MONUMENTS ROMAINS DU I" SIÈCLE A SAINT-REMY
PaàS TABASCON.
« Nous possédons en France deux monuments d'un « intérêt historique et artistique inappréciable, et dont « nos antiquaires n'avaient pas soupçonné Timporlance « jusqu'à ces derniers temps. Il existe dans la petite « ville de Saint- Remy, département des Bouches-du- « Rhône, à cinq lieues de Tarascon et à égale distance « d'4rles, deux monuments romains, un arc-de-triomphe « et un tombeau qui ont été pris mal à propos par des sa- « vants inattentifs pour des ouvrages de la décadence, et
<i qui surpassent , comme art surtout, la plupart des
<i constructions authentiques que Ton connaît même en
« Italie, de Tépoque d'Auguste. L'arc est mal conservé ,
« mais le tombeau est intact. Son élévation est considéra-
^ ble et son élégance incomparable. Les bas-reliefs révè-
« lent un art simple et de bon goût qui exclut tout d'à-
<( bord l'attribution qui en avait été faite. Mais ce qui ne
« permet plus aucun doute, c'est l'inscription qu'on lit
« sur ce tombeau .
« Le savant docteur Rischld, conseiller intime et pro-
« fesseuràrUniversité de Bonn, a publié récemmentune
« brochupe sur ce rare et intéressant vestige delà belle
« époque de Tart romain (i). L'éminent philologue, à
« l'aide de Tinscription recueillie exactement sur le tom-
« beau, a fixé à vingt ans près Tâge de cet édifice. Déjà
« M. Egger et M. Léon Rénier avaient été frappés du ca-
« raclère archaïque de celte inscription. M. Rischld a
« confirmé leur opinion en circonscrivant l'époque à la-
^i) Index Scholarum^ etc. Bonn, Cari Gregori^ in-4«.
« quelle ce monument a été élevé ; cette inscription est a conçue en ces termes :
c SEX. L. M. JULISI, C. F. PÀRENTIBUS SUBIS.
M M. Rischld établit que cette terminaison du pluriel
« de la deuxième déclinaison Juliei pour Julii, ne se
« rencontre jamais à partir de la fin du règne d*Âuguste et
« que eis, terminaison du datif pluriel de ^um pour suis ,
« se trouve très-rarement après cette époque. Il résulte
4( de ces observations que le monument de Saint-Remy
« remonte à l'époque qui sépare César d'Auguste ; Tins-
« criptiondoit se lire ainsi : Sextus, Lucins, Marcus, Julii
« Cai filii, parentibus suis. Ce qui doit se traduire :
« Sextus, Lucius et Marcus , tous trois fils de Caïus « Julius, ont élevé ce monument à leurs parents.
<( Quant à Saint-Remy, où Ton admire ces deuxmonu- « ments, c'est l'ancienne Glanum mentionnée par Pompo- « nius Hela, par Pline et par la Notitia dignitatum Im- « périt romani {\).
Ce Mausolée, auquel nous préférons donner le nom de Trophée, s'élève en forme de pyramide sur un socle carré formé de gros blocs de pierres des carrières de Saint-Remy ; il se compose d'un stylobate^ surmonté de deux étages ornés de colonnes, de frises et de corniches. Lestylobate est massif et, entre les pilastres, sont sculptés quatre basreliefs d'un grand caractère. Le premier étage est un portique ouvert de quatre côtés par un nombre pareil d'arcades ; les angles sont ornés de colonnes d'ordre corinthien ; ces colonnes soutiennent un entablement qui sert de cou-
(I) Extrait du Moniteur du 9 juin 1865.
ronnement à cet étage, dont les proportions ne peuvent se rapporter qu'à Tordre composite, tant il diffère de Tordre corinthien.
Ces colonnes sont engagées dans Tangle du mur; de sorte que Tangle de la frise, au lieu de se trouver à Taplomb de la ligne extérieure du fût, selon Tusage assez général, repose sur Taxe de la colonne (1). u Cette singu* 4i larité dans la construction ne produit pas un mauvais « effet ; elle a été pratiquée sans doute par Tarchitecte <( pour éviter de trop renfoncer sous la saillie de Tenta- <( blement les colonnes et Tarchivolte des arcs (2).
On remarque au deuxième étage, dans la frise, des groupes de tritons et de chevaux marins d*un goût exquis et d'une exécution beaucoup plus parfaite que toutes les autres parties du monument.
L'édifice est couronné par une coupole de forme parabolique, soutenue par douze colonnes d'ordre corinthien , surmontées d'un cône orné d'imbrications en forme d'écaille ; cette coupole, qui est un modèle d'aplomb, de goût, de grâce et de perfection , contient deux statues colossales qui, vues du sol, paraissent de grandeur naturelle .
Spon dit, en 1683, que les deux statues sont debout (3).
Moreaude &Iautour dit, en 1728, qu'elles sont renver-
(1) Ce qui fait dire à Violet-Leduc : « Le Romain n'admet que t Tare et la voûte dans les édifices publics ; il fait dresser des colonnes « engagées contre les pieds droits de ses arcs , et au-dessus des archic( voUes, il pose des plates-bandes sur des colonnes, c'est-à-dire qu'il a prend l'ordonnance grecque comme un cadre qui lui sort à orner sa « construction, nécessaire, etc., etc. /> Page 9i.
(2) L'abbé Lamy, p. 9.
(3) Recherches d* Antiquités.
— aisées dans rinlérieur de la lanleroe, appuyées contre deux colonnes et qu'elles sont sans télés (1).
L'abbé Lamy, en 1779, dit que les têtes manquent à toutes deux {% et il montre dans sa gravure de 1777 les statues adossées contre les colonnes.
Millin, en 1807, parle de deux figures debout , ce qui prouverait qu'elles avaient été relevées lors de la visite en Provence de Monsieur, frère de Louis XYI (3).
Enfin Malosse constate, en 1818, que les têtes ont été restaurées et remplacées (i).
La hauteur de ce monument, que M. Revoit a fait relever avec la plus scrupuleuse exactitude, est de 18 m. 01 c.
Les bas reliefs, ont, d'après Malosse :
Hauteur 2 19
Longueur 3 37
Les personnages debout 1 33
Et les deux statues de la coupole (5). . . S 20
Les sigles de l'inscription, qu'on a précédemment lue. ont donné lieu à de nombreuses interprétations que nous ne voulons pas discuter, mais qu on peut diviser en deux ordres d'idées tout à fait dissemblables.
La généralité des auteurs les plus autorisés, et les savants cités dans la note du Moniteur sont de ce nombre, ne voient dans le Mausolée qu'un tombeau» un cénotaphe élevé par trois enfants, dont les noms importent peu, à
(1) MoREAU de Mautour, p. 261.
Ce qui prouve que le prétendu vol de ces deux tètes, commis en 1816. par un Anglais collectionneur, ne serait qu'un conte ridicule.
(2) L'abbé Lamy, p. 49.
(3) MiLLiN.t. III, p. 397.
(4) Malossb, p. 21.
(5) Ibid., p. 15 et 16.
la mémoire de leurs parenls, el dans rinscription qu*one formule funéraire.
Nous savons que le monument ne peut être un tombeau ; voyons si Tinscriplion peut être une inscription tumulaire.
Pour que la formule parentibus sueis pût être traduite dans son acception restreinte de père et de mère, il faudrait trouver dans la coupole la statue d'un homme et celle d'une femme , comme le prétendent la majorité de ceux qui ont adopté cette version, tandis qu'il n'y a en réalité que deux statues d'hommes.
Si, dans une acception plus générale, on voulait y reconnaître les aïeux , les personnages seraient différents d'âge, de pose et de costume; tandis qu'on reconnaît, à ne pas s'y méprendre, deux personnages consulaires à la toge ni longue ni étriquée et sans signe marquant entre eux une différence d'âge.
L'interprétation de parentibus $ueis , leurs parents , par rapport aux trois enfants dont on croit retrouver les noms dans l'inscription, ne nous paraitdonc pas acceptable, parce qu'elle est en contradiction avec le monument qui n'est pas un tombeau, et avec les statues qui ne sauraient être des aïeux, puisque elles sont exactement les mêmes que celles du triomphe dont nous parlerons bientôt.
Il importe de noter que la généralité des auteurs qui adoptent cette interprétation, frappés du nom de Juliei, attribuent ce monument à Jules César ou à un membre de sa famille ; Malosse va jusqu'à dire qu'il y voit le nom d'une tante de Jules César (1), et l'abbé de Barthélémy
(1) Malosse, p. 261 et suivantes. On pourrait y voir aussi une allusion au nom de Jules, fils d'Enée, fondateur d'Albe, comme le répétaient alors les rhéteurs , les historiens et les poètes.
croit qu'il a été élevé par un des ancêtres de Jules César (1).
Les écrivains les moins nombreux et les moins autorisés lisent au contraire, dans cette inscription , une dédicace à la mémoire de Marins, que Peilhe , après Emile Ferret, interprète de la manière suivante :
Sextœ legionis milites Juliei, cœnotaphium fecerunt parentibus sueis : les soldats de la sixième légion Julienne ont élevé ce cénotaphe à leur général.
Nous adoptons de préférence cette dernière interprétation, en remplaçant le mot cœnotaphium par celui de consvr libw ; on lirait alors : a Les soldats de la sixième légion Julienne ont élevé ce monument aux consuls leurs parents. )>
L'expression de parens au figuré est très classique : c'est dans ce sens que Cicéron a pu dire : Me quem nonnulli, etc. , quem parentem esse dixerunt (2) , et elle s'appliquerait d'autant mieux ici qu'elle répond à Julia Paterna, la colonie arlésienne formée delà sixième légion.
Halosse, après Bouche, conteste, il est vrai, cette interprétation qui ne serait pas conforme au style lapidaire ; ainsi, le numéro delà légion ne précède jamais sa dénomination; le numéro affecté à chaque légion comme à chaque cohorte a, dans tous les temps, été exprimé en chiffres, et enfin le mot légion est constamment rendu par les trois lettres Leg et jamais par une L seule (3) .
On pourrait ajouter à ces objections que le mot consvr libus au pluriel , que nous y ajoutons , n'est jamais écrit avec une seule initiale C, mais bien avec deux CC, etc.
(1) MlLLIN, t. III, p. 402
(2) IHctûmnaire de Prundy Verbo pario. Cicéron, Ass. 9-10.
(3) Malossb, p. 38.
Nous passons volontiers condamnation sur toutes ces critiques que nous reconnaissons fondées, et qui ont un tout autre poids que l'observation de Bouche : « Qui « croira, dit-il, quelessoldats de la sixième légion, etc., etc., « comme si tant de soldats dont une légion était com- « posée étaient tous sortis d'un même père ou d'une <i même mère représentés par deui statues (1). )>
Quoi qu'il en soit de cette interprétation de Peilhe, que nous donnons sous toutes réserves puisque nous n'en trouvons pas de plus satisfaisante, il est constant que Jules César fit venir la sixième légion dans la Gaule (S) et qu'une colonie militaire, tirée de cette même légion, fut envoyée à Arles, par décret du Sénat, l'an de Rome 708, sous la conduite de Claude Tibère Néron, père de l'empereur Tibère , d'où fut donné à Arles le nom de Julia Paterna.
Nous savons, d'autre part, « qu'aux funérailles de Julie, « veuve de Marins, sa tante (68 ans av.J.-C], Jules César <i fit porter à son convoi les images de Harius qui avaient a été tenues cachées depuis la dictature de Sylla, et que « dans les fêtes qu'il donna pendant son édilité, il fit faire « secrètement des statues de Marins et des Victoires por- « tant des trophées et les plaça nuitamment dans le Ca- « pitole ; le lendemain, lorsqu'on vit ces emblèmes tout « éclatants d'or et artistement travaillés avec des inscrip-
(1) Bouche, t. !•', p. 436.
(2) « Legionem quartam et decimam et sextam ex flibernîs ab Arœre a educit Gœsar. » Hirtius Pansa, livre VIII, page 9. — Axelate sextanorum, PuNE et Cassiodore.
Pomponius Mêla dît : la septième.
On voit dans Thôtel-de- ville de Saint-Remy la pierre tumulaire d*^butins Âgathon Sévir-Augustal , dn corps de la colonie Julia-Patema , d'Arles, curateur du môme corps.
a lions indiquant les victoires de Marins sur les Cimbres, <i on s'alarma de son audace, etc., etc. Quelques vétérans « même, en voyant la figure de Harius, versaient des lar- « mes le joie ; ils élevaient César jusqu'aux nues et le <i disaient seul digne de la parenté de Marins (1). »
Il n'est donc pas surprenant que les soldats de la sixième légion, qui avaient combattu avec Marins, aient élevé ce monument en souvenir de leurs victoires et pour flatter en même temps l'orgueil de leur nouveau général (S] .
Marins n'existait plus, en effet, lorsque fut élevé le trophée de Saint-Remy; il n'aurait pas pu le faire construire avant d'avoir vaincu les Barbares, quand il était avec ses troupes dans le camp de Glanum , et s'il l'avait bâti plus tard, c'est à Fourrières et non k Saint-Remy qu'il l'eût placé de préférence; dans l'une et l'autre hypothèse, ce monument n'aurait eu ni ce caractère, ni celle forme, ni ces décorations qui sont un véritable anachronisme sous Marins.
De son vivant, il n'eût pas associé à sa gloire un collègue qui n'avait rien à prétendre sur ce champ de bataille; tandis que la sixième légion, qui avait combattu les Barbares sous les deux consuls, devait les réunir tous deux dans le même triomphe : l'inscription eût été toute différente, elle ne porterait pas le nom de Juliei, et celui de Marins n'y aurait certainement pas été oublié. Enfin, dans la coupole, pas plus que dans le bas-relief. sud-est, la personnalité de Marins n'aurait été associée à celle de son collègue, ni ses victoires confondues avec les fables de la Grèce.
Marins était donc mort, lorsque fut élevé, sous Jules
(1) Plutarqub, Vie de Jules César,
(2) Vell. Paterc, liv. II-XUII, p. 151.
César, par la sixième légion Julienne, le monument de Glanum ; celle-ci put seulement alors ériger ce triomphe à la mémoire des deux consuls, puisque le nom de Marius, proscrit jusque-là, avait été réhabilité, et que ses statues, détruites sous Sylla, avaient été rétablies par Jules César pour reconstituer le parti populaire sur lequel celui-ci voulait s'appuyer pour annihiler le Sénat.
L'interprétation que nous proposons porterait donc la date de la construction du Mausolée à l'époque indiquée par un grand nombre d'auteurs, et principalement par les savants cités dans la note du Moniteur, et elle expliquerait le nom de/ti/m, qui joue un si grand râle dans l'inscription.
Mais en dehors des locutions Juliei au lieu de Juin, et iesueis au lieu de suis, qui ont fait reconnaître l'époque prochaine de la construction du Trophée , en dehors même de l'interprétation de Peilhe, nous allons trouver la justification de notre opinion dans des appréciations et des considérations qui ont échappé à la sagacité de tous les érudits :
1<^ Le monument est d'un style noble et sévère qui respire la haute antiquité. « Il remonte à l'époque qui sépare « César d'Auguste, » et cependant il représente deux personnages consulaires qui rappellent une époque antérieure.
S^ Il est placé dans le camp de Marius : quoique ce fait ne soit pas une preuve démonstrative de sa destination, il n'en doit pas moins être pris en sérieuse considération, Glanum n'étant pas une ville assez importante pour qu'un monument aussi remarquable y fût construit sans une cause déterminante.
3^ La tradition populaire lui attribue cette illustre ori-
gine ; elle désigne les deux personnages de la coupole par le nom unique de Caïus Marins, et le bas-relief sud-est comme étant celui du triomphe.
Cette persistance des populations à réagir ainsi contre Topinion des savants qui croient y voir toute autre chose, n*est-elle pas une preuve certaine de rauthenlicité de la tradition que ces populations se sont transmises d'âge en âge? Et n'est-ce pas ici le cas de dire avec M. de Gasparin : « Les lois de la saine critique nous permettent « d'ajouter foi à la tradition quand elle transmet un évé- « nement d'une importance capitale, et qui par sa grande n influence peut laisser des traces profondes (1). »
4"* L'orientation des monuments qui n'a généralement aucune signification, car elle est toujours la même, a ici une importance capitale en raison même de sa singularité ; en effet, l'architecte n'était pas libre de lui donner la banale orientation des quatre points cardinaux ; il fallait que les personnages de la coupole fissent face au camp des Barbares, et que Marins parût encore présider a la bataille. Et c'est pourquoi le monument, comme Tinscriplion, comme les deux personnages de la coupole, sont orientés au nord-ouest; orientation contraire à tous les usages, qu'aucune autre considération ne saurait justifier, et qui confirme à elle seule nos appréciations, car il n'existe certainement pas un second monument avec une orientation pareille.
5** Enfin la plus concluante de toutes les preuves, celle devant laquelle il faut s'incliner, et que les savants ont négligée avec une persistance et une unanimité remarquables, pour ne s'attacher qu'à Tinscriplion, c'est celle qui ressort
(1) Histoire de la ville d'Orange^ p. 52.
des détails caractérisliqaes des costumes des personnages, et des sujets représentés par trois des quatre bas-reliefs.
Les bas-reliefs antiques rappellent généralement des faits relatifs aux personnages en Thonneur desquels les monuments ont été élevés, ou des sujets tirés de Tantiquité grecque ; quelquefois même la fable est mêlée à la réalité.
C'est précisément ce qu'on voit ici ; mais il est facile, à la mise en scène et an costume, de faire la différence des uns et des autres : dans les tableaux vrais , réels, historiques, les personnages portent le costume romain, tandis que dans ceux qui sont tirés des récits fabuleux de la Grèce ou inventés pour remplir le cadre du sculpteur, les statues sont nues ou portent le costume grec.
Une autre observation qu'il importe dénoter, c'est que les casques des Teutons-Àmbrons étaient ornés de figures d'animaux, d'oreilles et de cornes de bœuf , avec des crinières pour aigrettes [1), comme on le voit dans les médailles de Jules César (2).
. Si, donc, nous trouvions dans les casques des personnages des bas-reliefs, quelques détails rappelant cette étrange coiffure, c'est que ce serait bien réellement ces Barbares que le sculpteur aurait voulu représenter, comme on les représente encore de nos jours dans presque tous les tableaux figurant l'invasion d'Attila.
Les savants ne sont pas mieux d'accord sur l'interprétation des bas-reliefs que sur celle du monument.
Peilhe , s'appuyant toujours sur la tradition , y voit, comme découlant de l'interprétation qu'il a donnée de l'inscription, les combats de Marins.
(1) DiODORE,liY. V, p. 272.
(2) Marquis de Lagoy, Recherches numismaiiques y p. 28 et pi. 2, n» 8.
ASTCF', L^NOX
Haiosse y reconnait la représentation des victoires de Jules César sur les Marseillais.
D'après Mérimée, au contraire» rien dans les détails de l'ornementation, pas plus que dans 1* ordonnance générale, ne rappellerait Tépoque de Jules César ; adoptant au surplus, pour l'explication des bas-reliefs, l'interprétation de la majorité des écrivains, il voit : dans celui du midi, une chasse; dans celui du levant, le combat des Amazones ; dans celui du couchant, la mort de Patrocle, et dans celui du nord, un combat de cavalerie.
En les examinant sans parti pris, il est facile de trouver dans ces bas-reliefs toute autre chose que ce qu'on y a vu jusqu'à ce jour.
Le premier, au nord-est dans l'orientation des statues, représente un combat de cavalerie ; tous les antiquaires Tout désigné sous ce nom et nous sommes de leur avis. Mais nous remarquons que le casque d'un cavalier est surmonté de cornes de bœuf en guise de cimier.
Le second bas-relief au nord-ouest, qu'on regarde comme le combat des Grecs et des Troyens se disputant le corps de Patrocle, est tout simplement un combat d'infanterie faisant le pendant à celui de cavalerie. Deux Barbares y figurent avec des casques surmontés l'un de cornes de bœuf, l'autre de cornes de bélier, tandis que les casques romains sont couronnés d'aigrettes (1).
(i) Il ne faut pas confondre les cornes de taureau et de bélier avec les comictdaj petites cornes, ornement conféré parle chef au soldat comme une marque de distinction ; le cojtiiculum avait , à ce qu'on suppose, la forme d'une corne, et il était porté sur le casque de haut en bas pour supporter l'aigrette, ou bien il était attaché aux deux côtés comme les cornes d'un bœuf. RiCH, par Gherrqel; Valère Maxime, VI-I-II; Suétone, De illtU" tribus grammaticis , 1. III, chap. 9, p. 142. — Tite-Live, X-44.
M. Quichcrat a donné le desj>in d'une partie de ce bas-relief dans un
Et pour que l^observateur ne confondit pas les sujets historiques a^ec les scènes allégoriques, le sculpteur a eu soin de traiter en académie , non-seulement le corps du prétendu Palrocle, mais encore ceux de tous les comparses qui ne sont là que pour orner et compléter le tableau.
Le troisième bas-relief orienté au sud-ouest, où les savants voient le combat des Amazones , est celui que la tradition locale nomme le Triomphe. De Mautour reconnaît qu'il représente le a triomphe des vainqueurs », et Malosse confirme le même fait en ajoutant à ce qu'on croit.
Or, il n'y a que la tradition qui ait pu conserver ce souvenir (1), rien dans Texplication qu'on en donne n'autorisant une pareille supposition , puisque Malosse luimême n y distingue < que plusieurs femmes mêlées parmi a des groupes de soldats disposés près d'un fleuve. «
La tradition s'explique, au contraire, tout naturellement avec notre interprétation.
Le premier personnage, à la gauche du spectacteur, est un fleuve assis, portant à sa main la tige de roseau symbolisant, soit le nouveau fleuve dérivé du confluent de la Durance, le Kaiv6v iioTa[jLèv, les Fosses Hariennes, soit le Lar, soit l'Adige, fleuves témoins de toutes les victoires remportées sur les Barbares.
Après le fleuve, viennent deux personnages consulaires, les mêmes des statues de la coupole : Q. Lutatius Gatulus est le premier, Caius Marins est devant lui; on le recon-
mémoire sur le Pilum (Mémoires des Antiquaires de France, t. XXIX); mais il n'a pas remarqué que, des deux hampes qui , d'après lui , représenteraient l'emmanchement de cette arme, l'une est aux mains d'un Teuton- Ambron, l'autre dans celles d'un soldat romain ; ce qui ferait croire que le savant archéologue a pris à tort cette hampe pour celle du l»ilum, ou que cette arme était conmiune aux soldats des deux nation^'. (1) Rappelé aussi par l'abbé Barthélémy et par Millin, t. III , p. 396.
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-binait à ses cheveux hérissés ; tous deux ont la tète nue et sont vêtus delà toge, comme dans la coupole, comme dans le monument des Baux. Ils sont précédés d'un génie portant une boite carrée, Vacerra (1], la boite à encens, pour le sacrifice du triomphe, comme celle que porte pareillement un enfant dans les suovétauriliesde Trajan (S). Une femme est devant Marins; c'est Marthe la prophélesse, qui prépara la victoire en relevant le moral des troupes ; elle n'est pas, comme aux Baux, vêtue d'une robe s'agrafant sur les épaules , ni coiffée d'une tiare blanche en poils de chameau ; le sculpteur , en la plaçant dans un groupe composé de personnages romains, n'a sans doute pas voulu que le spectateur eût à se demander si ce type étrange était une figure historique ou allégorique, et voilà pourquoi il lui a donné le costume des dames romaines, Marthe la prophétesse étant assez connue pour n'avoir pas besoin d'être caractérisée par sou étrange accoutrement.
Une Victoire ailée précède Marthe ; elle porte dans la main droite un trophée placé auboul d'une hampe, comme on en voit sur les arcs de triomphe et sur un grand nombre de médailles.
Un groupe de soldats armés de lances est derrière la Victoire : l'un d'eux est coiffé d'un casque surmonté de cornes, comme dans le combat d infanterie, et au devant decegroupeest un simulacre de combat. Une femme à cheval, celle que tous les auteurs prennent pourPenthésilée, tombe mortellement blessée sur la croupe de sa bête. Cette femme n*est pas un personnage réel ; on le
(1) De MoNTFAUcoN, t. Il, l** partie, pi. LV.
(?) Ibid,, pi. LXXXlï, LXXlï, LXXf, LXIX et Badon, Costumes dts anciens peuples , t. I, pi. II, lettre F.
reconnaît à son vêtement qai n*est pas un costume de guerre, c'est un personnage de fantaisie autour duquel on se bat, comme on se bat dans le combat d'infanterie autour du corps du prétendu Patrocle.
Enfin , le bas-relief du sud-ouest n'a plus rien de commun avec la campagne de Marins. Les trois sujets qu'on y remarque sont mythologiques ; ils sont séparés par deux troncs d'arbre. Le premier paraît représenter la chasse du sanglier de Calidon : un chasseur, suivi d'un chien, attaque la bête avec une hache double; un second la perce d'un pieu, tandis qu'un cavalier la pique de sa lance.
Le second sujet serait la mort de Méléagre, telle qu'on la voit dans Montfaucon (1), et le troisième, le supplice delà femme adultère, attachée à un arbre et livrée nue à la brutalité d'un cheval.
L'artiste aurait donc mêlé ici, comme dans beaucoup d'autres monuments, l'histoire avec la fable; mais les sujets sont si tranchés, les costumes si dissemblables , qu'on distingue de prime abord la fiction de la réalité.
On est surpris de ne pas trouver d'aigles sur aucun de ces bas-reliefs, Marius les ayant affectées comme seules enseignes des légions dans son deuxième consulat (S). Cet oubli prouverait seulement que ce fait n'avait pas alors une grande importance, et, dans tous les cas, il ne saurait infirmer les preuves que nous avons données.
Le Trophée du camp de Glanum est donc un monument public du plus grand caractère,un triomphe (3) élevé» comme le veut la tradition, en commémoration des vic-
(1) T. !•', 1- partie, p. 162, pi. XGVII.
(2) Pline, Histoire naturelle^ \iy. X, p. 215 et 17.
(3) Ou plutôt un triumphant^'comme dit Peiresc, t. IV, Antiquités.
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toires de Marias ; il a été bâti après sa mort, et par conséquent sous Jules César, après que celui-ci eut fait rétablir ses images au Capitole, et reconstitué par cet acte hardi le parti populaire sur lequel il voulait s'appuyer, et il a été élevé par les soldats de la sixième légion, puisqu'on y voit les images des deux consuls et qu*il porte la dédicace parentibus $uei$, que Jules César, s*il avait restitué le monument, ne pouvait adresser aux mêmes personnages, un seul appartenant par alliance à la famille Julia.
Ce monument ne pouvait donc pas ressembler aux deux trophées que, d'après Valère Maxime, Marins fit élever à Rome pour avoir défailles Cimbres et les Teutons (1), ces trophées devant être de forme pyramidale , comme ceux de Vienne, de Cavaillon et de Fourrières.
La forme antique de cet édiQce, la dimension des matériaux employés à sa construction, le lieu où il est bâti, son orientation , la tradition populaire , les cornes placées sur les tètes des soldats, les statues, les bas-reliefs, le nom de Juliei inscrit au dessous de la coupole, tout concourt à prouver cette illustre origine.
L'interprétation scientifique de Tinscription est seule jusqu'à présent à protester contre cette explication ; mais il y a lieu d'espérer que les archéologues trouveront une nouvelle version qui, en s'accordant avec les règles du style lapidaire, finira par mettre tout le monde d'accord.
Les historiens de l'antiquité sont muets sur les monuments triomphaux de Marins dans la Gaule.
Un seul poète du Y"" siècle, Sidoine Apollinaire, né à Lyon en 430, parle d'un monument de Marins.
(l) « Cujus bina TrophaBa in urbe gpectantur. » L. VI, chap. IX.
Ires Phocida, sextiasque Baiias Illustres titulisque prseliisgue Urbes, per duo consulum tropœa
Âst haec Teutonicas cruenla pagnas Erectum et Marium cadente Gimbro (1).
L'abbé Castellan (2) pense que ces vers s'appliquent au trophée de Pourrières, et nous sommes de son avis, puisqu'il s*agit â*un monument élevé à l'occasion des combats sanglants contre les Teutons , et de la destruction des Cimbres.
Un anonyme, cité par Gioffredi (3), après avoir décrit le trophée élevé par Auguste à la Turbie, au dessus de Monaco, ajoute qu'il y avait aux deux flancs de ce monument des bas-reliefs dans le goût de ceux de Marins ; or. de quel monument de Marins peut-il élre ici question, si ce n'est de celui de Saint-Remy, puisque la forme pyramidale du trophée de Fourrières excluait ce genre de décoration? Il faut donc admettre, et nous le prouverons plus longuement dans notre Précis historique des monuments triomphaux, en composition, que c'est du trophée de Marins à Saint- Remy qu'a voulu parler l'auteur anonyme ; preuve nouvelle à l'appui delà thèseque nous soutenons.
Les écrivains modernes ont attribué indistinctement tous les monuments du Midi de la Gaule à Marins ; mais M. Eslrangin (4j est le seul qui, s' appuyant sur le fait cité par Barbier du Bocage (5], du portique circulaire des
(4) G. SoLLU Apollinabis Sidonh, Carmen^ XXIII, Ad congentium.
(2) Mémoires de la Soc. desAntiq,^ t. IX.
(3) Le comte de Gessol, Notice sur laTurbie, p. 7.
(4) Etudes archéologiques.
(5) Indtx geographicus, de J. Gésar, de Lemairb, t. IV, p. 291, verbo A relate.
Fosses -Mariennes des tables de Peutinger , « admet que a les trophées de Marius oa Tare de triomphe peuvent « avoir existé. »
Hais il suffit d'avoir vu ce dessin, ou tout autre semblable à celui qui figure dans le même ouvrage le port d'Ostie , pour être convaincu que ces images ne sont que des vignettes de convention pour signifier un port, un établissement maritime, et non un monument triomphal.
L'Aro de triomphe de Jules César.
Ce n'est pas accidentellement, ni par la pure fantaisie de ceux qui les ont élevés , que les deux monuments de Saint-Remy : le Trophée et l'Arc de triomphe , sont juxtaposés sur l'esplanade du camp de Harius ; et comme il n'y a pas eu là d'action mémorable autre que celle de l'attaque de ce camp par les Barbares pouvant justifier l'érection de ce dernier monument , il faut, comme le dit Millin « qu'une intention quelconque soit la cause de « cette proximité (1). »
Leur voisinage était cependant inexplicable, alors qu'on croyait voir un tombeau à côté d'un arc triomphal ; mais l'anomalie disparaît si ce sont deux monuments triomphaux , et il ne reste plus qu'à chercher la cause d'un rapprochement ayant dès lors sa raison d'être dans la conformité de destination de ces deux édifices.
Hais quelle est cette cause déterminante qu'aucun autre, avant nous, n'a cherchée?... Si nous parvenons à la découvrir , le monument sera forcé de nous livrer tous ses secrets.
(1) Tome m, page 395.
L'Arc de triomphe de Saint-Remy est , au point de vue architectural, postérieur au Trophée, quoiqu'il soit, àn*en pas douter, du même siècle, de la même époque. Il lui est postérieur, la pyramide ayant précédé Tare, ainsi que nous l'enseigne Pline , et il est de la même époque par ses larges assises formées de blocs pareils à ceux du Trophée , les deux monuments ayant entre eux cette ressemblance du même âge qu'il est plus facile de ressentir et de comprendre que d'expliquer.
Ses mignonnes dimensions, la pureté de ses formes, la sobriété de sa décoration, la perfection de toutes ses parties, son unique arcature, son couronnement sans attique, enfin, sont une preuve certaine de sa haute antiquité. « L'ordre « corinthien, dont nous avons peu d*exemples avant repose que de l'empire romain, dit Violet-Leduc , parait n'avoir « été appliqué à Athènes qu'à des monuments de petite « dimension ; les Romains exagérèrent plus tard ces dimena sions, » comme dans l'arc de triomphe d'Orange, qui n'a pas les proportions rigoureuses de l'ordre corinthien , qui est surchargé d'ornements ; a le purisme grec se serait « révolté contre cette profusion de mauvais goût (1). »
L'arc de Saint-Remy est, en effet, un type de l'ordre corinthien le plus pur, le plus achevé ; c'est l'art et le ciseau grec dans sa grâce et son élégance , montrant , par sa proximité avec le Mausolée , la distance qui sépare les deux civilisations (S) .
Ce serait donc un des premiers , peut-être même le premier des arcs élevés par les Grecs. Il serait , par conséquent, antérieur à Auguste , « époque à laquelle le
(1) Violbt-Lbddg. Entretiens d'architecture, p. 102.
(2) Ibid. et la lettre de M. Mariette dans Piranesi, t. VU, p. 40.
« boD goût , quant au style , avait déjà commencé à « baisser (1 ] . )>
Si les deux monuments de Saint-Remy sont contemporains, s'ils sont antérieurs à Auguste, nous n'aurons pas de peine à trouver le nom du héros de l'Arc , puisque nous connaissons déjà celui du Trophée.
Le triomphateur en l'honneur duquel il est élevé , et qu'on voit sur les bas-reliefs de ses deux faces, n'est plus, en effet , comme sur le Trophée , un modeste consul revêtu de la toge antique et accompagné de son collègue ; celui-ci est seul , c'est un dictateur, un impératorqui est en même temps souverain pontife, l'arc portant les insignes de cette dignité, ce qui nous permet d'affirmer à priori que ce monument est de Jules César, puisque, entre l'époque consulaire et Auguste , lui seul a été revêtu en même temps de ces fonctions suprêmes.
L'Arc de triomphe est placé à douze mètres du Trophée ; il est orienté aui quatre points cardinaux ; mais ce qui prouve qu'il y a entre ces deux monuments plus qu'un rapport de voisinage, c'est que, contrairement aux usages reçus, les principaux personnages de ses bas-reliefs, Rome et le triomphateur , sont orientés au nord, pour s'harmoniser avec l'orientation du trophée de Marins , qui est au nord-est, et montrer par là les rapports intimes qui existent entre eux.
Comment admettre, cependant, que deux monuments si dissemblables de forme et d'exécution soient de la même époque ? On peut répondre que si les deux monuments ont été élevés simultanément, l'architecte aura voulu donner un type des deux modes de construction
(1) WiNGKBLMANN, t. III, liv. 6, p. 170, Fràry, p. 3 ; Bàbtbt, p. 68; A. CUribtxb, p. XXI.
alors en asage, en conservant an monament de Marins la forme archaïque ou étrusque (1) et en donnant à celui de Jules César la forme grecque , qui venait d*étre nouvellement inventée.
Et s'ils ont été construits à quelques années de distance, ce qui est plus probable « c'est que, dans Tintervalle, la forme nouvelle, l'arc, venait d'être substituée au trophée.
Pline TÀncien nous enseigne, en effet, que «les colonnes a sont l'emblème d'une élévation au dessus du reste des « hommes, idée qui se retrouve dans les arcs de triomphe, « invention nouvelle due encore k la Grèce (S) . »
Pline est né l'an 776 de Rome , vingt-cinq ans après Jésus-Christ ; il est mort Tan 79 de l'ère ; l'invention récente des arcs de triomphe remonterait donc au siècle qui a précédé la venue de Jésus-Christ et concorderait avec l'époque de Jules César.
Les deux monuments triomphaux juxtaposés peuvent donc être contemporains quoique de forme différente , et ils ont cela de remarquable qu'ils représentent : l'un , le monde antique, la forme étrusque ; Tautre, la forme nouvelle ou grecque, dont Tusage ne se répandit que sous l'Empire.
L'Arc de triomphe de Saint-Uemy n'a pas moins attiré l'attention des antiquaires que le Mausolée. Pownal l'attri-
(i) Sbrouz-d'Agingourt, p. 13 et 16.
(2) Histoire nat,, lib. XXXIV, t. XIX, p. 187.
Il convient d'observer que ce n'est pas la voûte que les Grecs importèrent à Rome, car les a Etrusques la possédaient alors qu'elle était « encore inconnue des Grecs, dès une époque reculée dont il est imposte sible de fixer la date, mais bien Tare de triomphe érigé en l'honneur « d'hommes élevés en gloire. » Vxolbt-Ledug, p. 70.
bueà Fabius Maximus, Poldo Albenas (1), Peiresc(âJ, Mondajors, Guil(3)^ SpoD, A. AubeDas(4), M. Bissière (5) et bien d'autres encore, FaUribuent à Domilius Enobarbus , comme ceux d'Orange, de Yaison , de Garpentras et de Gayaillon,aUribuésaumêmeconsulparFortiad'Urban(6).
Suivant les mêmes auteurs , le principal bas-relief de TArc de triomphe représenterait Domitius Enobarbus mettant la main sur l'épaule de Bituit , qu'il aurait fait traîtreusement prisonnier, comme s'il était supposable que le chef d'une des plus grandes familles de Home eût voulu laisser un témoignage public et éternel de son infâme perfidie [7).
Peilhe (8), Spon (9) etSuarès (10) l'attribuent à Marins : « toutes les figures, dit Peilhe , qui se voient , tant sur « l'Arc de triomphe que sur le Mausolée, représentent « clairement la défaite des Cimbres et des Teutons par « Gaïus Marius'et Q.-Lutatius Gatulus. »
D'après Papon, Ménard, l'abbé de Barthélémy, le Mercure de France de il30 , il aurait été élevé en l'hon-
(1) Page 225.
(2) Gassendi. Vie dePeiresc, p. 35.
(3) Mémoires de Trévoux, 1729, p. 2142.
(4) A. AuBENAS. Mémoires des Anliq, de France, t. XV, p. 109.
(5) Page 281.
(6) Lartl'de vérifier les dates avant Vère chrétienne , t. V. Voir aussi BsGOFFiER, le chancelier de L'Hôpital, liv. 5, Epist,
(7) Voici comment Valère Maxime raconte la prise de Bituit :
a G. Domitius, personnage de la plus haute naissance et d'un grand a caractère, devint perfide par amour de la gloire ; il attira chez lui u Bituit, sous prétexte d'une entrevue, le chargea de chaînes, au mépris « de rhospitalité, et le fit transporter à Bome. » Liv. XIX.
(8) Page 565.
(9) Voyage d'Italie^ t. 1*', p. 9, et Recherches d'Antiquités,
(10) Description.
neur des victoires de Nero Glaudius Drusus , l'an 742 de Rome.
Suivant Auguste Pelet, Tare de Titus à Rome, celui que le Sénat fit ériger à Aocôneen l'honneur de Trajan , de Plautine et de Hartia, sa sœur, sont de la même époque que celui de Saint-Remy.
La Statistique du Département dit aussi qu'il paraît être du règne de Trajan. d'après les costumes des prisonniers dont les yétements sont ornés de franges , comme ceux desDaces (l).
Millin le croit postérieur à l'époque des Antonins.
Sfaffei fGalliœ antiquitatesj avoue , d'après le style d'architecture, que ce monument est du temps d'Hadrien.
Mérimée ne voit d'autre rapport entre les deux monuments que leur proximité ; il assigne le IP siècle pour date à l'Arc de triomphe, o d'ailleurs préférable, au point a de vue de l'art, au Mausolée. » Les captifs représentent, d'après lui, sans doute des Germains, ou ces Barbares que Harc-Aurèle repoussa, pour quelque temps, des frontières de l'Empire (2).
Ces opinions ne nous paraissent pas soutenables et l'édifice lui-même proteste contre une pareille interprétation.
Quel intérêt auraient eu les différents personnages auxquels on l'attribue à construire le monument de leur triomphe dans le camp de Marins, où tout souvenir a été absoii)é par le nom du grand libérateur , plutôt que
(1) Les manteaux des Daces étaient frangés comme ceux de Ykrc de triomphe, mais ils étaient plus courts, tandis que ceux-ci descendent jusqu'à la cheville. Montpaugon, t. III, l" partie, p. 72, planche XLVI, fig. i, et Maluot, t. II, planche L.
(2) Page 326.
de le bâtir sur le lieu même deleur victoire ? Evidemment aucun, et le petit bourg de Glanum , dont pas une pierre n'indique la trace, ne méritait pas davantage cette préférence.
Un seul, Jules César (1 ) , pouvait affronter ce voisinage ; il était né sous le consulat de Marius , qui Tavait fait désigner, dès Fâge de seize ans , pour la dignité de prêtre de Jupiter (F/ammDia/w) (2). Le camp de Glanum rappelait le souvenir des victoires de son oncle ; le monument triomphal de Marins portait déjà le nom de sa famille [Juliei) ; au lieu donc d'être éclipsée par ce rapprochement, sa renommée grandissait encore de tout réclat qui rehaussait le nom de Marins.
Il est une considération plus concluante encore pour justifier ce voisinage : la Gaule était regardée comme Tennemie la plus puissante de Rome (3). Avec les Gaulois, ce n'était pas pour la gloire, mais pour le salut qu'il fallait combattre (4). Et la crainte des uns et des autres était telle, que les Romains confondaient les Gaulois avec les Gimbres, les Teutons et les autres Barbares que vainquit Marins (5] .
Il n'est donc pas surprenant qu'on ait rendu à Jules
(1) C'est ropinion de Malosse, des abbés de Barthélémy, Lethbert, Bœuf; mais elle n'est prouvée par aucun argument sérieux ; ces deux derniers pensent que Jules César éleva ce monument en souvenir de ses victoires sur les Marseillais. Mémoires de V Académie, t. XXV, Hist., p. 150.
(2) SuéroNB, Loc. cit Vell. Pat., t. II, XLII, p. 149.
(3) CicERON. Discours sur les Provinces consulaires^ XIII. Sallustb, Jugurtha, CXIV.
(4) Salluste, ibid.
(5) GiGÉRONy ibid.^ et J. César, p. 7. Voir aussi une médaille de J. César, avec casque à cornes, dans les Recherches numismatiques sur Varmement et les instruments de guerre des Gaulois. Marquis de Laooy, 1849, p. 22,
fig.l2.