‹ Marivaux, moralisteChapitre 9 sur 122 · JEUNESSE DE MARIVAUX l · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE MARIVAUX l

t-il, pour en savoir là-dessus plus que moi. v Nul n'est à soi-même son principe et son initiateur. Il faut que l'exemple d'une morale sévère, ( vivant dans la famille, touche l'âme qui s'ignore ; et qu'il s'y grave si profondément, que la trace en soit ineffaçable. Ce n'est que dans le cœur du jeune homme que peuvent s'asseoir solidement ces principes d'honnêteté, qui sont la sauvegarde de l'âge mûr, et celui qui en a senti une fois l'inestimable bienfait, y sera sans cesse ramené par l'attrait de la vertu autant que par le charme du souvenir.

On aime à se représenter ainsi les premières années de Marivaux, passées au milieu des bons exemples et de ces douceurs de la maison paternelle qui disposent l'enfant aux sentiments élevés et lui mettent sur les lèvres un sourire qui ne s'efface plus. Education bénie, toute morale et sans contrainte qui règle les dons de la nature, en les développant, qui hâte la maturité de l'esprit, sans la devancer, mais sans éteindre non plus cette énergie heureuse, or de la jeunesse, qui prépare, par l'accomplissement du devoir, à toutes les luttes de la vie.

Plus que tout autre, Marivaux était fait pour

goûter les avantages de cette bienfaisante éducation et pour en profiter. Avec des instincts droits et une intelligence précoce dans une âme extrêmement mobile, il avait, dans ses propres forces une confiance qu'on serait tenté de lui reprocher, si l'avenir ne s'était chargé de la justifier. Recherché tout jeune par la meilleure société de Limoges, il prouva au moins que cette confiance n'était déjà plus de la témérité. On parlait un jour devant lui de la difficulté de composer une comédie, et comme il était le seul à trouver l'œuvre aisée, il fut mis au défi d'en faire une. Huit jours après, il apportait le Père prudent et équitable ou Crispin V heureux fourbe, et il avait fait cette comédie en vers, comme pour se créer une difficulté de plus. Elle ne fut jouée que dans l'intimité, l'auteur « ne voulant pas perdre en public le pari qu'il avait gagné en secret. *

Sachons lui gré d'avoir été assez sage pour ne pas risquer l'épreuve d'une représentation publique. La pièce, il est vrai, est faible, pleine de réminiscences de Molière et de Regnard ; l'intrigue est commune, les situations usées et la versification défectueuse. Enfin c'est une œuvre de commençant, qui ne laisse pas encore soup-

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