‹ Marivaux, moralisteChapitre 11 sur 122 · II. JEUNESSE DE MARIVAUX \J · texte numérisé non relu

II. JEUNESSE DE MARIVAUX \J

prévu dans sa manière de sentir et de penser ? Sa vie à Paris, vie de plaisirs et de libres études, coupée d'incidents romanesques , avivait bien autrement son imagination que des cours réguliers et le régime austère d'un collège. Au moins peuton dire que son mérite d'écrivain ne paraît pas avoir beaucoup souffert de cette ignorance qu'on lui reproche, et dont on dit même qu'il était fier.

N'est-ce pas quelque chose que d'avoir osé le premier, rompre franchement avec la tradition classique, jusque-là acceptée de tous ? Marivaux a été actuel, comme on dit de nos jours. Son oeuvre n'embrasse pas de vastes horizons, mais elle réfléchit comme un miroir magique tout ce monde brillant et frivole qui régna longtemps sur le dix-huitième siècle.

Etant donnée cette tendance prédominante à « ne parler que d'après lui, bien ou mal, et non d'après les autres, « il est donc bien probable que l'étude des Grecs et des Latins ne lui aurait rien appris. On sait d'ailleurs qu'il ne voulait pas « qu'en se mettant à écrire, un jeune homme imitât personne, » les Anciens pas plus que les Modernes, car, « les Anciens avaient, pour ainsi

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dire, un tout autre univers que nous... Ils avaient mêmes vices, mêmes passions, mêmes ridicules, même fonds d'orgueil ou d'élévation ; mais tout cela était moins déployé ou l'était différemment. » « Quant aux Modernes, il ne faut pas qu'un jeune écrivain les imite davantage, car l'imitation littérale ne fera de lui qu'un singe, et l'obligera vraiment de courir après l'esprit. »

Aussi dans son ardeur d'originalité, disait-il, avec un sentiment qui n'est pas précisément celui de la modestie : « J'aime mieux être assis sur le dernier banc de la petite troupe des auteurs originaux qu'orgueilleusement placé à la première ligne dans le nombreux bétail des singes littéraires.»

On peut s'étonner qu'un homme si jaloux de sa personnalité d'écrivain, ait marqué ses débuts par quelques parodies dont on voudrait oublier même le nom. On s'explique encore que par humeur contre la gloire d'Homère et aussi pour plaire à La Motte, il ait porté ses rimes burlesques sur l'Iliade, qu'il n'avait lue sans doute que dans la traduction défigurée de son ami; mais qu'il ait osé toucher au Télémaque, c'est ce qu'on lui pardonne moins aisément, et ses amis eux-mêmes l'en ont blâmé.

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