LES FIANÇAILLES I I I
— Ça VOUS chagrinerait-t'y d'avoir deux éfants d'pus?
Elle le regarda pour percer sa pensée.
— ■ Gomment qu'vous m'proposezça ?
Il répondit, les yeux toujours détournés :
— Pour sûr, c'est pour vot^ bien et pour celui d'nos éfants.
Les yeux de la Bretonne se fixèrent sur la large poitrine, sur l'inscription de la vareuse: Louisiane.
Elle demanda :
— Quand qu'vous r'prenezla mer ?
— Sur la fin du mois. On aura tout juste l'iemps défaire venir les papiers.
11 ne voulait pas prononcer le mot de tt mariage », par pudeur, et de crainte d'un refus.
Mais c'était une proposition directe. Donc, il releva les yeux sur la Bretonne, la tâta de son regard clair.
Elle ne disait pas non. C'était un arrangement sage. Pourtant les ailes de la cornette tremblaient.
Alors, ému comme elle, par-dessus les verres, il lui tendit sa large main :
— Dites oui, fit-il. Et touchez là. Les deux, là-bas, dormiront pus tranquilles.
En souvenir de Thord,
Angamarre a une haute mine de matelot normand. Pesamment, le talon de ses bottes goudronnées sonne dans le couloir du presbytère. L'escalier est presque trop étroit pour l'envergure de ses épaules. Au premier, sur le seuil delà bibliothèque, le marin attend Touverture de la porte pour ôter sa casquette cirée.
Tout de suite le curé se lève de dessus ses livres. Il remarque que le visage de son visiteur est reluisant comme une pièce d'or. Il dit avec un sourire :
— Vous avez Pair joyeux, maître Angamarre... Quelle bonne nouvelle m'apportez-vous ?
Il6 MARINS ET SOLDATS
— Not' femme nous ont fait un garçon à nuit. J'venons pour causer du baptême.
— Ah !ah!... Gomment appellerez-vous cet enfant-là ?
— Comm' mé, Aldri !
— Et quels sont les parrain et marraine ?
— Ucompère c'est not' syndic, maît^ Hamelin. La commère, c'est la dame au premier adjoint.
Ces gens-là sont les plus considérables du pays. Angamarre énonce leurs noms d'un air avantageux.
Le curé dodeline de la tête :
— Quelle classe voulez-vous pour la cérémonie ?
— La première des premières... un* class' quasiment exprès... ainsi que cela se doit.
Le curé est devenu grave :
— C'est bien tout ce que vous désirez, maît' Angamarre ?
— J' véyons point aut' e chose...
Alors le prêtre se lève. Sa main gauche