‹ Marivaux, moralisteChapitre 19 sur 122 · III. — SON THEATRE · texte numérisé non relu

III. — SON THEATRE

d'amuser ses contemporains. Il avait une ambition, plus haute, plus digne d'un esprit comme le sien.J « On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l'instruction, a dit La Bruyère, et s'il arrive que l'on plaise, il ne faut pas néanmoins s'en repentir, si cela sert à insinuer et à faire recevoir les vérités qui doivent instruire. »

Que serait-ce, en effet, qu'une œuvre qui n'aurait pas en vue un but utile, une intention morale }J Elle aurait la destinée éphémère de ces livres dont on s'amuse un instant et qu'on oublie. Ce qu Marivaux semble avoir voulu, même dans ses moindres comédies, c'est de réhabiliter l'amour dans le mariage.

Personne n'ignore que pendant tout le cours du dix-huitième siècle, l'usage du beau monde veut qu'on s'affranchisse publiquement des devoirs qu'impose le mariage. On l'accepte encore comme loi ; mais il n'est pas du bel air d'aimer sa femme : c'est un ridicule qu'il faut laisser à la populace de témoigner sa tendresse à celle qui y a tous les droits :

« C'est aux petites gens à nourrir de tels feux »

nous dit Campistron, dans le Jaloux désabusé, la première comédie où soit franchement attaqué

ce bizarre et singulier préjugé. Ne dites pas aux hommes du grand monde que leur femme est belle et charmante, et qu'ils sont bien fous de ne pas l'aimer. Ils l'aimeraient, si elle était la femme d'un autre ; mais la leur ! la mode le défend. Comment résister à la mode ? La femme, de son côté, n'a pas non plus le droit d'aimer son mari. Il iaut bien aussi qu'elle se conforme à cette mode révoltante d'immoralité qui autorise l'adultère et l'élève presque à la hauteur d'un principe.

On croit rêver, quand on songe à cet étrange égarement d'esprit qui suppose une raison malade et beaucoup de dépravation dans les mœurs. Aussi devons-nous tenir grand compte à Marivaux de n'avoir jamais cessé de combattre ce préjugé. Il n'est presque pas une de ses comédies qui ne l'ait attaqué. Son but principal, unique, semble être dans toutes ses pièces, d'amener deux jeunes gens destinés l'un à l'autre, à s'aimer d'abord ' pour s'épouser ensuite. En sorte que la moralité de tout son théâtre pourrait se définir ainsi : }é j triomphe de l'amour dans le mariage.

Mais la comédie où se montre avec le plus d'évidence cette intention morale ; celle où il prend le plus directement à partie le préjugé à la

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