‹ Marius et Jules César: leurs monuments dans la GauleChapitre 2 sur 7 · CAMP · texte numérisé non relu

CAMP

Ac^OR, L'INOX

du camp de Marias, n^élait autre que le rempart, le mur d'enceinte de Glanum (1 ) ?

Il n'est pas difficile de répondre à celte objection. Tous ceux qui ont» comme nous, longtemps habité Saint-Remy, savent qu'on n'a jamais trouvé des quantités de médailles, de bijoux et d'objets précieux, autre part qu'au fond du torrent qui est à l'entrée de la gorge des Alpines, quoiqu'on aperçoive çà et là quelques vestiges d'habitation , sur le bord de la route, entre Glanum et les Antiquités ; ce qui prouve que, loin de s'étendre sur tout le plateau, Glanum occupait seulement la partie supérieure de la gorge où l'on voit encore, dans le roc entaillé, l'emplacement des quelques maisons dont se composait cttte petite bourgade (2).

Glanum n'a jamais été une ville fortiOée, mais un emporium, un marché où Saliens et Cavares venaient échanger leurs produits. Une ville fortifiée n'aurait pas été bâtie à l'un des angles, mais plutôt au centre de cette immense surface. Le mur d'enceinte n'aurait pas embrassé un périmètre aussi grand, lequel ne pouvait être défendu que par une armée considérable ; il aurait été élevé au moins à hauteur d'appui, bâti sur des fondations, en matériaux de fort appareil, et non en moellons smillés, et il aurait embrassé toute l'enceinte au lieu de n'en circonscrire qu'une partie (3) .

Ce mur est donc un camp retranché; son mode de

(1) « Le rempart de Glanum suivait les bords du torrent. » Stoi., iM.

(2) nnd.

(3) Ceux qui pensent que ce mur était Tencein te de Glanum, reconnaissent par là que le Mausolée n'était pas un tombeau ; la loi des Douze Tables défendant d'enterrer ni de brûler les morts dans Tenceinte des villes, a hominem in urbe ne sepelito neve urito. » Ne, ajoute Paulus, « funestarentur sacra civitatis. » Lib. i, Sentences^ titre 21.

construction, Texiguitéde son front d'attaque, qui forçait Marius à placer ses cohortes les unes après les autres sur le parapet, pour les accoutumer à la vue des Barbares, et enfin, sa position sur la route que ceux-ci devaient forcément suivre , prouvent que c'est évidemment là le dernier camp dans lequel Tarmée romaine attendit les Barbares.

On a cru reconnaître dans un long boyau voûté, qui est à Test et en dehors du camp, entre le torrent des Antiquités et rétablissement de Saint-Paul, un aqueduc ou plutôt un égout de Glanum ; mais outre que cet ouvrage est en dehors de l'enceinte et à un niveau considérablement inférieur à celui de la ville, il n'est pas difficile de reconnaître à la grosseur des blocs dont les murs sont formés, qu'on est en présence d'un monument romain, dans le genre de celui de C. Publicius (1), ou plutôt d'un ouvrage celtique, ainsi que le prouvent les kelié et les lances en silex, trouvés mélangés avec des objets romains, par un élève en médecine attaché à l'établissement de Saint- Paul-

Le camp de Glanum était alimenté à l'est par les eaux du vallon de Saint-Clergue, qui coulent actuellement dans un aqueduc en maçonnerie ordinaire, bâti pour l'usage du couvent de Saint^Paul-des-Mausoles. Ces eaux arrivaient alors naturellement dans le torrent des Antiquités , d'où elles étaient déviées , pour le service du camp. dan« un petit aqueduc en pierre de taille qu'on voit au pied extérieur du mur, et qui pénétrait même dans l'enceinte fortifiée par des ouvrages existant encore.

Il était alimenté à l'ouest par les eaux du vallon des

(1) PiRAMBsi, t. II, plan., 2, 3, 4 et 5.

Chaudrons, qui coulaient naturellement dans le lit du torrent ; mais il est facile de reconnaître que Marins se préparait à faire un barrage, pour en surélever le niveau et les faire remonter jusqu'à la partie supérieure du camp.

On voit, en effet, à Feutrée de l'étroite gorge de cette vallée qu'on nomme les Chaudrons, un commen6ement d'entaille double faite de chaque côté du rocher, destinée à recevoir un barrage en maçonnerie pour emmagasiner et surélever les eaux, ainsi que l'ébauche d'un canal aussi creusé dans le roc dans toute la longueur de la gorge, et jusqu'en face du mas de Vidau.

Ce travail, à peine commencé lorsque Marins quitta le camp de Glanum , fut abandonné en Tétat où nous le voyons et n'a jamais été terminé, malgré l'affirmation contraire de quelques écrivains.

M. de Lagoy, dans une dissertation imprimée en 1834, pense que cet aqueduc était destiné aux usages de la ville de Glanum : « On aperçoit, dit-il, dans les rochers, les c traces de constructions qui prouvent avec évidence que a plusieurs des vallons plus élevés avaient été fermés par tf une double muraille pour retenir les eaux et former de « vastes réservoirs à l'usage et à l'agrément des habi- « tants (1). »

H. de Gasparin , dans son Cours complet d^AgricuU ture [t] 9 parle aussi de ce barrage comme ayant réellement existé, et d'autres écrivains, convaincus par l'autorité de ce grand nom , sont allés jusqu'à citer le barrage de Saint-Remy comme moyen de se procurer des eaux d'arrosage.

(1) DeseripHon de quelques médailles inédites^ 1834, p. 23.

(2) T. I« p. 447 et 8, et Statistique, t. II, p. 1143.

Mais il est facile de reconnaître que le barrage et Taqueduc n'ont jamais été acbeyës ; que ses eaux ne pouvaient arriver à Glanum , placé à un niveau beaucoup plus élevé(210 mètres environ] et qu'elles étaient, au contraire, destinées à alimenter la partie supérieure du camp de Marius (1).

Si les habitants de Glanum avaient voulu amener des eaux dans leur ville, ils n'auraient pas choisi celles de la gorge des Chaudrons, mais plutôt celles du vallon de Sain t- Clergue, qui ne tarissent jamais, sont plus rapprochées , plus abondantes et à un niveau plus élevé. C'est à Saint- Clergue qu*ils auraient établi leur barrage et construit leur dérivation , et non aux Chaudrons, où l'eau manque une partie de l'année.

Quoi qu'il en soit, la seule vue des lieux prouve que le mur d'enceinte , le petit aqueduc qui est à ses pieds , le réduit, et les travaux du val des Chaudrons sont de la même époque et ne peuvent appartenir qu'au dernier camp de Marius.

L'enceinte de Glanum n'était pas un camp retranché comme celui des Baux , mais un simple plateau entouré d'un léger mur, défendu par le lit du torrent qui lui servait de fossé de ceinture ; et comme ce mur ne dépassait pas la hauteur du sol , les soldats des deux armées pouvaient se voir de près et échanger des bravades , comme le dit Plutarque , puisqu'ils n'étaient séparés les uns des autres que par la largeur du lit du torrent qui ne devait pas être alors de plus de huit ou dix mètres.

La situation exceptionnelle de ce camp prouve avec

(1) Uabbé Lamy, p. 23, reconnaît que cet aqueduc dirigeait ses eaux du côté des deux monuments.

quelle sagacité ce poste d'observation avait été choisi ; il était dans un delta défendu de trois côtés par les eaux des Fosses-Mariennes ; ses subsistances étaient assurées, par mer, au moyen de ces fosses, et du côté de la terre parles bateliers utriculaires qui naviguaient sur la Durance ; il était le passage obligé pour les Barbares allant d'Espagne en Italie ; il faisait face, au nord, à une grande plaine où les Barbares pouvaient camper (1) ; il était à cheval sur la voie Àurélienne qui le traversait de Test à Touest, et enfin il était au plus près des Baui où étaient les approvisionnements et le camp fortifié, retraite inexpugnable pour l'armée romaine en cas de revers.

Hais ce camp, ainsi placé au pied des Alpines, ne laissait-il pas ouverte la route de Saint-Gabriel, du port et du camp de refuge de l'armée romaine? Les Barbares ignoraient probablement l'existence de l'un et de l'autre ; mais l'eussent-ils connue, Tattaque de Saint-Gabriel n'aurait pas été sans péril, le port se trouvant, par rapport à Saint-Remy, dans une impasse au fond d'une manche longue de 16 kilomètres, resserrée entre les Alpines et les marais. Admettons cependant qu'ils eussent eu l'imprudence d'attaquer ce port et la chance heureuse de s'en emparer, ils nauraieut pas pour cela intercepté les communications de Marius avec la mer, ni empêché ses approvisionnements d'arriver, la profondeur des eaux permettant aux navires de naviguer sur toute la surface des immenses étangs formés par les Fosses-Mariennes, et d'accoster sur bien des points depuis Saint-Gabriel jusqu'à Mouriês.

L'attaque du camp des Baux présentait encore plus

(1) « Magna planitie castris occupata. » Plutarqce.

de difficultés ; les Barbares y auraient couru les mêmes dangers» et Tarmée romaine, sur une simple démonstration, pouvait s'y rendre directement, à Tabri de toute poursuite, par le chemin de Maussane, par le vallon du mas des Gros et par celui de 6au-6esse.

Enfin le bas de la vallée nord, par où pouvait avoir lieu l'attaque des Baux, au quartier du bois de Guerre, porte encore le nom de Vau-Mouirane (Fa//is Mariana) (1),et Ton voit sur les bords du chemin rural récemment ouvert de Saint-Remy au Mas-Blanc, un amoncellement de débris de poteries qui ne peut être attribué qu'à un établissement militaire placé là comme poste d'observation pour surveiller rentrée de la gorge , la défendre et donner l'alerte à l'armée romaine pour qu'elle se portât, par les sentiers que nous avons désignés, à la défense du camp des Baui si les Barbares faisaient mine de l'attaquer.

Ce dernier camp de Glanum était à proximité des terrains les plus fertiles que Narius faisait cultiver par ses soldats, ainsi que le souvenir s'en est conservé par le nom qu'ils portent encore de nos jours.

On donne, en effet, le nom de Caïou à toute la ligne de faite des terres d'alluvion du Rhône et de la Durance qui s'étendent de l'est à l'ouest depuis le Breuil, passant par Haillane, jusqu'à Eyragues.

Ces terres sont les plus riches de la contrée, par leur nature , leur situation , et aussi parce qu'on y trouve une grande quantité de tombeaux romains.

Ce nom de Caïou, évidemment dérivé de Caius (Marins),

(1) F. Mistral. Almanach provençal de 1871, p. 34. ~ La Statistique t. II, p. 1136, fait dériver ce nom de [xoipa, le destin, ou [xoipai, les Parques.

leur a été donné, croyons-nous, non , comme le pensent quelques-uns, parce que Harius aurait gagné là une grande bataille, mais parce qu'il aurait fait cultiver par ses soldats cette partie de la plaine dont le sol, d'une fertilité exceptionnelle, garde encore le nom de Caïou.

Ainsi, plus de doute, le mur d'enceinte qu'on trouve au bas de Glanum entourait le dernier camp dans lequel Marins attendit les Barbares, et c'est Plutarque qui nous a conduit à découvrir la vérité que nous avions seulement côtoyée, pour n'avoir pas suffisamment tenu compte de la précision de son texte.

Le Mausolée» monument triomphal

de Marins.

Les deux remarquables monuments connus sous le nom d'antiquités de Saint-Remy, TÂrc-de-Triomphe et le Mausolée qu'on voit sur la plate*forme du camp de Marins (1), à cinq cents mètres environ au-dessous de l'antique Glanum, ont-ils quelques rapports avec cette mémorable campagne? Nous ne le pensions pas quand nous avons écrit la Campagne de Marins dans la Gaule ; mais la découverte du camp de Glacum et un examen plus attentif des monuments et des documents historiques qui s'y rapportent nous ont fait changer d'avis.

(1) L'esplanade des Antiquités a été déblayée, le pont a été bâti, les ormeaux ont été plantés et les bancs de pierre placés , lors du voyage en Provence de Monsieur, frère de Louis XVI, en 1777. Spon, p. 406. En 1724, les États votèrent 3,000 liv. pour réparer ces monuments ; ceux de 1 783 donnèrent de nouvelles sommes pour le môme objet, et votèrent des remerciements à M. Rouget, qui avait dirigé les travaux. Enfin, dans les États de 1787, on s'occupa encore de ces beaux restes d'antiquités. En 1818, ils furent complètement restaurés par l'architecte Penchaud. StcUistiqw, t. Il, p. 1140, et ils l'ont été de nouveau en 1860 par Tarchitecte Rovoil.

Ces deux monaments appartiennent , comme on va le voir, Tun à Marins, Tautreà Jules César ; mais comme ils ont été construits à la même époque et sous la même inspiration, nous nous croyons autorisé à les confondre dans la même étude, quoiqu'ils diffèrent essentiellement au point de vue architectural.

On a cru longtemps que le Mausolée, œuvre d'une élégance incomparable, était un monument de la décadence (1 ), et on allait jusqu'à l'attribuer au lY* siècle (2] ; mais une opinion nouvelle prévaut aujourd'hui : la Statistique lui reconnaît « un style noble et sévère qui respire la haute a antiquité (3), » et d'après le docteur Ritschld, professeur à l'Université de Bonn, dont l'opinion est partagée par MM. Egger, Léon Renier et Henri Revoil (4), il remonterait à l'époque qui sépare César d'Auguste.

Nous sommes de l'avis de ces savants épigraphistes ; mais, précisant les dates et les noms, nous pensons que ce monument a été élevé sous Jules César en l'honneur de Caïus Marins et de Quintus Lutatius Catulus. Et d'abord, quel est le caractère de ce monument? Est-ce un tombeau, un monument privé, comme on le croit généralement 7

La majeure partie des auteurs , et les savants précités sont de ce nombre, trompés par la formule de l'inscription dont nous parlerons plus tard , l'ont pris pour un tombeau, et par suite pour un monument privé.

C'est, croyons-nous, une erreur ; un monument de cette importance, surmonté dans sa coupole de deui person-

(1) Millin le croit postérieur à Tépoque des Antonins.

(2) M. Bissière.

(3) Statut. III, p. 443.

(4) Moniteur universel du 9 juin 1865, et rapport de M. Gautier, lu au Congrès scientifique d'Aiœ, 1866, t. II, p. 264. ^ De Saulgy, l'Arc-dor Triomphe d'Orange, Bulletin Monumentaiy 1866.

nages consulaires, ne saurait être un tombeau éleré par de simples particuliers inconnus, à la mémoire de leurs parents. Sa forme, ses dimensions, le lieu où il est situé, les sujets de ses bas-reliefs, tout prouve que c'est un monument public, destiné à perpétuer le souvenir de quelque grand événement.

Ce n*est pas davantage un tombeau ; si les anciens écrivains avaient voulu lui attribuer ce caractère , c'est par ce nom ou par celui de cénotaphe qu'ils l'auraient désigné, tandis qu'en rappelant Mausolée (1), ils ont voulu dire simplement qu'il avait la forme pyramidale du tombeau de Mausole.

Le trophée de Glanum n'est pas, du reste, unique en sa forme; le monument triomphal d'Auguste sur la montagne de Turbie au dessus de Monaco, dont Pline nous a conservé l'inscription , est fait sur le même modèle , et les antiquaires auraient depuis longtemps reconnu leur identité d'origine et de destination , si on avait songé plutôt à les comparer.

La forme pyramidale, empruntée par les Romains aux Egyptiens ou aux Etrusques, n'était pas toujours celle des tombeaux; c'était aussi la forme primitive des monuments triomphaux, puisque nous la trouvons à Fourrières et à la Turbie , comme nous la retrouverons dans notre Précis historique des Monuments triomphaux , en composition, à Cavaillon et à Vienne (2). Il n'est donc pas étonnant qu'elle ait été employée à Glanum pour un monument qui avait la même destination.

(1) Les écrivains des XVII* et XVIII* siècles désignent Tancien monastère qui est à l'est et tout à côté des monuments, sous le nom de Saint- Paul-des-Mausoles.

(2) Précis hiHoriqw des Monumm^ trwmphmuD^ sous presse.

Si c'était un tombeau, il porterait les initiales D. M. {Dits Manibm), à moins qu'il ne fût postérieur au IV* siècle, ce que personne encore n'a osé soutenir, et le vainqueur, quel qu'il soit» qui figure sur l'Àrc-de-Triomphe, n'aurait pas choisi un voisinage d*aussi funeste augure.

On ne verrait pas t dans la frise, sous la lanterne , des « tritons et des hippopotames , qui sont ordinairement <i employés par les anciens pour célébrer les victoires (4) ; « il y a apparence, ditSpon, que c'est pour quelque illustre « Romain , qui avait gagné dans ces quartiers-là une a grande bataille (à). »

M. Gautier, maire de Saint-Remy, à l'obligeance duquel nous devons d'utiles renseignements , ayant obtenu des fonds del'État , fit pratiquer en 1866 des fouilles dans les cavités du monument, qu'il prit, comme tous ses prédéces* seurs, pour un tombeau.

D'après son rapport, lu au Congrès scientifique déjà cité, il y aurait trouvé un crâne et des ossements humains. Mais ce fait n'a aucune importance ; car il ne serait pas étonnant que ces ossements y eussent été frauduleusement introduits pour tromper la sagacité des antiquaires, sinon par les ouvriers de U. le maire de Saint-Remy, du moins par ceux employés en 1775 ou en 4781 dans de précédentes fouilles, constatées par les inscriptions de ces deux dates gravées sur les parois intérieures de cette cavité.

Les Romains ne déposaient, d'ailleurs, ni leurs morts, ni les ossements de ceux-ci dans les cénotaphes; ils couchaient les cadavres sur le dos, tandis qu'il aurait fallu

(4) Comme dans V Aro-dé-Trio/mphe de Reims. Berqier, t. !•', p. 301 à 306.

(2) Spo^ , Recherches cfArUiquUés, p. 406.

qu'ils fussent accroupis pour tenir dans la cavité d'environ un mètre carré qui est dans le centre de Tédiflce , et cette cavité elle-même aurait été ravalée, polie, pour avoir le cachet de sa destination , tandis qu'elle est entièrement brute.

Si donc, le Mausolée n'est ni un monument privé ni un tombeau, ce ne peut être, comme le dit Spon, « qu'un « monument public destiné à perpétuer le souvenir d'une « grande bataille qui aurait été gagnée dans ces quar- « tiers-là [i], y>

Circonscrit dans ces étroites limites, il ne nous sera pas difficile de retrouver ce fait mémorable , puisque nous sommes dans le camp de Marins ; que ce monument, outre sa forme archaïque, nous montre deux consuls vêtus de la toge, ni longue ni étriquée, comme celle de Marins aux Baux, et que sous répoque consulaire cette célèbre campagne a pu seule donner l'occasion d'élever ce remarquable monument.

Hais si le Mausolée a été élevé en l'honneur du vainqueur des Ambrons et des Teutons, pourquoi, au lieu de Marins seul , trouve-t-on dans la coupole et dans le bas-relief du triomphe deux personnages consulaires? C'est que, pour une cause que nous connaîtrons bientôt , le monument dédié à Marins ayant été construit après sa mort, et par des soldats qui avaient pris part à toutes ses victoires, ceux-ci ont dû y faire figurer leurs deux consuls, tandis que le nom de Marins restait seul populaire parmi les populations qui n'avaient connu que lui.

(1) Bouche dit que c'est vraisemblablement un mausolée élevé en l'honneur du père et de la mère, qui peut-être mourut d'une chute de cheval. T. !•', p. 136.

Voici comment M. Mérimée, dans ses notes d'un Voyage dans le Midi de la France, apprécie ce monument :

« Les monuments de Saint-Remy m'ont un peu désap- <( pointé ; mais on est difficile quand on quitte le pont du <( Gard : le tombeau m'a paru mesquin, bizarre et d'un « goût détestable ; il est impossible en le voyant de ne pas « croire qu'il appartient à une époque de décadence.

a II ne peut être de Jules César et ne peut se rapporter « qu'à une époque assez avancée de l'Empire.

« Ce qui me choque le plus dans la décoration de ce « tombeau, c'est la lourde guirlande qui règne au-dessus du <( piédestal ; elle est soutenue par trois génies, ou plutôt a par trois polissons joufflus , grotesquement posés , les « uns de face, les autres vus de dos, quelques-uns ayant M l'air de pendus ; les retombées de la guirlande passent « par-dessus des masques à barbe grimaçants et fort <( laids ; tout cela est suspendu sur la tête des figures des a bas-reliefs, et comme mêlé avec elles. On ne peut rien « voir de lourd ni de plus gauche que les deux figures « drapées sous la coupole qui termine le monument (1). ^

Une si grotesque appréciation faite par un inspecteur général des monuments publics, membre libre de l'Académie des inscriptions (S) , explique Toubli des savants pour ce remarquable monument, oubli que fera cesser, nous n'en doutons pas, l'appréciation plus éclairée contenue dans l'article suivant du Moniteur.

(\) Mériméb, p. 32. « Toute la partie décorative de ce monument est au contraire largement traitée, et d*un goût exquis; voir cette guirlande, les mascarons et les génies, dans les dessins de M. A. de Laborde; ces dessins sont la plus sévère critique qu'on puisse faire de l'opinion do rinspecôeur des monuments historiques.

(2) Vapereau. Biographies des Contemporains.

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