ACTE m
SCEiNE II MARIUS, NERBALA
MARIUS, apercevant Nerbala.
Un être ! Ah justes dieux, vous m'avez écouté. Je vais savoir enfin dans quels lieux m'a jeté La fureur de la mer, et si quelque espérance Peut rendre à mon esprit enfin son assurance. Femme, qui que tu sois, prends pitié d'un vaincu. Dis-moi sur quel rivage un destin imprévu Me laissa cette nuit !
NERBALA
Ammon-Rhâ de ses cornes.
Le sais-tu, féconda des rivages sans bornes. Et la déesse Mauth a dit : « Personne n'a Relevé ma tunique, et le fruit que donna Mon ventre est le soleil.»
MARIUS
Ta parole est peu claire.
Parle, quels sont ces lieux ?
NERBALA
La pierre tumulaire
Pèse sur une pourpre... Entends-lu le sanglot Qui vient battre ce roc sous le rythme du flot ?
MARIUS
Femme, es-tu la sybille à ces lieux consacrée ?
En ce cas dis au dieu qui dans ta bouche crée
Ces présages obscurs, de te dicter les mots
Oui pourront conjurer la suite de mes maux.
Ton regard semble errer comme au fond de toi-même.
Ne comprends-tu donc point mon instance suprême
Laisse là ton oracle, et réponds clairement :
Où suis-je, et que^ peux-tu contre mon dénûment?
Le héros m'avait dit : « Femme, je te le jure. » Mais la bouche de l'homme est une coupe impure.... L'herbe croît où la ville a dressé ses murs d'or... Vois pointer les oreilles d'Anubis : tout dort. Dans l'ombre il vient veiller la sépulture absente. Là reposent, fleuris de grâce adolescente, Deux de mes fils. Le dernier se nomme Oxyntas. Il vit. Ils ne l'ont pas tué, ne sachant pas Où le trouver.
(Marius se détourne d'elle avec découragement).
Tu veux, dis-tu, savoir ta route.
(Marius se rapproche d'elle).
Va, je te la dirai : je sais beaucoup. Ecoute: Il pleuvait sur la terre un ouragan de fleurs. Tous les parfums du ciel tombaient comme des pleurs