‹ Marius vaincuChapitre 18 sur 41 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Partout l'on voit planer l'aigle de vsa cohorte ; Mais plus ([ue son épée et plus que la splendeur De son renom guerrier, ce qui fait sa grandeur C'est que, flambeau du monde, aux confins de la terre Elle va répandant la paix et la lumière. Et partout le barbare à son joug asservi, Voit qu'elle apporte plus qu'elle ne lui ravit. Qu'importe après cela que dans ce champ immense Vienne à germer parfois la mauvaise semence ?

JUGURTHA

La mauvaise semence a tôt fait d'envahir

Le champ que la vertu ne sait plus assainir .

De même qu'un bon fils manque de clairvoyance.

Tu juges ta patrie avec trop d'indulgence ;

Moi que n'aveugle point ton amour filial.

J'aperçois la fissure au long du piédestal.

Votre élite qui vise à régenter la terre.

N'est qu'une coterie à l'affût d'une afi^aire.

Rome ! Ah ! que n'ai-je offert tout l'or qu'il eût fallu !

J'aurais pu l'acheter, si je l'avais voulu.

MARIUS

Je t'ai laissé parler, malgré tes cris de haine ; Il est bon parfois qu'un ennemi vous apprenne Les défauts que l'on a. Jupiter irrité Emprunte aussi leur voix. D'ailleurs la vérité Qu'on cache soi-disant pour de graves mobiles, Ne peut nuire et ne nuit qu'aux nations débiles.

Oui, peut-être que tel élément corrompu Risquerait de pourrir l'arbre énorme et touffu. Mais le peuple grandit, conscient de sa force, Et son sang- jeune et pur g-onfle la vieille écorce. Au passé vermoulu compare le présent :

Vois ! l'on nomme Consul le fils d'un paysan Dont le père, humblement, tache encore à sa g"lèbe, Et nos rois d'à présent sont tribuns de la plèbe. C'est du peuple, aujourd'hui, que vient toute vertu. Etais-je à vendre ? Moi ? Non. Le reconnais-tu ?

JUGURTHA

Il est vrai, Marins. Mais pour un honnête homme.

Combien de malfaiteurs à la tête de Rome?

Et ton intég-rité fait une exception.

Oui rend plus éclatante leur corruption.

Tu connaîtras plus tard ton ingrate patrie

Et que ta bonne foi ne fut que duperie.

Tes services loyaux seront tôt oubliés

Par ces patriciens et par ces chevaliers.

Mais si le peuple, un jour, devenait le seul maître.

Ce sera, souviens-t-en, pis encore peut-être.

MARIUS

C'est trop longtemps prêter l'oreille à des discours Qui ne peuvent en rien modifier le cours Des splendides succès des légions romaines. Soldats, détournez-vous de ces paroles vaines. Vous avez mieux à faire. Et quant à la Cité,

Page 1