SCÈNE I. — DORANTE, LUBIN
lubin, entrant le premier. — Parsonne ne viant. (Dorante entre.) Eh palsanguié ! arrivez donc : il y a plus d'une heure que je suis à l'affût de vous.
dorante. — Eh bien ! qu'as-tu à me dire?
lubin. — Que vous ne bougiais d'ici. Lisette m'a dit de vous le commander.
dorante. — T'a-t-elle dit l'heure qu'Angélique a prise pour notre rendez-vous ?
lubin. — Non ; aile vous contera ça.
DORANTE. Est-ce là tOLlt ?
lubin. — C'est tout par rapport à vous; mais il y a un instant par rapport à moi.
dorante. — De quoi est-il question ?
lubin. — C'est que je me repens...
dorante. — Qu'appelles-tu te repentir?
lubin. — J'entends qu'il y a des scrupules qui me tourmentont sur vos rendez-vous que je protège; j'ons queuquefois la tentation de vous torner casaque sur tout ceci, et d'aller nous accuser tretous.
dorante. — Tu rêves. Où est le mal de ces
rendez-vous? Que crains-tu? Ne suis-je pas honnête homme ?
lubin. — Morgue ! moi itou ; et tellement honnête, qu'il n'y aura pas moyen d'être un fripon, si en ne me soutient le cœur par rapport à ce que j'ons toujours maille à partir avec ma, conscience; il y a toujours queuque chose qui cloche dans mon courage, à chaque pas que je fais, j'ai le défaut de m'arrêter, à moins qu'on ne me pousse, et c'est à vous à pousser.
dorante, tirant une bague qu'il lui donne. — Eh! morbleu! prends encore cela, et continue.
lubin. — Ca me ravigote.
dorante. — Dis-moi ; Angélique viendra-elle bientôt ?
lubin. — Peut-être biantôt, peut-être bian tard, peut-être point du tout.
dorante. — Point du tout! Qu'est-ce que tu veux dire ? Comment a-t-elle reçu ma lettre ?
lubin. — Ah! comment ! Est-ce que vous me faites itou voûte rapporteux auprès d'elle? Pargué ! je serons donc l'espion à tout le monde?
dorante. — Toi? Eh! de qui l'es-tu encore?
lubin. — Eh! pardi! de la mère, qui m'a bian enchargé de n'en rian dire.
dorante. Misérable ! tu parles donc contre nous?
lubin. — Contre vous, monsieur ! Pas le mot, ni pour ni contre. Je fais ma main, et v'ia tout. Faut pas mêmement que vous sachiez ça.
dorante. — Explique-toi donc ; c'est-à-dire que ce que tu en fais, n'est que pour obtenir quelque argent d'elle sans nous nuire?
lubin. — Vlà c'en que c'est; je tire d'ici, je tire d'ilà; et j'attrape.
dorante. — Achève. Que t'a dit Angélique quand tu lui as porté ma lettre ?
lubin. — Parlez-li toujours, mais ne lui écrivez pas; voûte griffonnage n'a pas fait forteune.
dorante. — Quoi ! ma lettre l'a fâchée?
lubin. — Aile n'en a jamais voulu tâter; le papier la courrouce.
dorante. — Elle te l'a donc rendue ?
lubjn. — Aile me l'a rendue à tarre; car je Pons ramassée ; et Lisette la tiant.
dorante. — Je n'y comprends rien. D'où cela peut-il provenir ?
lubin. — Vlà Lisette, interrogez-la; je retorne à ma place pour vous garder. (Il sort.)