'àla dernière pelletée de terre. Ils ne s'en allèrent qu'après avoir vu planter sur les tas les petites croix de sapin. *

Au moment de franchir la grille, le matelot déclara :

— On n'peut pas s'quitter comme ça.

Vous ne me refuserez pas d'prendre quéqu' chose.

La Bretonne accepta par politesse. D'ailleurs, le cœur lui manquait.

Quand ils furent assis avec du vin dans leurs verres, l'homme demanda :

— Quel âge avez-vous ?

— J'vas sur trente-trois ans.

Son visage crevé de fatigue en disait davantage.

Mais son corps était demeuré alerte et souple.

L'homme demanda encore :

— Vous n'avez que c'te fille-là ?

— J'ons un aut'e éfant d'deux ans qu'est resté en garde d'une voisine.

Elle avait vidé son verre. Le matelot le remplit une seconde fois. Puis, en détournant les yeux pour ne point l'embarrasser»

il insinua :

LES FIANÇAILLES I I f

— Ça vous chagrinerait- t'y d'avoir deux éfants d'pus?

Elle le regarda pour percer sa pense'e.

— Comment qu'vous m'proposez ça ?

Il répondit, les yeux toujours détournés :

— Pour sûr, c'est pour vot'bien et pour celui d'nos éfants.

Les yeux de la Bretonne se fixèrent sur la large poitrine, sur l'inscription de la vareuse; Louisiane.

Elle demanda :

— Quand qu'vous r'prenez la mer ?

— Sur la fin du mois. On aura tout juste l'temps défaire venir les papiers.

Il ne voulait pas prononcer le mot de « mariage », par pudeur, et de crainte d'un refus.

Mais c'était une proposition directe. Donc, il releva les yeux sur la Bretonne, latâta de son regard clair.

Elle ne disait pas non* C'était un arrangement sage. Pourtant les ailes de la cornette tremblaient»

Alors, ému comme elle, par-dessus les verres, il lui tendit sa large main :

— Dites oui, fit-il. Et touchez là. Les deux, là-bas, dormiront pus tranquilles.

En souvenir de Thord.

Angamarre a une haute mine de matelot normand. Pesamment, le talon de ses bottes goudronnées sonne dans le couloir du presbytère. L'escalier est presque trop e'troit pour l'envergure de ses épaules. Au premier, sur le seuil delà bibliothèque, le marin attend l'ouverture de la porte pour ôter sa casquette cirée.

Tout de suite le curé se lève de dessus ses livres. Il remarque que le visage de son visiteur est reluisant comme une pièce d'or.

Il dit avec un sourire :

— Vous avez Pair joyeux, maître Angamarre... Quelle bonne nouvelle m'apportez-vous ?

— Not' femme nous ont fait un garçon à nuit. J 'venons pour causer du baptême.

— Ah !ah!... Comment appellerez-vous cet enfant-là ?

— Comm' mé, Aldri !

— Et quels sont les parrain et marraine ?

— L'compère c'est not' syndic, maît 1 Hamelin. La commère, c'est la dame au premier adjoint.

Ces gens-là sont Jes plus considérables du pays. Angamarre énonce leurs noms d'un air avantageux.

Le curé dodeline de la tête :

— Quelle classe voulez-vous pour la cérémonie ?

— La première des premières... un* class' quasiment exprès... ainsi que cela se doit.

Le curé est devenu grave :

— C'est bien tout ce que vous désirez, maît' Angamarre ?

— P véyons point aut'e chose...

Alors le prêtre se lève. Sa main gauche

enfoncée dans sa ceinture tendue sur l'abdomen, il dit avec onction :

— Laissez-moi former un souhait...

Il s'avance. Il prend la main du marin dans sa main droite. Il plonge ses yeux de vieux, ses yeux attristés par l'expérience et par la vie dans les prunelles claires qui ne se détournent pas.

Et il prononce :

— Que Dieu vous bénisse dans cet enfant, maître Angamarre. Voilà mon vœu.

...Dix ans ont passé. De nouveau, Angamarre est assis en face du curé, dans la bibliothèque. Le christ d'ivoire a beaucoup jauni, les vieux fauteuils de cuir laissent percer la bourre. Le curé ne se lève plus si vite qu'autrefois pour saluer ses visiteurs.

Angamarre, lui, est toujours radieux de vie. Pas un poil ne grisonne dans sa barbe de feu.

— Vous vous maintenez bien, mon ami...

Mes compliments..,

Il8 MARINS ET SOLDATS

Les coudes en dehors, les mains posées sur ses cuisses, le marin éclate d'un rire énorme :

— C'est quej'nous faisons pas d'bile, non plus!

— Et qu'est-ce qui vous amène cette fois ?

— La communion de not' fils.

— Mais il a été reçu à son examen...

— J' savons ça. Mais où qu'vous l' placerez dans T cortège ?

— Oti je le placerai, maître Angamarre ?

— Faudrait qu'il soye Tpremier du côté de l'Evangile et qu'il répète les vœux. Dites que oui, et v'ià ma contribution pour vos charités.

Angamarre dépose sur la table quatre pièces d'argent qui sonnent.

Le curé hoche la tête :

— Entendu, maître Angamare; les pauvres auront votre offrande. Mais ne désirezvous rien de plus ?

Le matelot regarde le plancher et ses bottes. Aurait-il oublie' quelque chose ? Non.

— C'est ben tout c'que j' voulions, m'sieu l'Cu'é.

Et il s'en va.

. . . Encore quinze ans. Le curé semble maintenant couvert de poussière comme toute sa vieille maison qui, au dedans, au dehors, s'effrite. Les rides de son visage sont presque aussi profondes que les lézardes du mur. Devant sa porte, le curé est assis à prendre le soleil, le soleil de février qui réchauffe les membres des vieux.

Soudain, une bande de gens apparaît à la porte du verger. Ils s'avancent avec des exclamations joyeuses. Le prêtre lève les yeux. Il reconnaît Angamarre.

— Tiens, mon ami, dit-il, c'est donc vous ? Et avec une nombreuse compagnie.

— JVenons rapport aux accordailles de mon garçon avec la fille à maît* Houlbreque quev'là.

Le curé sourit :

— C'est la plus jolie fille de la paroisse.

— Et p'is, elle a du bien.

Le curé ne répond pas. Il les regarde tous avec des yeux très profonds, des yeux clairvoyants d'homme qui est déjà de l'autre côté de la tombe. Puis il prend sa canne. Et, en soufflant, à petits pas, il va jusqu'à la sacristie. Tout le monde le suit. Le gravier crie sous les souliers lourds.

Le curé met ses lunettes. Il écrit le nom des promis sur son grand livre. Toujours sans parler, il fait signer les assistants.

Quand le dernier a fait sa croix, maître Angamarre pose deux écus sur le pupitre.

Le curé les repousse du bout des doigts.

— Vous vous trompez, mon ami. Il ne me revient que trois francs.

Alors le paysan se rengorge.

— V savons ben c'que j'aurions pu donner, m'sieu 1' Cu'é. Mais j'avons que cY éfant-là, et j' voulons qu' tout soit fait

grandement. Vous boirez donc l'écu et demi à sa santé ; un' goutt* de quéque chose par-dessus 1' café, c'est la santé du corps !

Tout le monde rit. Le curé incline la tête sur son rabat. Il prend les deux pièces d'argent. Il les enferme dans son pupitre.

Sur le seuil de la sacristie, il rappelle Angamarre en arrière de sa compagnie :

— Angamarre, dit-il, c'est la troisième fois que vous venez me voir au sujet de votre fils...

— Et c'est ben aussi la dernière, m* sieur

rcu'é.

Puis il renoue les cordons de sa bourse, salue et rejoint ses amis.

— ... Que malheur, mon Dieu ! Que grand malheur ! dit la servante du curé en portant la main à son bonnet. C'est-t'y Dieu possible ! Un si beau garçon ! Et qu'allait *>' marier su' quinze jours !

Elle raconte l'histoire. Le père et le fils

étaient tranquillement sur leurs filets par une mer calme. On venait de manger un morceau. On causait. Tout en parlant, le garçon monte sur le banc. Il se penche pour repêcher une ligne. Un coup de rame du père, une résistance de l'hameçon, un faux pas, le voilà par-dessus le bord. L'eau se ferme. Le père pousse un cri. Il appelle. Il tend son aviron. Il jette une amarre. Mais sur la surface de la mer, rien ne remonte.

— C'est le froid qui l'a saisi sur son déjeuner, m'sieu F Cu'é. Il aura coulé tout de suite.

Le prêtre joint ses vieilles mains, et il prie. Tous les jours ainsi, pendant des semaines, il priera pour le mort et pour celui qui reste.

... Un soir, on frappe à sa porte. Le coup est si léger, si hésitant qu'il se demande s'il ne s'est point trompé, si ce n'est pas le vent qui a détaché une branche de vigne vierge et qui en bat le volet. Mais il ne faut pas laisser les pauvres languir dehors par ces temps

t~ r.<nb*<i^..;

d'équinoxe. Le curé prend sa lampe. Il va ouvrir.

Un homme est là, très grand, mais qui semble brisé par l'âge et dont les épaules se voûtent. Sa barbe est toute grise, grise aussi la tête qu'il découvre sous sa casquette. Alors seulement le curé voit les yeux de Thomme et il le reconnaît.

— C'est vous, Angamarre. Vous veneztard.

Comme il semble que Thomme n'a point

la force de se traîner, le prêtre ne lui fait pas monter les marches. Il le conduit dans la petite salle. Il lui montre un siège. Il s'asseoit devant lui.

Alors le marin répond :

— Oui, m'sieu 1' Cu'é, j'venons tard...

Malheureusement... j'venons tard...

Ils se taisent. Ils se regardent. Enfin Angamarre prononce :

— J'ons là quéque chose que j'voudrions ben donner aux pauv'es gens de la paroisse.

C'est autant dire un' fondation que j'vou- Ions faire pour not' fils.

Lentement, il se lève, il se fouille. Il pose une pile de pièces d'or sur la table.

Le curé compte la somme et dit :

— C'est beaucoup d'argent, Angamarre.

— C'est toute not' barque que j'avons vendue.

— Et que comptez-vous faire maintenant ?

— J'vas m'souvenir.

Ils sont toujours assis en face l'un de l'autre. Ils ne parlent pas. Angamarre regarde ses bottes.

Enfin, le prêtre dit tout bas:

— Angamarre, je crois bien que votre fils est devenu pour vous une source de bénédictions.

— Peut-êt' ben, m'sieu-1' Cu'é.

Et le père abaisse encore plus son visage, parce que ses larmes coulent.

SOUDRIC

SOUDRIC

La rivalité de Valin et de Soudric avait commencé en classe, oui, sur les bancs de leur pauvre petite école normande.

« Ils s'aiment comme Valin et Soudric. »

Cela était passé en dicton.sur les barques des « Islandais » pour dire que des gens se détestaient de tout leur cœur.

C'était Valin le plus acharné des deux ; car pourquoi Soudric aurait-il envié la masure où le père Valin finissait sa vie, aveugle, dans les douleurs ? Soixante années durant, le vieux trancheur de morue avait navigué sous le pavillon des autres. La femme manquait à la maison. On n'avait point songé aux économies. A présent l'aveugle subsistait de la pêche du fils, une

pauvre pêche, dans un canot vermoulu, qui ne quittait pas les côtes.

Au contraire, Soudric logeait dans une grande maison sur le quai. Il avait hérité d'un bateau bien armé qui faisait tous les ans la campagne de Terre-Neuve. Un mariage avec une fille de fermier avait encore augmenté son avoir.

La haine devint mortelle à l'occasion d'une joute de canots. Valin et Soudric couraient ensemble en régate. Il fallait tourner un rocher, assez loin, au large. Valin tenait la tête. Pourtant ce fut Soudric qui, le premier, reparut derrière l'îlot. Il gagna la course. Valin n'arriva que bien plus tard, comme déjà on donnait le prix à son adversaire.

Il cria :

— Arrêtez ! Soudric a mal agi. Il a frappé sur mon aviron. Il l'a fait tomber de mes mains.

Mais on ne Técouta pas, et il rentra chez soi le cœur gonflé de colère.

SOUDRIC 129

Quand le vieuxtrancheurde morue connut l'injure qu'avait supportée son fils, il vociféra dans son lit :

— Il y a un de vous deux qui est de trop !

Celui qu'a menti. Battez-vous ! L'couteau Tdésignera.

De son côté, Soudric ne dormait pas en repos. Il avait épousé la fille d'un éleveur de poulains très riche. L'orgueil était dans toute la famille, et la femme de Soudric ne cessait de répéter :

— Comment laisses-tu ce rrçanantde Valin parler dans les marchés contre toi ? Il dit que tu as peur ! Si tu ne veux pas agir toimême, je m'adresserai à mon père. Il lui fera interdire le séjour.

Soudric haussait les épaules. Pourtant, un matin, il ceignit son couteau de pêche, et dit à sa femme :

— Je veux savoir qui qu'a raison de moi ou de Valin.

Aussitôt la femme s'effraya :

— Qui que t'emmènes avec toi ?

l30 MARINS ET SOLDATS

Soudric croisa les bras :

— Ah çà ! dit-il, me prends-tu pour un brigand ? Je pars seul...

— Soudric, je te le défends !

Elle lui tenait le bras, mais il la repoussa, et dit d'un ton dédaigneux :

— Serais-tu de ces femmes qu'excitent leurs hommes, et qu'ont pas le cœur de les voir frapper ?

Il trouva Valin qui fumait devant la porte de sa mesure.

— Viens ici, dit-il, que l'aveugle n'entende pas. Aujourd'hui tu te battras avec moi sur la plage.

— C'est convenu, dit Valin. Laisse-moi seulement entrer dans la maison.

Il ressortit au bout d'un instant. Lui aussi avait ceint son couteau. Il tenait à la main un petit pichet d'eau-de-vie. Sans parler, il passa devant Soudric et se dirigea vers la plage. Il allait lourdement, chaussé de sabots. Personneàle voir marcher ne l'aurait deviné si agile.

SOUDRIC i3i

Au bord du galet, il y avait une flaque de sable, remplacement d'un vieux cabestan.

Le sol y était bien battu. Valin dit :

— Je serons ben là...

— Tout de même ! fit Soudric.

Ils ôtèrent leurs sabots, se mirent pieds nus pour mieux tenir. Puis ils roulèrent leur vareuse autour de leur bras gauche afin de parer.

— Y sommes-nous ? dit Valin.

Ils s'attaquèrent. Tous deux étaient vigoureux, tous deux connaissaient les parades du couteau et les feintes du corps. Au bout de quelques minutes, d'un même mouvement ils bondirent en arrière. Et Soudric ayant levé la main pour demander la trêve, Valin alla prendre son pichet. Il le déboucha soigneusement, l'approcha de ses lèvres, but un long trait. Puis, se ravisant ;

— Et toi, Soudric, dit-il, as-tu soif ?

— Merci, c'est pas de refus..»

Valin tendit le pichet, et Soudric but au goulot. Il secouait la tête pour dire que l'eau-

l32 MARINS ET SOLDATS

de-vie était bonne. Et Valin, flatté de cette approbation d'homme riche, dit avec fierté :

— J'en^vons encore sept pichets pleins.

Mon père les a rapportés aut efois d'un voyage.

— Je crois que j'ons jamais bu de si bonne eau-de-vie, fit Soudric,.

Ils ne soufflaient plus. Ils revinrent aux couteaux.

Valin était le plus grand; mais Soudric se savait mieux nourri. Et il pensait qu'il résisterait plus longtemps que son adversaire.

Soudain comme il sautait en arrière pour engager Valin à se fendre tout découvert, son pied glissa, il tomba sur le dos. Déjà l'autre était sur lui. De la main gauche il tenait le bras droit; du genou droit il pesait sur la poitrine; au-dessus de la gorge il descendait le couteau.

— Ainsi soit-il ! dit Soudric. . -

Et il ferma les yeux.

Mais il sentit que la main et le genou se desserraient.

SOUDRIC 1 33

— Lève-toi, dit Valin, et va conter à l'aveugle ce qui est arrivé.

— J'irai, dit Soudric, et je l'appellerai mon père.

— A ta volonté', mais méfie-toi du vieux.

Valin s'assit sur les galets, et Soudric alla

vers la masure. Il souleva le loquet, entra sans frapper.

Quand il fut près de l'alcôve, le vieux demanda : .

— C'est té, not'fils ?...

— C'est mé, Soudric...

.— Et not' garçon ?

— Y a point d'reproche à lui faire.

Le menton du vieux trembla. Enfin il dit :

— Que qu'tu m' proposes ?

— Qu'tu viennes chéux nous, père Valin.

J' te. serai un second fils.

Le vieux porta la main à son bonnet de laine :

— Ecoute-moi, Soudric, dit-il. J'connaisla vie, j'sais comme Vous êtes, vous autres gens riches. Vous prenez un malheureux de bon

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cœur, vous lui dites : « Assieds-toi là, t'es chez toi. » Puis l'vieux gémit, il n'oublie pas ses chagrins. Alors il ennuie, et on le traite comme un mendiant. Moi, Soudric, j'ai travaillé tant que j'ai eu ma force ; après, je me suis confié à mon garçon. Je n'ai jamais rien demandé. Jure-moi qu'on ne me fera pas de misères chez toi...

— Je le jure...

— Ni ta femme ni tes enfants ?...

— Pas même eux...

— C'est bien, donne-moi la main, et je te croirai... Oui... ta main... Approche tout près... contre mon lit...

Soudric entra dans l'alcôve et prit la main du vieux. Mais, tout soudain, il poussa un cri et se jeta en arrière :

— Arrête, pauvre père, ne frappe pas...

De dessous le drap, le vieux avait sorti

u n épissoir.

Le saut avait mis Soudric hors de l'atteinte de l'aveugle. Il cria encore :

— Arrête, pauvre père, ton garçon vit. Je

SOUDRIC 1 35

Temmène, je lui donne une part dans ma barque. Nous naviguerons ensemble. Tu ne manqueras plus jamais de rien tant que tu vivras.

Et Soudric tint sa promesse jusqu'au bout, jusqu'au delà de la mort du vieux. Il maria Valin avec une de ses cadettes. En prenant de l'âge, il devint tous les jours plus patient et plus doux. Il mettait la paix entre les jeunes cousins. Il écrivit dans son testament que les fils de Valin navigueraient toujours avec les siens par moitié dans les parts. En souvenir du combat de couteaux, il ordonna qu'on sculpterait à la proue des barques un homme qui en tiendrait un autre terrassé. C'est un emblème qu'on voit encore sous le beaupré d'un bateau d'Islande.

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