PREFACE
d'un tribun. Il n'avait pas d'illusions sur la grande Cité, et le discours que je lui fais tenir n'est pas qu'une diatribe, c^est le résumé de ses impressions sur des mœurs quil avait pu Juger de ses yeux.
La scène capitale du deuxième acte, qui met aux prises les deux grands généraux, n'est mentionnée par aucun historien ; mais si nous en ',rogons J.-J. Ampère, rien n'empêche de supposer que l'entrevue que j'ai imaginée ait eu lieu : « Sans entrer dans Rome, dit Ampère, d'après Appien, Sylla offrit de s'arrêter dans le Champ ie Mars et de s'expliquer en présence du Sénat wec Marins. » Cette offre n'eut point de suites, H Sylla s'établit avec ses forces devant la porte lu Cœlius. C'est l'instant que j'ai choisi pour eur entretien, après un songe qu'eut Sylla. Là 'ncore l'opinion d'Ampère légitime cette rencontre •t le caractère que je lui ai donné : « Voici, dit et historien, sur ce grand théâtre de Rome, la lémocratie et l'aristocratie aux prises; eh bien amais la démocratie avec sa rudesse inculte, a domination brutale, sa violence irrésistible et <n fond de grandeur, ne s'est personnifiée dans '.n homme, comme dans Marins ; et nul ne peronnifia jamais la hauteur, le dédain, la confiance iiperbe de l'aristocratie plus complètement que iylla. » (L'Histoire romaine à Rome p. 872, oi. IV).
l4 MARI us VAINCU
A propos du songe de Sylla, si fai employé là un moyen de tragédie plutôt usé, c'est que j'ai voulu faire œuvre d'historien autant que de poète dramatique. Outre que ce songe est rapporté par Plutarque , il m'a permis de marquer le caractère superstitieux du personnage. Sylla, comme beaucoup d'hommes supérieurs de son temps, ne croyait plus aux prêtres, mais de même (pie la plupart des hommes d'action, il croyait aux avertissements nocturnes de la Divinité. Dans ses mémoires il écrit : a Ne tenez rien pour digne de foi et assuré comme les avis que l'on reçoit en songe. » (Plut. Lucullusj. Et il portait toujours sur lui une statuette d'Apollon Pythien, qu'il invoquait dans les instants périlleux. Mais je crois en avoir dit assez sur ce point.
Quant à mon troisième acte, c'est la paraphrase dramatique et lyrique d'un épisode fameux et plein de beauté rapporté par Velleius Paterculus en ces termes : « Cuni Marius adspiciens Cartha^inem, illa intuens Marium, aller alteri possenl esse solatio ». texte cpi'un vers bien fâcheux de l'abhr Delille a rendu célèbre chez nous. Divers crititjues ont dit à ce propos que j'avais altéré l'Histoire en faisant mourir Marius à Carthage. C'est une méprise que j'ai peine à comprendre . Le spectateur, il est vrai, peut et doit croire que Marius va périr. Mais puisqu en fait il ne meurt point sur la scène, la supposition qu'il pourra s'échapper subsiste.