ACTE PREMIER
MARIUS
On saurait lui trouver un autre synonyme, Sur les bancs du Sénat...
NERBALA
Enfin, je m'en convainc, Ta pitié n'est que feinte, et je pleurais en vain.
MARIUS
Non pas ! . . . mais tu prétends, ô reine, à l'impossible !
NERBALA
C'est le mot qu'on répond lorsqu'on est inflexible.
MARIUS
Puis-je adoucir tes maux par quelque autre faveur? Demande, et je t'assure, ici, sur mon honneur...
NERBALA
Si je te prends au mot, tu trouveras encore Des raisons pour me refuser ce que j'implore.
MARIUS
Non, parle et compte sur ma g-énérosité.
NERBALA
Eh bien donc, à défaut de cette liberté
Qu'on tremble d'accorder au vaincu sans défense.
Epargne-lui du moins cette suprême offense.
Cet opprobre odieux pour l'âme d'un héros,
De l'emmener avec ton butin, tes chevaux.
Et ployant sous le faix d'une honte inhumaine,
De l'offrir en spectacle à la plèbe romaine. Ton triomphe, crois-moi, ne sera pas moins grand Si tu veux respecter sa naissance et son rang. Et consens, écoutant mon ardente prière, A ne pas infliger cette insulte dernière A celui qui fat brave et qui fut malheureux. Non, tu ne voudras pas, toi qu'on sait généreux. Que, courbé sous la foule hurlante et sa rafale, Jugurtha vienne orner ta pompe triomphale. Tout change. Marins ; songes-y, sois humain. Tel triomphe aujourd'hui (jui succombe demain. Comme le sablier dont on retourne l'heure. L'avenir se renverse et plus rien ne demeure, Et la ruine suit de près les grands projets. Prends garde à ces retours où nous sommes sujets. Oui sait quel lendemain te guette et te menace : Orgueilleux, l'homme écrit Mais le destin efface. Un jour peut-être, ainsi que je fais aujourd'hui. Solliciteras-tu la clémence d'autrui.
MARIUS, après un silence.
Tu demandes beaucoup, le sais-tu, pour cet homme ?
NERBALA
Mais Jugurtha captif n'intéresse plus Rome. C'est de toi, de toi seul et de ta volonté. Que dépend cette fois le geste souhaité : Il est digne de toi, digne des grandes âmes.
C'est ma gloire, elle-même, que tu me réclames.