II. JEUNESSE DE MARIVAUX. l
çonner l'auteur du Legs, des Jeux de V amour et du Hasard et des Fausses Confidences. Mais Marivaux n'avait que dix-huit ans ! Si cette première ébauche trahit, à chaque page, une grande inexpérience, elle annonce au moins une facilité assez rare pour être remarquée, et prouve que le jeune écrivain avait entrevu tout d'abord le genre qui devait faire plus tard une partie de sa gloire. C'est à ce titre que nous devons nous en souvenir.
Vers le même temps, une liaison passagère faillit le fixer par un mariage, et peut-être ainsi changer le cours de sa destinée. Il nous a raconté lui-même, dans le Cabinet du Philosophe, comment s'est terminée cette aventure amoureuse, dont le dénouement n'est pas celui d'un cœur bien épris.
Dès ce moment, on peut dire que cette rupture le juge, et qu'il ne cédera jamais à un premier entraînement. Mais il paraît au moins singulier qu'un homme si curieux de la simplicité et des grâces naturelles, n'en ait pas mis davantage dans son style et surtout dans sa pensée. On retrouvera plus d'une fois, dans ses œuvres, le souvenir des petites coquetteries qui l'avaient choqué et désabusé, et l'expérience qu'il en fit lui servira plus tard pour en tracer un tableau accompli.
l6 MARIVAUX MORALISTE
Il est vraisemblable de penser qu'après cette déception presque voulue, qui dut faire éclat dans la paisible ville de Limoges, le père de Marivaux, voyant les dispositions précoces de son fils, prit sur lui de l'envoyer à Paris pour y achever des études un peu écourtées et incomplètes. Mais il ne paraît pas que le jeune homme s'y soit beaucoup prêté, car ceux de ses contemporains qui l'ont le mieux connu, affirment qu'il était peu instruit, et tous s'accordent à dire qu'il ne savait pas le grec. Ce n'est pas nous qui lui en ferons un crime. L'érudition encore plus que le goût, manquait au dix-huitième siècle, et Voltaire lui-même, qui en était l'âme et la vie, n'a pas toujours vu ce qu'il y a de grand et de simple dans le génie des Anciens.
Mais est-il bien à regretter que Marivaux n'ait pas fait des études plus complètes, et qu'il n'ait pas eu de l'antiquité une connaissance plus nette, plus approfondie ? Plus versé dans les lettres grecques et latines, eût-il été mieux préparé pour recevoir l'empreinte des mœurs de son temps ? Son instruction même, en disciplinant les allures capricieuses et primesautières de son esprit, n'aurait-elle pas nui à ce qu'il y a d'original et d'im-