ACTE II
Mais qu'as-tu Marius ? Tu gardes le silence ? Aurais-je en vain fait appel à ta confiance ? • Ton mutisme m'étonne -et pourrait m'outrager...
. Nous nous connaissons trop pour tant nous ménager. Le temps presse. Sans politesse superflue Touchons au véritable objet de l'entrevue.
SYLLA
Si je t'ai fait mander c'est sur l'ordre des dieux, Sache-le tout d'abord. Car peut-être à tes yeux Mon message a pu sembler dicté par la crainte. Ecarte ce motif. Je te le dis sans feinte, Si rien ne doit sortir de ce dernier débat, Si nous nous résolvons aux chances du combat, Je dispose de forces très supérieures Et j'attends d'autres corps dans une couple d'heures. Au pont Sublicius j'ai mis deux légions. Les ([uatre autres ont de fortes positions. J'occupe la porte Colline et l'Esquiline. Mais tu n'ignores pas tout cela, j'imagine. Sur tes forces je ne suis pas moins bien instruit. Depuis hier tu fus, on me l'a dit, réduit Pour renforcer ta troupe à promettre aux esclaves La liberté. Mais trois seulement de ces braves Ont osé s'enrôler. Je te dis tout ceci Non pour l'intimider, mais pour qu'il soit ainsi
Dûment fixé que le seul souci qui me çuide Est d'obéir aux dieux. Et maintenant décide.
MARIUS
Décider quoi ?
SYLLA
Voici : Les dieux veulent la paix.
Assez de sang latin, coulant à flots épais, Rougit depuis quinze ans le sol de la Patrie. Frapperons-nous encor notre mère meurtrie? Dresserons-nous encor le fils contre le fils. Le frère contre un frère en de sanglants défis, Et verrons-nous toujours dans une même ville Les citoyens armés pour la guerre civile ? Prenant donc en pitié les maux de la cité. Veux-tu que, dans un commun esprit d'équité, Nous cherchions tous les deux quelque moyen suprême De conjurer enfin ce néfaste blasphème Contre les dieux, contre les lois, contre l'amour Que nous devons au sol où nous vîmes le jour.
MARIUS
Qui ne consentirait à des vœux si louables ? Arracher la Patrie à des maux exécrables. Satisfaire les dieux, la loi, le citoyen ! Il ne nous reste plus qu'à trouver le moyen.
SYLLA
Il est simple. Oublions nos querelles passées. Dans la main que je tends, sans arrière pensées