SCÈNE IV
Entre MARIUS, accompagné de RUTILIUS et d'un aide de camp
Sylla congédie du geste Basillus, ainsi que les soldats de garde. Marius fait de même à l'égard de Rutilius et de l'aide de camp.
Marius et Sylla restent seuls face à face et gardent un instant le silence.
SYLLA
Salut à toi. Reçois ici la bienvenue.
D'un cœur impatient j'attends cette entrevue. Et je craignais déjà que quelque chang-ement Te détournât de moi sur le dernier moment.
MARIUS
J'avais promis, Sylla. Je n'ai qu'une parole. Me connais-tu d'hier ?
SYLLA
Non, certes ; mais le rôle
Que nous jouons tous deux est si lourd à porter, Et si graA^e est l'instant, qu'on pouvait hésiter.
MARIUS
Que veux-tu donc de moi ?
SYLLA
D'abord ta bienveillance.
Trop longtemps une injuste et triste défiance T'éloiçna de Sylla. Des cœurs astucieux Ont entre nous semé des ferments odieux, S'attachant à montrer nos propos et nos actes Sous des couleurs encor plus viles qu'inexactes Pour le plus grand profit de leurs obscurs desseins. Rejetons, Marius, ces conseillers malsains Qui suivent le pouvoir dans une ombre équivoque, Et n'écoutons (}ue notre estime réciproque.
(Marius garde le silence).
Nous parcourons tous deux un chemin différent, Ou pour mieux dire, et pour être tout à fait franc, Si le but est pareil la méthode diffère. Autant de fronts autant d'opinions. Affaire De nature ou de g-oût. Mais pour lointain que soit De ton penser le mien, je sais ce que l'on doit Au vainqueur de Verceil, au soldat de génie, A l'homme qui deux fois sauva notre Patrie. Dois-je haïr quiconque est loin de mes avis ? Non. Nous sommes rivaux, mais non pas ennemis.