‹ Marivaux, moralisteChapitre 16 sur 122 · II. JEUNESSE DE MARIVAUX 2J · texte numérisé non relu

II. JEUNESSE DE MARIVAUX 2J

et le style, qui ne vaut que par la pensée, devient ferme, élevé et presque viril. C'est là qu'il se montre écrivain d'une réelle valeur. On doit amèrement regretter que des dons si rares, une intelligence si active et si riche, un talent si avide d'originalité, ne se soient pas arrêtés sur des productions moins nombreuses, et partant, plus solides, qui lui eussent assuré un rang très distingué dans les écrivains du xvme siècle.

^ Mais nous trouvons dans Marivaux un mérite qui n'a peut-être pas été assez remarqué et mis en lumière, c'est que, tout en reproduisant les ] travers et les vices de son temps, avec une grande vivacité d'expression, il s'est soigneusement gardé ' de ce style licencieux qui infectait alors la littérature. La pureté de ses mœurs et l'honnêteté de sa vie ont passé dans ses écrits, et son théâtre, comme ses romans, accuse une véritable intention morale qui ne se dément jamais. C'est là, à nos yeux, un des principaux caractères de son originalité. Il a pu, observateur judicieux de tous ces écarts, les décrire et les juger, sans permettre que sa plume pas plus que son âme en fût atteinte. Et ce n'est jamais la notion abstraite du devoir qu'il oppose à la morale relâchée de son temps ;

il ne demande pas à des théories impraticables la démonstration des grandes vérités qu'on repousse autour de lui ; il aime au contraire à la faire jaillir des faits ordinaires, à invoquer contre les aberrations de ses contemporains, les droits de la conscience, la voix de la raison. C'est même une justice que Voltaire s'est plu à lui rendre dans une heure d'impartialité, inspirée peut-être par l'intérêt personnel : e A l'égard de M. de Marivaux, écrit-il à M. Berger, je serais très fâché de compter parmi nos ennemis, un homme de son caractère et dont j'estime l'esprit et la probité. Il y a surtout dans ses ouvrages, un caractère de philosophie, d'humanité et d'indépendance dans lequel j'ai trouvé avec plaisir mes propres sentiments. »

Voltaire aurait bien pu louer sans arrièrepensée, les qualités de caractère qui éclatent dans les oeuvres de Marivaux. Assurément ce n'est pas un de ces moralistes profonds qui mettent à nu toutes les passions humaines. Son ambition ne va pas jusque là. Ce qu'il étudie surtout, c'est la femme du monde dans ce qu'elle a de changeant et de frivole. Rien de la coquetterie féminine n'échappe à son impitoyable sagacité ; il en sonde les mouvements cachés avec une opiniâtreté qui

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