‹ Marius vaincuChapitre 29 sur 41 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

A ton tour mets ta main, et je réponds de tout. MARIUS

Soit... Mais j'aperçois mal...

SYLLA

Quand on saura partout Qu'après quinze ans de lutte et de haine funeste Marius et Sylla tous deux ont fait ce geste, Tel un navire sur le point de s'engloutir Et sauvé par miracle, ainsi va retentir L'Univers tout entier d'un cri de délivrance. Notre exemple fera taire l'intolérance.

Les partis stimulés par l'émulation Consentent à l'envi quelque concession, Et le peuple, emporté dans l'ardeur pacifique. Et comprenant en outre à quel point l'on trafique De sa crédulité, dans un superbe élan Vient adjoindre sa masse aux forces du talent. On rend enfin justice au durable prestige De ceux que la naissance ou la valeur érige Au sommet de l'Etat. De ce jour, Marius, Une ère nouvelle...

MARIUS

Arrête. N'en dis pas plus.

Depuis quelques instants de ce flot d'éloquence J'entrevoyais déjà l'ultime conséquence.

L'offre que tu me fais, si je t'ai bien compris, La liberté du peuple en payerait le prix?

SYLLA

Quoi ! Déjà te méprendre au plan que j'édifie? C'est mal interpréter l'œuvre où je te convie.

MARIUS

Deux mots de ton discours m'ont asse? averti

Que le pouvoir irait aux mains de ton parti.

Je connais ces appels à la foi mutuelle ;

C'est par eux, .toujours, qu'on tient le peuple en tutelle.

SYLLA

Tu m'offenses ! prends garde à ne pas rendre vain L'essai que j'ai tenté d'après l'ordre divin.

MARIUS

Je respecte les dieux, rhais plus encor les hommes, Et je doute, Sylla, qu'à l'époque où nous sommes Les dieux aient décidé qu'au mépris du prbg^rès L'Etat serait soumis à vos seuls intérêts. Quoi ! nous retournerions plus d'un siècle en arrière Pour donner à tes a[)})étits libre carrière ? Cent ans de sacrifice et d'aspirations Seraient le marche-pied de tes ambitions ? Ce serait pour remplir ta bourse toujours vide Que Junius Brutus eût d'un bras impavide Massacré ses trois fils, exemple surhumain Qui faisait libre enfin le citoyen romain, Et fondait sur ce sol enfin la République ? Et ce serait pour une caste famélique

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