ACTE II. — LA RENCONTRE
DIDIER, à part.
C’est mon homme !
Il s’avance à pas lents, l’œil fixé sur les gentilshommes, et vient s’asseoir à une table placée sous le réverbère qui éclaire l’écriteau, à quelques pas de L’Angely, qui demeure aussi immobile et silencieux.
BOUCIIAVANNES, à Saverny qui se retourne.
Connaissez-vous l’édit?
SAVERNY
Quel édit ?
De renoncer au duel?
BOUCIIAVANNES.
Qui nous somme
SAVERNY
Mais, c’est très sage.
BRICHANTEAU
Sous peine de la corde.
Oui, mais
SAVERNY
Ah! tu railles! — Jamais.
Qu’on pende les vilains, c’est très bien.
BRICHANTEAU, lui montrant l’écriteau.
Lis toi-même.
L ’édit est sur le mur.
SAVERNY, apercevant Didier.
Hé! cette face blême
Peut me le lire.
A Didier, haussant la voix.
Holà ! hé ! l’homme au grand manteau !
L’ami! — Mon cher! —
A Brichanteau.
Je crois qu’il est sourd, Brichanteau.
DIDIER, qui ne l’a pas quitté des yeux, levant lentement la tête.
Me parlez-vous?
SAVERNY
Pardieu! — Pour récompense honnête, Lisez-nous l’écriteau placé sur votre tête.
Moi?
DIDIER
SAVERNY
Vous. Savez-vous pas épeler l’alphabet?
DIDIER, se levant.
C’est l’édit qui punit tout bretteur du gibet,
Qu’il soit noble ou vilain.
SAVERNY
Vous vous trompez, brave homme.
Sachez qu’on ne doit pas pendre un bon gentilhomme;
Et qu’il n’est dans ce monde, où tous droits nous sont dus, Que les vilains qui soient faits pour être pendus.
Aux gentilshommes.
Ce peuple est insolent !
A Didier, en ricanant.
Vous lisez mal, mon maître!
Mais vous avez la vue un peu basse peut-être.
Otez votre chapeau, vous lirez mieux. Otez!
DIDIER, renversant la table qui est devant lui.
Ah! prenez garde à vous, monsieur! vous m’insultez. Maintenant que j’ai lu, ma récompense honnête Il me la faut! — Marquis, c’est ton sang, c’est ta tête!
SAVERNY, souriant.
Nos titres à tous deux, certes, sont bien acquis.
Je le devine peuple, il me flaire marquis.
DIDIER
Peuple et marquis pourront se colleter ensemble ! Marquis, si nous mêlions notre sang, que t’en semble?
SAVERNY, reprenant son sérieux.
Monsieur, vous allez vite, et tout n’est pas fini.
Je me nomme Gaspard, marquis de Saverny.