LES FIANÇAILLES IO
jusqu'aux essieux dans la terre détrempée ; les hue !... dia !... du cocher couvraient la psalmodie du prêtre qui, dégoûté de la crotte, retroussait sa robe très haut, sur ses bas noirs.
Tout au bas du cimetière, une douzaine de fosses étaient creusées d'avance, pour les manants. On y arrivait en passant sur des vallonnements légers, où d'autres morts, sans fleurs, sans visites, dormaient jusqu'à la fin du temps qu'on leur donne pour se dissoudre.
L'un après l'autre, les quatre cercueils sortirent du fourgon. Et les simples qui étaient là attendirent la fin des prières, dites pour les leurs, puis'pour les deux inconnus, hommes, femmes, — qu'importe ? — que personne n'accompagnait. Ils regardaient, tout saisis, les bras tombés, les bouches ouvertes, debout, jusqu'à la dernière pelletée de terre. Ils ne s'en allèrent qu'après avoir vu planter sur les tas les petites croix de sapin.
MARINS ET SOLDATS. n
Au moment de franchir la grille, le matelot déclara :
— On n'peut pas s'quitter comme ça.
Vous ne me refuserez pas d'prendre quéqu' chose.
La Bretonne accepta par politesse. D'ailleurs, le cœur lui manquait.
Quand ils furent assis avec du vin dans leurs verres, l'homme demanda :
— Quel âge avez-vous ?
-r J'vas sur trente-trois ans.
Son visage crevé de fatigue en disait davantage.
Mais son corps était demeuré alerte et souple.
L'homme demanda encore :
— Vous n'avez que c'te fille-là ?
— J'ons un aut^e éfant d'deux ans qu'est resté en garde d'une voisine.
Elle avait vidé son verre. Le matelot le remplit une seconde fois. Puis, en détournant les yeux pour ne point l'embarrasser, il insinua :