L’AFFLICTION
Quoique René vît quelquefois sa filleule, il ignorait ce qu’était devenue Mariquita. Félicie, sans trop comprendre pourquoi on lui recommandait de se taire, avait gardé fidèlement le secret. René, après avoir fait d’inutiles recherches, ne savait donc où retrouver celle qu’il avait perdue. Il se souvint qu’attirée par sa dévotion toute particulière à la Vierge, elle allait souvent à Notrc-I)amc-des-Vicloires : « C'est là que je la » rencontrerai, » se dit-il ; et caché derrière un pilier il faisait de longues et fréquentes stations dans l’église, jetant de tous côtés des regards curieux. Un soir il aperçut dans un confessionnal une jeune fille; il crut reconnaître Mariquita. C’était elle, en effet; il attendit; et quand, après avoir prié, elle sortit de l’église, il la suivit.
l’affi.iction.
« Mariquita! » dit- il en la rejoignant. Elle se retourna au son de sa voix, et s’arrêtant : « Quoi ! c’est » vous encore, Monsieur de Clerfond ! Que ine voulez- » vous?» S’il avait fait jour, René aurait pu voir qu’elle rougissait et qu’il y avait sur sa ligure plus de tristesse que de colère. « Oui, c’est encore moi. De grâce, dai- » gnez m’écouter. » Elle se remit à marcher lentement. « Oh! si vous saviez combien je souffre, vous » auriez compassion de moi. Je ne vous demande pas » de me pardonner aujourd'hui ; Iaissez-moi seulc- » ment espérer qu’un jour viendra où vous tiendrez » compte de mon repentir, où vous n’aurez plus de » ressentiment contre moi. Vous ne voulez pas répon- » dre? — Je n’ai pas de ressentiment contre vous, dit » Mariquita; mais pouvez-vous vous étonner si je » désire éviter votre présence? Ai-je besoin de vous » rappeler le passé? Que vous n’ayez pas senti tout le » mal que vous me faisiez, je veux le croire ; peut-être » n’était-ce pour vous qu’un jeu : mais en ai-je été » moins malheureuse? Que de fois vous m’avez fait » souffrir ! Vous parlez de compassion : en avez-vous » eu pour moi? Quelle épreuve m’avez-vous épar- » gnée? Mon repos troublé, ma réputation ternie, » voilà votre ouvrage : vous le savez aussi bien que » moi. Mais ce que vous ne savez pas encore, Monsieur
l'affliction.
» de Clerfond, c’est que lamaison qui m’avait accueillie » m’a repoussée à cause de vous, comme si j’apportais » l’opprobre avec moi. J’ai eu beau frapper à d’autres » portes, elles sont restées fermées. Je me suis fait » ouvrière, pour n’avoir pas à mendier. Ne devez- » vous pas être satisfait? Voulez-vous donc, pour » cesser de me poursuivre, attendre que vous m’ayez » réduite au dernier degré de la misère ? »
René, comme accablé de ce qu’il venait d’apprendre, demeura un instant silencieux. « Oui,» reprit-il avec émotion, « je le reconnais, vous avez le droit de m’ac- » cuser. Cependant, je vous le jure, le mal que j’ai » causé, je l’ai causé involontairement. N’importe, je » me reconnais coupable ; je me repens ; mais ce » n’est pas assez que je me repente, il faut que je » cherche à réparer mes torts. Est-il juste que vous » soyez victime de mes fautes? Je ne puis supporter * » l’idée que vous ayez à lutter contre la misère. Vous » avez du courage, je le sais; mais les forces d’une » femme ne répondent pas toujours à son courage.
» Pcrmettez-moi de travailler pour vous: »
Mariquila le regarda comme si elle n’avait pas compris ce qu’il voulait lui dire. « Je n’ose plus, con- » linua-t-il, faire appel à des sentiments aujourd’hui «disparus. Mais consultez, sinon votre cœur, du
l’affliction.
» moins votre raison. Pouvez-vous, je vous le demande, » envisager sans crainte l’isolement ? Sans fortune, » sans appui, à la merci de tous les accidents, quelle » serait donc votre existence ? Il vous faut un soutien. » Oh ! Mariquila, j’ai si peu songé à vous nuire, que » mon unique vœu est de vous consacrer ma vie tout » entière. Si votre réputation a eu à souffrir de mes » imprudences, qui oserait encore vous soupçonner, » quand on m’aura vu solliciter votre main ? » Mariquita secoua la tête. « Oh ! ne dites pas non. Sou-
■ » mettez-moi à toutes les épreuves que vous voudrez : » j’attendrai tant qu’il vous plaira, six mois, un an, » davantage encore s’il le faut ; mais que j’emporte » seulement l’espoir que vous ne me repousserez pas » toujours et que vous ne me condamnerez pas au » remords.
. » — Monsieur de Clerfond , répondit Mariquita,
» j’ignore quelle est l’existence qui m’attend. Il est » possible, en effet, que je trouve quelquefois la vie » bien lourde. Je ne me dissimule nullement, combien » de difficultés peuvent assiéger une jeune fil le qui, » comme moi, n’a plus d’amis ni de parents. Mais ce » que je me dissimule encore moins, ce sont les inévi- » tables regrets qu’une femme doit éprouver quand » elle en vient à reconnaître , mais trop tard, qu’il n’y
l’affliction.
» a pas entre elle et son époux cet accord de pensées » et de-sentiments sans lequel le mariage n’est à mes » yeux qu’un supplice de tous les jours, de toutes les » heures. J’en ai vu assez pour comprendre que nos » caractères ne se conviennent pas ; il n’existe entre » nous aucune communion d’idées et de croyances : » pourquoi vous obstiner à une inutile poursuite?
» — Que vous ôtes inexorable ! » reprit René avec amertume. « Quoi ! ne me laisser pas môme une » ombre d’espérance ! Est-ce que je vous demande de » me croire aveuglément, de me rendre tout de suite » votre estime et votre affection ? Non. Je vous supplie » de tenter une dernière, une suprême épreuve, et y vous ne le voulez pas ! Mais où donc avez-vous pris » tant de rigueur? Ah ! ce n’est pas dans votre reli— » gion ; car votre religion a des pardons pour tous les » repentirs sincères. Il y a trois jours , dans cette » môme église d’où vous sortez , j’étais venu le soir » pour vous attendre. Un prêtre à cheveux blancs est » monté en chaire ; je l’ai écouté : que n’étiez-vous là » dans l’auditoire, car c’est à vous surtout qu’il aurait » parlé ! Savez-vous ce qu’il disait : Tu ne dédaigneras » point un cœur contrit et humilié, a-t-il répété plu- » sieurs fois en s’adressant au Christ placé devant lui. » Eh bien ! moi je vous apporte un cœur contrit et
l’affj.iction.
» humilié, et vous me repoussez ! Mais vous ôtes donc » plus implacable que votre Dieu? Car enfin si j’allais, » comme vous l’avez fait vous-même tout à l’heure, » si j’allais me jeter aux pieds d’un de ses ministres, » eussé-je à lui révéler des crimes sans nombre, je me » relèverais, comme vous, absous et justifié. Vous » m’avez reproché quelquefois d’être un indifférent, » un incrédule. Mais je me rappelle encore la prière » que j’apprenais, tout enfant, sur les genoux de ma » mère : Pardonnez-moi comme nous pardonnons. » L’avez-vous oubliée, cette prière, ou ne la récitez- » vous plus que du bout des lèvres ? Non; n’essayez » pas de me faire croire à je ne sais quels sévères prin- » cipes qui ne vous permettent pas d’unir votre sort » au mien. Dites plutôt, dites que vous n’avez pour » moi que de l’aversion et de la haine ; car si vous ne » me détestiez, est-ce que vous n’auriez pas eu quelque » indulgence ?
» — Monsieur de Clcrfond, dit Mariquita, je vous ai » pardonné, mais n’attendez rien de plus. A quoi bon » continuer cet entretien? Je vous en prie, laissez- » moi seule ; voulez-vous me faire supposer que vous » cherchez à me persécuter?
» — Je vous obéis, Mademoiselle, répondit René. » Je vais vous délivrer d’une présence qui vous est
l’affliction.
» odieuse. Adieu. » Il quitta la jeune fille; mais revenant aussitôt sur ses pas: « Je ne sais, » dit-il d’une voix émue, « si je vous reverrai jamais ; mais rappc- » lez-vous que vous n’auriez qu’à dire un mot.elquand » même je serais au bout du monde, j’accourrais. Oui, » j’accourrais.. Ah ! si vous aviez été moins inflexible, » Mariquita... » Et il s’éloigna rapidement.
Explique qui le pourra les mystères et les contradictions du cœur humain. Mariquita avait été sincère en exprimant à René le désir de ne plus le rencontrer ; et pourtant, tandis qu’il s’éloignait, elle le suivait des yeux; et lorsqu’elle le vit se perdre dans l’obscurité, elle fut sur le point de le rappeler. Tant qu’elle entendit ou crut entendre le bruit de ses pas , elle resta immobile ; puis regardant autour d’elle : « C’est donc ici que la séparation aura été consommée, » dit-elle avec un profond soupir. « Je n’oublierai plus » la place où je viens de le voir pour la dernière fois. » Hélas ! il m’a semblé un instant retrouver en lui » l’accent des premiers jours. » Et pour écarter les regrets, elle dut se faire à elle -môme, ce soir-là, l’énumération de tous les torts de René.
René n’essaya plus de revoir Mariquita. Mais le cœur toujours plein de colère il cherchait à découvrir l’indigne camarade auquel devait être attribuée la
l’affliction.
lettre, cause première de la rupture. Les caractères, nets et corrects, indiquaient une main qui n’avait pas songé à se déguiser.
« Mais j’ai vu quelque part une écriture comme celle- » là, »se dit René; et à force d’interroger ses souvenirs, il crut se rappeler qu’il y avait quelque chose d’approchant parmi les modèles de calligraphie qu’un écrivain public de la rue des Grés exposait sur son échoppe. Muni de la lettre, il n’attendit pas une minute de plus pour aller vérifier si ses souvenirs étaient exacts, et il se convainquit qu’ils l’étaient en effet. Mais il ne suffisait pas de connaître la main qui avait tracé les caractères. « L’artiste en écriture, dit René, a mis sur » son enseigne: Au tombeau des secrets. Mais bah! » je viendrai peut-être à bout de le faire parler. Usons » d’adresse. »
« Mon brave homme, dit-il en entrant, voudriez- » vous écrire l’épitre que je vais vous dicter ?» L’écrivain était un petit vieillard souriant et tout guilleret, et qui, malgré la pompeuse promesse affichée au-dessus de la porte, paraissait d’humeur assez loquace. II prit une de ses plus belles feuilles de papier, sa meilleure plume. René lui dicta une lettre qui n’était guère qu’une seconde édition, revue et augmentée, de celle qu’avait déjà reçue Mariquita. Tout en écrivant, le vieil-
l’affliction.
lard souriait de l’air d’un homme à qui des souvenirs reviennent. Quand il eut fini: « C’est très-bien, dit » René, qui l’avait observé attentivement. Tenez, » voilà pour votre peine. » Et il jeta cinq francs sur la table. Une telle munificence aurait rendu bavard un muet. L’écrivain se confondit en remerciments. «Je vous en ferai peut-être encore gagner autant, » ajouta René. Nous sommes cinq ou six camarades » qui nous amusons aux dépens d'un nigaud d’étudiant » qui veut faire avec nous le mystérieux au sujet de sa » Dulcinée. Du reste,» continua-t-il avec un air d’indifférence tout en pliant la lettre, « ce n’est pas la pre- » mière fois que nous nous donnons ce plaisir. — A » qui le dites-vous? s’écria le veillard ; je dois bien le » savoir, puisqu’on s’est déjà servi de ma main. — » Ab ! vraiment? J’en suis bien aise. Mais quel est » donc celui de mes camarades qui a eu recours à » vous ? Peut-être est-ce Galéas. — Ma foi, je ne sais » pas son nom ; mais c’est un brun, déjà chauve, avec » des moustaches. » Et il lui donna un signalement assez exact pour qu’il fût difficile de s’y tromper.
« Ab ! je le tiens à la fin ! dit René en sortant; mes » soupçons ne m’avaient pas trompé. C'est Frédéric. Et » dire que j’avais fait mon ami d’un coquin de celte es- » pèce ! Nous aurons un fier compte à régler ensemble,
l’affliction.
» Frédéric. Ta n’auras pas à te féliciter de t’être joué de » moi. Tout viendra dans son temps. Patience, tu ne » perdras rien pour attendre. Ah ! le scélérat ! »
Les projets de vengeance de René faisaient une diversion à son chagrin. Quantà la pauvre Mariquita, elle n’avait rien qui pût la distraire de ses pensées. Les travaux à l’aiguille exercent les doigts ; mais ils n'occupent guère l’esprit. Aussi, quoiqu’elle ne se relâchût pas une seule minute de sa tâche, les souvenirs qu’elle essayait d’écarter revenaient obstinément. Elle songeait à cette année pleine tour à tour de promesses et de déceptions, de joies et de tristesses. Elle se répétait souvent qu’il avait été nécessaire de rompre, comme si elle avait voulu mieux se persuader de la nécessité de cette rupture. Le creur n’est pas toujours d’accord avec la raison. Parfois Mariquita, quitte à se reprocher ensuite sa faiblesse, se surprenait à regretter que René n’eût pas su mieux dissimuler ses défauts. « Oh ! si j’avais pu ignorer ses torts ! » murmurait-elle tout bas.
Un soir, tandis qu’elle travaillait, quelqu’un entra chez elle. La demi-obscurité que l’abat-jour de la lampe répandait dans une partie de la chambre ne lui permit pas de reconnaître tout de suite ce visiteur inattendu ; mais quand il se fut approché : « Mon-
i.’affmctiox.
» sieur Gérard! s’écria-t-elle d’un ton joyeux; quel » 'bonheur de vous revoir ! » Et elle lui tenditlaniain.il la prit, mais avec une sorte d’hésitation cérémonieuse ; il n’avait pas cet air jovial et ouvert qui lui était habituel. Jamais, pas même sans doute quand il était appelé pour rédiger un testament, jamais le notaire ne s’était montré avec un visage plus grave et plus solennel.
« Savez-vous, » lui dit-elle quand elle l’eut fait asseoir , « que je me plaignais de vous , Monsieur v Gérard ? Voilà bien longtemps que je n’ai eu de vous » une seule ligne; j’en arrivais à croire que vous » n’aviez pas reçu la lettre où je vous donnais ma » nouvelle adresse. » Il s’excusa sur ses occupations nombreuses; d’ailleurs, comme il se proposait de venir à Paris, il avait jugé inutile d’écrire. Mais il disait tout cela si froidement, il paraissait si mal à l’aise que Mariquita ne put s’empêcher de le regarder avec quelque surprise. « Oui, » continua-t-il après avoir toussé deux ou trois fois, «j’avais besoin do » faire le voyage de Paris, un peu pour mes propres » intérêts... Rien ne me pressait cependant ; j’aurais » encore pu remettre. Mais M lle Aurore m’a prié si » instamment de partir pour traiter une affaire qui lui » lient au cœur... A vrai dire, j’aurais mieux aimé
l’affliction.
» qu’elle chargeât de la négociation une autre per- » sonne que moi. Mais elle m’a dit qu’elle attendait ce » service de ma vieille amitié; que d’ailleurs je vous
» connaissais...
» — S’agirait-il donc de moi ? » dit Mariquita en pâlissant légèrement. «Que me veut M" 0 Aurore? — Ce » qu’elle veut? En un certain sens c’est assez difficile » à expliquer. Pourtant elle y a réfléchi mûrement. » Enfin voici la chose. M ,le Aurore sait que vous n’êtes » pas riche, que vous travaillez pour vivre. Elle a » pensé que peut-être... Elle s’est dit qu’une somme » un peu ronde vous tirerait d'embarras... Bref, je » suis chargé par elle de vous offrir dix mille francs.
» — A moi dix mille francs ! et de la part de M" 8 Au- » rore ! Parlez -vous sérieusement? — Oui, très- » sérieusement ; et même, pour vous le dire tout de » suite, » ajouta-t-il en rapprochant sa chaise et en baissant la voix, « je suis autorisé, le cas échéant, à » aller s’il le faut jusqu’à quinze mille francs.
» — Quinze mille francs ! » reprit Mariquita de plus en plus étonnée. « Mais qu’est-ce que cela signifie ? » Car enfin M lle Aurore ne m’aime point, et je ne com- » prends pas comment, tout à coup et sans raison, elle » se prend pour moi d’intérêt. Expliquez-vous, Mon.i » sieur Gérard.
i-’affmction.
» — M 11 ® Aurore ne vous aimait pas beaucoup, j’en » conviens. Je n’ose dire qu’elle vous aime davantage » aujourd’hui. Elle n’est pas femme, vous le savez » comme moi, à jeter son argent par la fenêtre. Pour- » tant, je dois le reconnaître, elle a une raison pour » vous faire celte offre, mais elle y met une condition.
» — Quelle condition ? — Mon Dieu ! elle voudrait » vous voir retourner dans votre pays, au Chili. Si » vous y consentez, c’est à Valparaiso que vous rece- » vrez la somme promise ; mais en attendant vous » aurez toutes les garanties désirables.
» — Et qu’importe à M lle Aurore,» dit Mariquita avec un peu d’irritation, « que je sois ici ou au Chili? » Éloignée d’elle comme je le suis, est-ce que je la » gène? Qu’elle me haïsse tant qu’elle le voudra; » mais trouve-t-elle donc la France trop petite pour » nous contenir toutes les deux ?
» — Si vous n’étiez que vous deux , reprit M. Gé- » rard, assurément cela ne la générait pas. Mais il y a » une troisième personne à laquelle elle songe : elle a » un neveu, et ce neveu habite Paris, vous le savez » bien. »
Mariquita ne put s’empêcher de rougir et de baisser les yeux. Puis avec un peu d’hésitation : « Que M. de » Clcrfond et mci nous habitions en môme temps
l’affliction.
» Paris, si nous ne nous voyons pas, de quoi doncs’in- » quiète M lle Aurore ? Cette ville est assez grande pour » que deux personnes y puissent vivre sans jamais se » rencontrer, surtout si elles ne veulent pas se ren- » contrer. »
M. Gérard ne put retenir une sourde exclamation et lit un geste d’impatience ; son front plissé attestait du mécontentement; scs regards étaient fixés sur la jeune fille, comme s’il avait voulu lire jusqu’au fond de son cœur. Elle se sentait embarrassée. « Il m’en » coûte beaucoup , Mademoiselle , de ne pouvoir * » accepter votre réponse comme exacte ; je voudrais » vous croire ; Dieu sait que fort longtemps je me serais » reproché de douter d’une seule de vos paroles ; mais » vous ne pouvez vous étonner si je suis devenu malgré » moi défiant. Il faut que je vous parle à cœur ouvert, » sans réticence. A quoi bon nier ce que chacun sait, » ce qui est incontestable ? Depuis votre arrivée à » Paris vous avez vu René, non pas une fois ni par » accident; mais vous faisiez de lui votre société habi- » tuelle ; vous alliez au bois ensemble ; vous passiez » ensemble une partie de vos journées. Cela n’est plus » un mystère pour personne ; on en a eu la preuve ; » René lui-même en a fait indirectement l’aveu. Je ne » veux pas me plaindre qu’en m’écrivant vous ne
l’affliction.
» m’ayez point soufflé mot de vos relations : quand on » se cache des gens, c’est que sans doute on a quelque » bonne raison de se cacher. J’ai refusé longtemps » d’ajouter foi à tout ce que l’on me débitait sur vous, » sur Itené ; mais il a bien fallu me rendre à l’évidence, » et reconnaître à la fin, avec tout le monde, que mal- » heureusement les apparences au moins justifiaient les » dires de M llc Aurore, quand elle assurait... Mais bail ! » laissons ce sujet de côté.
» — Quand elle assurait, quoi? Achevez, Mon- » sieur Gérard.
» — Non, je vous en prie, » dit le notaireen secouant la télé. « Tout cela me fait vraiment trop de peine.
» — Vous vous êtes trop avancé pour vous taire main- » tenant. Parlez, je le veux, je l’exige, » dit Mariquila avec un accent tout à la fois inquiet et impérieux. Elle était debout, frémissante ; ses yeux attachés sur M. Gérard l’interrogeaient avec anxiété; mais tandis qu’elle attendait la réponse, son cœur battait violemment.
« Eh bien ! quand vous êtes partie, elle disait (il me » répugne de répéter ces choses-là, mais c’est vous qui » le voulez), elle disait » et il laissa tomber sa voix, « que vous seriez la maîtresse de René. »
Mariquila chancela comme frappée d’un choc imprévu. Il lui semblait que son cœur allait se briser;