‹ Marins et soldatsChapitre 8 sur 11 · LE DÉPART DU FILS I · texte numérisé non relu

LE DÉPART DU FILS I

de hanches, les circuits de sa bille sur le drap du billard. Il ricochait avec elle d^une bande à l'autre, baissait la tête comme un homme assommé quand les ivoires ne se rencontraient pas.

La répétition de cette plaisanterie n'en épuisait point le succès. Chaque fois elle soulevait des rires énormes.

Le patron s'était levé pour me servir.

Je lui demandai :

— Vous avez des clients bien gais ?

Il répondit:

— Ce sont des jeunes gens de Saint- Romain qui reviennent d'une permission dans leurs foyers. On va les diriger sur Toulon; ils partent pour le Tonkin, la semaine prochaine. Ça leur fait deuil à ces garçons ! Le paysan n^est pas très voyageur par ici ; puis, on n'est pas sûr de trouver du cidre là-bas, et c'est un crève-cœur pour des Normands.

Le gros homme retourna à son comptoir, roulant son ventre, traînant ses savates sur le carreau sablé.

Sur l'ordre des buveurs, le garçon venait démonter de la cave une bouteille de calvados, un litre de derrière les fagots. On le vida tout entier, en une tourne'e, dans les tasses de café éparpillées sur les tables. Et sitôt que l'alcool fut passé dans les veines, le tapage reprit, décuplé, si formidable que je ma levai pour sortir.

Quelqu'un du côté delà rue tenait le bouton de la porte.

Je soulevai le rideau et vis une femme de campagne qui se tenait sur le seuil, hésitant à Fenirée.

C'était une de ces vieilles en cape noire, à bonnet de veuve, tuyauté en cornette de bonne sœur, comme on en rencontre par centaines dans les marchés de bourgs , aux foires , aux assemblées du pays de Caux,

Elle portait sur ses bras un lourd panier de provisions. Elle s'appuyait de l'autre main à un parapluie de cotonnade.

Le patron vint lui ouvrir.

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