‹ Marivaux, moralisteChapitre 12 sur 122 · II. JEUNESSE DE MARIVAUX IQ · texte numérisé non relu

II. JEUNESSE DE MARIVAUX IQ

Quant à la parodie du chef-d'œuvre de Cervantes, Don Quichotte, il est peut-être plus facile de l'en justifier. Marivaux a-t-il bien eu le dessein de travestir ce livre immortel, « la seule parodie sublime qu'on ait jamais faite ? » Nous ne le pensons pas. Pharsamon ou les aventures romanesques, est une imitation très affaiblie, très lointaine assurément de Don Quichotte, mais ce n'est qu'une imitation ; c'est l'essai d'un jeune homme qui a besoin d'être porté par les idées des autres avant d'écrire d'après les siennes. Une parodie supposerait de la part de l'auteur l'intention de tourner ce chef-d'œuvre en ridicule, et telle n'a pu être la pensée de Marivaux qui, d'ailleurs, n'avait aucune raison pour en vouloir à l'écrivain espagnol. Son but était de se moquer de ces romans langoureux, interminables surtout, comme ceux de La Calprenède et de Mlle de Scudéry, et la forme du Don Quichotte s'est présentée à lui comme la mieux appropriée à son sujet.

Enfin ce qu'on peut dire encore pour écarter toute intention de parodie, c'est que le Pharsamon, écrit en 1712, ne parut qu'en 1737, sous le titre de Don Quichotte moderne, titre destiné sans doute, dans la pensée de l'éditeur, à piquer la

curiosité du public, sans que l'auteur y eût d'autre part que de l'avoir laissé passer.

Déjà, pour la même raison sans doute, ses premiers articles publiés dans le Mercure sur les Bourgeois, les Marchands et la Populace de Paris, avaient paru signés le Théopbraste moderne, et cela, à l'insu de Marivaux, qui s'en défendit dans une lettre, où il rend pleine justice aux Anciens : « Ils ont, dit-il , moissonné dans l'esprit des hommes toute l'estime qu'ils peuvent donner ; il ne nous reste plus qu'à y glaner. »

Mais quand on parcourt le Pharsamon, œuvre fort médiocre dont l'auteur aurait pu tirer meilleur parti, on se prend à regretter qu'il n'ait eu, dans ces années d'initiation littéraire, d'autres censeurs que ses dangereux amis, Fontenelle et La Motte. Combien alors un conseiller d'un goût sûr lui aurait été nécessaire !

Qu'on se le représente, en effet, dans un ordre social supérieur, avec des maîtres comme Molière et Boileau. Etant données la portée morale de ses œuvres et la fécondité de son facile génie, Marivaux eût réuni dans son talent les mérites de La Bruyère et de Lesage, avec l'originalité cherchée du premier et les grâces naturelles du second ; et

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