ACTE PREMIER
NERBALA
Quoi ? Ta g-loire réside en ce vain appareil ? Devrai-je donc te croire à tant d'autres pareil, Qui n'aspirent qu'à cette pompe coutumière ?
MARIUS
La gloire est, sans la pompe, un astre sans lumière, Dont personne ne sait la place au firmament.
NERBALA, avec force.
C'en est l'éclat trompeur qui déçoit et qui ment, Et par quoi l'on impose aux foules subalternes. Non ! Ta gloire est en toi... Toi seul te la décernes ! Et Marius n'a point à ceindre le laurier Pour connaître s'il est entre tous le premier Est-ce à moi de t'apprendre, ah ! l'étrange ironie! Qu'il n'est d'autre couronne au front que le génie.
MARIUS
0 femme, je t'admire, et je voudrais, un jour. Inspirer à quelqu'une un si parfait amour.
NERBALA
Ne le souhaite point, car cet amour, peut-être Serait-ce ta ruine qui le ferait naître.
MARIUS
On ne perd jamais tout lorsque l'on est aimé. Mais tant d'amour enfin me laisse désarmé. Il ne sera pas dit que d'aussi belles larmes
Auront en vain coulé dans le fracas des armes. Inclinant mon org^ueil devant ton désespoir, Reine, je te promets, s'il est en mon pouvoir, D'épargner au héros l'invective publique.
NERBALA
Je n'attendais pas moins de ton cœur magnifique. Crois-moi, tu te grandis en n'humiliant pas Ton ennemi vaincu. Ton orgueil fait un pas De plus, en l'imposant cette haute victoire De ne trouver qu'en toi le faste de la gloire. Enfin il n'est jamais immortel qu'à moitié. Le héros dont le cœur fut sourd à la pitié. Adieu. Jamais, parmi sa profonde détresse, Nerbala n'oubliera ton geste de noblesse.
(Rumeurs. Sonnerie de buccins. Cris de triomphe au dehors).
(Elle sort).