SCÈNE II
Les Precedents, LE MARQUIS DE SAVERNY.
BRICHANTEAU, allant à Saverny.
Mon cousin Saverny! — Hé bien, as-tu trouvé L’homme qui des larrons l’autre nuit t’a sauvé?
SAVERNY
Non. Par la ville en vain je cherche, je m’informe. Les voleurs, le jeune homme, et Marion de Lorme, Tout s’est évanoui comme un rêve qu’on a.
BRICHANTEAU
Mais tu dois l’avoir vu quand il te ramena Comme un chrétien tiré des mains de l’infidèle?
SAVERNY
Il a d’abord du poing renversé la chandelle.
C’est étrange.
GASSÉ.
BRICHANTEAU
Pourtant tu le reconnaîtrais En le rencontrant?
SAVERNY
Non. Je n’ai point vu ses traits.
Sais-tu son nom ?
BRICHANTEAU
C’est un nom de bourg
ROCHEBARON.
Ce n’est pas un nom d’homme eois.
SAVERNY
C’est Didier qu’il se nomme.
Beaucoup, qui sont de race et qui font les vainqueurs,
Ont bien de plus grands noms, mais non de plus grands cœurs. Moi, j’avais six voleurs, lui, Marion de Lorme;
Il la quitte, et me sauve. Ah! ma dette est énorme!
Et je la lui paîrai, je vous le jure à tous,
De tout mon sang!
V1LLAC.
Vos dettes ?
Marquis, depuis quand payez-vous
SAVERNY, fièrement.
J’ai toujours payé celles qu’on paie Avec du sang. Mon sang, c’est ma seule monnaie.
La nuit est tout à fait tombée. On voit les fenêtres de la ville s’éclairer l’une après l’autre. — Entre un allumeur, qui allume un réverbère au-dessus de l’écriteau et s’en va. — La petite porte par laquelle sont entrés Marion et Didier se rouvre. Didier en sort rêveur, marchant lentement, les bras croisés dans son manteau.