‹ Marivaux, moralisteChapitre 18 sur 122 · III. — SON THEATRE · texte numérisé non relu

III. — SON THEATRE

Essayons cependant de rendre à Marivaux la place qu'il mérite, celle que lui ont refusée ses contemporains, adversaires déclarés comme Grimm, ou comme d'Alembert, panégyristes qui mettent trop de malice dans leurs éloges pour être exempts de partialité.

Comme auteur de comédies et comme romancier, Marivaux semble avoir des titres à peu près égaux à l'estime de la postérité, bien qu'à cet égard les esprits soient partagés. Aux défauts qu'on reproche à son théâtre, on ajoute celui de n'être pas écrit en vers. Mais la forme poétique s'impose-t-elle bien nécessairement au genre comique ?

Si la comédie est la peinture de la vie ordinaire ; si, comme nous le pensons, elle ne doit vivre que de réalité, il faut avouer que la prose lui convient au moins autant que les vers. Et même, ne semblet-il pas que la prose donne aux situations et aux personnages un plus grand air de naturel et de vérité ? N'avons-nous pas d'ailleurs l'exemple de Molière lui-même, qui s'affranchit de la difficulté des vers, toutes les fois qu'il ne met en scène qu'une manie, un ridicule, ou bien un caractère simplement comique ? Tel est F Avare, le Médecin

malgré lui, le Malade imaginaire. Qui sait si la forme adoptée par l'auteur des Fausses Confidences n'a pas contribué à faire vivre ses meilleures comédies, alors que beaucoup d'autres écrites en vers, sont tombées dans l'oubli ?

Les légers croquis de Marivaux voulaient l'aisance, l'imprévu, la libre allure de la conversation : « C'est le ton qu'il a tâché de prendre. » Ils eussent été gênés et guindés dans la forme poétique. Et puis, pourquoi le dissimuler ? Marivaux avait peu de goût pour les vers, et l'on sait qu'à l'exemple de La Motte, il eût écrit sa tragédie en prose s'il eût osé ! Il était trop enclin à raisonner, à subtiliser les sentiments, pour enfermer sa pensée dans un langage mesuré, et qui demande d'ailleurs une certaine chaleur qu'il n'avait pas ?

Mais c'est trop s'arrêter à une critique qu'on ne songe plus à lui faire aujourd'hui, que son théâtre est jugé, qu'il a subi la sanction du temps. Attachons-nous plutôt aux qualités solides que Marivaux a portées dans ses œuvres et qui sont la condition de durée de quelques-unes.

Quand on lit son théâtre avec toute l'attention que mérite cet estimable écrivain, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il s'est proposé autre chose que

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